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Conseils, science, sante et bien-être


L’argent des femmes ne fait pas le bonheur des couples

Publié par MaRichesse.Com sur 1 Avril 2014, 11:28am

Catégories : #HOMME-FEMME

En amour on ne compte pas… Pourtant, dans le couple, lorsque c’est elle qui affiche un salaire plus élevé que lui, l’argent devient parfois un problème et perturbe la relation. Le pouvoir économique, dernier révélateur des rapports de force entre les sexes ? regards croisés sur un sujet tabou.

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Le chiffre est sorti sans tambour ni trompette, lors d’une réunion d’hiver du European PWN (Professional Women’s Network), l’un des principaux réseaux féminins internationaux. Intitulée « Les femmes et l’argent », une enquête menée à l’échelle européenne sur la base d’un questionnaire adressé à 3 500 femmes de 17 pays a fait émerger une donnée clé : 52 % des femmes interrogées gagnent aujourd’hui mieux leur vie que leur conjoint ou compagnon. Un chiffre historique. Bien sûr, il s’agit ici de cadres sup, femmes dirigeantes, managers ou créatrices d’entreprise, et donc d’une catégorie sociale particulière (l’enquête fait émerger un profil quadra, bac + 5 vivant majoritairement en couple, et avec une ancienneté professionnelle d’au moins vingt ans). L’Insee a révélé récemment que sur l’ensemble des Français, ce sont 25 % des femmes (et non plus 52 %) qui gagnent plus que leurs conjoints. Mais la tendance de fond est bien là, et tous les observateurs notent que, depuis 2002, l’écart de revenu annuel entre conjoints se réduit régulièrement.

 

Au sein du réseau European PWN-Paris, les participantes ont le triomphe modeste. Car les chiffres disent bien d’autres choses. 75 % des femmes cadres supérieures sondées, appartenant pour la majorité au monde de l’entreprise, sont encore insatisfaites de leur salaire - inférieur, à poste égal, à celui de leurs collègues masculins. 66 % « ne demandent pas habituellement » une augmentation de salaire, préférant « attendre que leurs managers reconnaissent les efforts fournis ». 50 % se sentent mal armées pour négocier financièrement. La très grande majorité - 74 % - confesse que travail et salaire leur assurent plus que tout une indépendance ; mais… 69 % n’évoquent jamais leur salaire avec leurs ami(e)s. Enfin, même devenues « breadwinners » - ou salaire référent du couple -, elles continuent d’assurer à la maison la grande majorité des tâches ménagères. 

 

"La situation bouleverse les schémas traditionnels"

 

Ainsi, une femme peut avoir fait une plus belle carrière que son homme. Subvenir aux besoins de la famille parce qu’il s’est retrouvé au chômage. Le soutenir parce qu’il est devenu entrepreneur et a réinvesti tous ses revenus dans son entreprise. « Mais cette situation - gagner plus - bouleverse pourtant les schémas traditionnels, explique Ulrike Lehmann, une des responsables de l’étude PWN. Car l’enquête montre qu’elle place le couple dans une ambivalence. D’un côté, la femme est fière de son succès professionnel, heureuse de son indépendance ; mais de l’autre, devenir le premier salaire du couple est perçu comme une charge pour elle, une responsabilité lourde, parce qu’elle a été élevée dans l’idée qu’un jour un homme s’occuperait d’elle. » Même complexité du côté des hommes : « Tous nous disent qu’ils sont soulagés de ne pas porter seuls la famille. Et en même temps, ils se sentent dévalorisés, atteints dans leur virilité. »

 

Chacun cherche sa place…

 

Pas gagné. « Vous voulez que je vous raconte ma journée ? » demande ce professeur de lycée, marié à une cadre sup en pleine ascension professionnelle. « Le matin, j’attends que la baby-sitter arrive pour partir travailler. Le soir, c’est aussi moi qui assure la relève, en attendant qu’elle finisse ses client drinks. Je suis très fier de sa réussite, nous avons un train de vie très privilégié, mais je suis devenu la nounou. » Propos de quadra ? Il semble que chez les hommes de la génération Y (les 25-30 ans), qu’on pensait sortis du manichéisme, on patauge. Emmanuelle Duez, à la tête du réseau de femmes WoMen’Up (issues de la génération Y), le constate avec surprise : « Quand on les interroge, ils répondent qu’au travail on leur parle de la place des femmes, et qu’à la maison les femmes sacralisent quasiment leur rôle de mère. Alors le porte-monnaie reste le dernier bastion. » Leurs compagnes ? « Elles leur inspirent admiration et crainte, poursuit Emmanuelle Duez. Ils les voient puissantes, audacieuses, fortes. » Des qualificatifs ultra-virils. Eux s’interrogent : à quoi servent-ils ? Et plus largement : qu’est-ce qu’un foyer où ils ne trouvent plus leur place ? 

 

Les stéréotypes ont la vie dure

 

La question agite le couple contemporain. « Une partie du problème, commente Jean-Claude Carrière, qui a publié récemment l’Argent : sa vie, sa mort (éd. Odile Jacob), est que depuis trente ou quarante ans l’argent s’est infiltré partout : dans l’art, la littérature… Quand on parle d’un artiste aujourd’hui, la première chose que l’on mentionne, c’est : “il vaut tant” . Comment le couple y échapperait-il ? » L’autre élément, poursuit l’auteur scénariste et metteur en scène, est le suivant : « Tout au long de l’Histoire, l’homme a décidé des finances du couple. Encore aujourd’hui, gagner moins que son épouse est presque perçu comme une honte, ce que je trouve extravagant. Le jour où les hommes diront : “j’ai réussi ma vie parce que j’ai épousé une femme riche”, ce sera une autre histoire… »

 

Pour Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, et auteur de la Vie en rose (à paraître le 3 avril, éd. Albin Michel), la société française n’a pas encore fait sa mue. « Alors que dans la vie, les hommes et les femmes ont des rôles qui se rapprochent de plus en plus, les archaïsmes des représentations demeurent très forts, analyse-t-elle. Les femmes, dans leur schéma de réussite, se comparent encore à leur mère et à sa sphère privée, les hommes se comparent entre eux et au travail, d’où leur double plainte : au bureau, ils sont dépassés par d’autres hommes, et maintenant par des femmes. Et à la maison, ils n’ont plus le rôle de paterfamilias que les femmes, plus présentes qu’eux, ont totalement envahi. D’où un sentiment de panique, car le temps passé à la maison, même s’ils l’envient secrètement aux femmes, est encore perçu par eux comme une disqualification identitaire. » 

 

Un “idéal démocratique” dans le couple

 

Quant à ces femmes qui gagnent plus que leurs conjoints, se sentent-elles libres ? Françoise Neige, banquier privé chez Pictet qui a mis en place une offre de gestion dédiée aux femmes, l’affirme : celle qui gagne plus culpabilise. Elle dépense beaucoup pour la famille, investit dans l’immobilier, dans ce qui se transmet. Selon la sociologue Laurence Bachmann, auteur de De l’argent à soi*, les femmes des classes moyennes à capital culturel élevé seraient particulièrement soucieuses d’un « idéal démocratique » dans leur couple, et animées par l’idée de maintenir une égalité de statut entre elles et leurs conjoints. Ainsi naît, peut-être, une sorte de malaise, quand ce sont elles qui passent la barre du revenu supérieur. « Je prends toutes les dépenses lourdes en charge, résultat : je suis plus souvent à découvert que mon homme, témoigne cette publicitaire. Je me rends compte que je lui fais beaucoup de reproches liés à l’argent. »

 

D’où l’importance, pour Brigitte Grésy, de définir un nouveau contrat social entre hommes et femmes. « Un couple aujourd’hui, c’est le lien de deux puissances, avance-t-elle. Mais… qu’est-ce que la puissance ? Est-elle encore limitée aux trois piliers de la virilité : puissance physique, sexuelle, mentale ? N’est-ce pas plutôt l’expression de soi, d’un projet, d’un désir ? Un foyer, c’est un partenariat entre deux individus où chacun donne sa place à l’autre. Le problème, c’est qu’avant la place de chacun était déterminée. Aujourd’hui elle est à créer, pour que chacun puisse vivre sa puissance propre. Cet équilibre du couple se négocie, il peut et doit se réinventer », assure-t-elle. 

 

* De l’argent à soi. Les préoccupations sociales des femmes à travers leur rapport à l’argent, Presses universitaires de Rennes. 

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