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La malheureuse histoire d'amour de Julien et Sacha

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Décembre 2013, 20:23pm

Catégories : #HOMME-FEMME

Julien est artiste. Il emmène Sacha dans les vernissages auxquels il est souvent invité. Ils arrivent ensemble, non pas main dans la main, ni bras dessus bras dessous, mais l’un à côté de l’autre, gardant une distance réglementaire.

La-malheureuse-histoire-d-amour-de-Julien-et-Sacha.jpg

 

Entre deux coupes de champagnes, à la lumière des dessins, ils croisent souvent des amis du graphiste. « Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ? » demande l’un d’eux.

 

Sacha, bien trop embarrassée à l’idée de tenter une quelconque réponse, ne tente rien. Et Julien puisqu’il ne sait que faire d’un silence dit, l’air de rien, « nous ne sommes pas ensemble. C’est une amie ». Sacha n’est pas son amie, et de sa réponse elle ne garde que de l’amertume, pourtant elle ne lui en dira rien.

 

A l’aube du XXIe siècle se généralise un troisième type de relation qui vient se greffer aux traditionnels « couple » et « plan cul ». Il y a celui qu’on « voit ».

 

« Je vois quelqu’un », dit-il sans en dire plus. Le quelqu’un en question n’a pas de nom, ça supposerait qu’il ait de l’importance. Ça supposerait qu’il existe vraiment. Qu’il ne soit pas qu’un refuge hors temps. Mais on le voit et pire, on ne voit que lui, depuis longtemps, sans jamais lui dire et surtout sans jamais le dire.

 

J’en parle parce que je le vis et que je connais de plus en plus de jeunes trentenaires qui vivent la même chose. Et chacun accepte la situation comme si c’était une fatalité, comme si cela ne pouvait être autrement.

 

Un jour, j’ai effacé son numéro

 

Nos caractéristiques communes : des valises douloureuses que nous n’avons pas eu le courage d’abandonner en descendant du dernier train. Des valises bien ciselées remplies de dépréciation, d’humiliation, de peurs. Un divorce unilatéralement engagé, des placards trop petits devenus soudainement bien trop grands et affreusement vides, le souvenir de la découverte de l’odeur d’un autre dans son propre lit, lit dans lequel on se couche tous les soirs, une lettre rangée, rapidement griffonnée sur le coin du canapé, « je ne t’aime plus, je me suis trompée ».

 

Pourtant c’était il y a longtemps tout cela, parfois des années. Mais on continue de se blinder, on se braque, on « s’hermétise ». On sort les griffes quand l’autre, celui qu’on voit, depuis des mois, s’approche trop près. On se refuse au laisser aller, à l’amour parce qu’on a trop peur de l’abandon, de la trahison, de la déception. NON on ne ressentira RIEN.

 

Celui qu’on voit n’existe pas vraiment. Alors s’il part, c’est comme s’il ne partait pas vraiment. Parce qu’il n’est jamais vraiment arrivé. On n’a rien mis en jeu, on n’a pas parié, on n’a rien risqué donc on a rien perdu. Mais on n’a rien gagné non plus. Et puis surtout, on n’a rien vécu.

 

« Je n’avais pas d’affaires chez elle, elle n’en avait pas chez moi, pas d’amis en commun », raconte Benjamin.

 

« J’ai effacé son numéro et puisque c’est toujours moi qui l’appelais, je ne l’ai jamais revue. Je crois qu’on était aussi meurtri l’un que l’autre, incapables de se parler. Ça a fini comme ça a commencé. J’ai inscrit son numéro de téléphone dans mon portable et puis un jour, je l’ai effacé. »

 

« Ça va faire un an que je le “vois” »

 

Cette situation c’est celle des trentenaires qui croient qu’ils ont « trop » « souffert ». Ce sont ces hommes et ces femmes qui ne vous tendront pas la main parce qu’ils se méfient, ils ont trop peur que vous leur arrachiez le bras, que vous les humiliez là, sur le quai froid d’un métro, dans l’ivresse d’une soirée ou dans leur beau et grand, trop grand appartement.

 

Alors ils préfèrent vivre leur vie, aller travailler, fréquenter leurs amis, déjeuner en famille et vous voir quand ils se surprennent un instant à rêver au printemps. Mais un instant seulement.

 

Au bout d’un moment, si on compte les mois qui nous séparent de la première rencontre, on se surprend soi même. « Tu te rends compte, dit Malika, ça va faire un an que je le vois » :

 

« La première fois que je l’ai rencontré, c’était beau, il était beau, j’étais bien. Je ne me faisais pas d’idée, j’avais tellement été déçue, je laissais aller. Et plus les mois passaient plus je me rendais compte qu’il n’avançait pas. Pourtant il voyait que moi et moi que lui.

 

Alors un matin j’ai parlé. Je lui ai demandé ce qu’on était, où on allait, qu’est ce qu’on faisait. Il m’a répondu qu’il traversait des couloirs, depuis longtemps, et qu’il les traverserait encore un moment. Il m’a dit de ne pas l’attendre, d’aller voir ailleurs, de penser à moi. Je crois que c’est là que j’ai compris. Pourtant je ne suis pas allée voir ailleurs.

 

C’est vrai que j’aimerais bien trouver le courage de ne plus le voir, mais parfois je l’aperçois au bout du couloir, tel qu’il est vraiment, et cela me suffit à reconduire sa dernière chance. Je sais que je devrais rien attendre, que je devrais partir même, pourtant je reste. Me dis pas que c’est absurde, je le sais. »

 

Un mot à l’esprit : désolation

 

De ces histoires, j’en parle parce qu’il y a ce mot qui me vient sans cesse à l’esprit : désolation. Un grand vide, plein de rien, brassé par la peur. J’en parle parce que je voudrais mettre le doigt dessus. Je trouve que nous sommes trop nombreux à raconter la même histoire. Je la comprends mais je voudrais qu’elle cesse. Je voudrais qu’on arrête de prendre consciencieusement les pilules bleues, ces pilules qui ne nous font plus rien ressentir. Ni le bien, ni le mal, ni le beau, ni le douloureux, rien. Il suffirait peut être, pour commencer, d’arrêter de prendre ces foutues pilules bleues. 

Source 

 

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