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VIDEOS: Ce qu'en tant que Nègre d'Afrique je dois cesser de faire en 2014

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Décembre 2013, 10:10am

Catégories : #VIDEO

Rudy Demotte

Dans son émouvant poème ‘‘Prière aux masques’’ dans le recueil ‘‘Chants d’Ombre’’ rédigé avant la deuxième guerre mondiale, Senghor se montre amer et nostalgique : ‘‘Voici que meurt l’Afrique des empires – c’est l’agonie d’une princesse pitoyable’’, écrit-il tristement. Mais à son avis, l’Europe, vainqueur de l’Afrique, ne se porte pas bien non plus, elle est malade de ses machines sans âme. Or nous lui sommes, dit-il, ‘‘nous [lui] sommes liés par le nombril’’, d’où son appel pathétique pour ‘‘Que nous répondions présents à la renaissance du Monde / Ainsi le levain qui est nécessaire à la farine blanche’’. L’Afrique, ou ce qui en reste, au secours de l’Europe, du monde malade. Beau programme pour l’Afrique. Mais en vérité, embarras et interrogation. Comment cela se peut-il de la part de cette princesse faite agonisante et pitoyable par ce même monde, cette même Europe à sauver d’eux-mêmes ? Senghor répond que nous le ferons en apprenant ‘‘le rythme au monde défunt des machines et des canons’’, en poussant ‘‘le cri de joie pour réveiller morts et orphelins à l’aurore’’, parce que ‘‘Nous sommes les hommes de la danse, dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur’’. L’Afrique confinée à sa vocation supposée d’amuseur public du monde qui marche, invente et crée pendant qu’elle chante, danse et consomme ? Cela y ressemble.

Pourquoi l'Africain ne répond pas a votre appel téléphonique 

 

Un autre poète, lointainement africain, Aimé Césaire, des dizaines d’années après ‘‘Chants d’ombre’’, écrit ‘‘La tragédie du roi Christophe’’ où il s’offusque au contraire de nous voir encore en train de chanter et de danser : ‘‘Ah ! je demande trop aux nègres ?

 

Tenez ! Ecoutez ! Quelque part dans la nuit, le tam-tam bat…Quelque part dans la nuit, mon peuple danse…Et c’est toujours comme ça…Tous les soirs…Le piège est prêt, le crime de nos persécuteurs nous cerne les talons, et mon peuple danse !’’ Indignation donc. Indignation et invitation pressante à quitter le rythme, la danse et le cri de joie. Appel pressant à ‘‘se ceindre les reins comme un vaillant homme’’ pour pousser en somme le cri de guerre.

Césaire est exigeant. Mais son exigence est-elle réaliste, quand on voit le plaisir manifeste que nous prenons, au XXIème siècle, à être le rythme du monde, à offrir à tout hôte officiel venant d’occident un accueil ‘‘chaleureux et bon enfant’’, à transformer, vu du Bénin, chambres et camions frigorifiques en instruments excellents de célébration de la mort parce que Senghor nous a demandé de pousser ‘‘le cri de joie pour réveiller morts et orphelins à l’aurore’’. Du moins le poète sénégalais a-t-il traduit en vocation intrinsèque notre tendance ‘‘humaine trop humaine’’ à fuir l’effort, à faire la fête à tout bout de champ et à tout bout de nuit. Au lieu de quoi le poète martiniquais nous demande instamment de sortir de là, de cesser de pousser le cri de joie pour pousser le cri de guerre.

 

Qui nous dira la vérité ? Qui départagera nos deux poètes ? Leurs positions paraissent et sont si antagoniques que le moyen terme semble inenvisageable, à moins de vouloir pousser concomitamment cri de joie et cri de guerre. Mais non, le cri de joie est consécutif au cri de guerre quand la victoire est au bout de la bataille engagée. Qui départagera nos deux poètes ? Sinon un psychiatre lointainement africain, Frantz Fanon. Entre ‘‘Chants d’Ombre’’ et ‘‘La tragédie du roi Christophe’’, il a écrit en 1952 ‘‘Peau noire, masques blancs’’ où il rappelle: ‘‘Il ne faut pas essayer de fixer l’homme, puisque son destin est d’être lâché’’.

 

Et voilà le mot de l’énigme. L’homme n’est pas noir, il est homme d’abord. Quelle humanité n’a pas eu d’abord son moment fort de chants et de danses, vivant de chasse et de cueillette ? Le monde n’en est plus là, et l’Afrique ne peut plus, ne doit plus en être là. Le monde et l’occident aujourd’hui vont de l’avant. L’Afrique aussi le doit. Quelle que soit l’ambiguïté du concept de progrès, elle doit se retrousser les manches, tomber les masques et y aller. ‘‘Comment ? Je ne sais. Nous essaierons dans notre coin ! Dans notre petit atelier ! Le plus petit canton de l’univers est immense, si la main est vaste et le vouloir non las !’’

 

Et sachons gré à Aimé Césaire et à Frantz Fanon, descendants d’esclaves, de nous rappeler, à nous qui n’avons pas leur mémoire de tragédie, la toute-puissance de la volonté.

 

Par Roger Gbégnonvi, ancien ministre Béninois 

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