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Mali: Une lettre ouverte a Dioncounda Traoré

dioncounda-traore.jpgPourquoi Dioncounda Traoré doit imiter Willy Brandt

 

Excellence Monsieur le Président de la République, il y a près de deux décennies, dans ce qui était l’unique université du Bénin (d’autres ont été créées depuis), un groupe important d’étudiants en colère avait réussi à s’emparer du recteur dans son bureau au deuxième étage, avait dévalé les escaliers en le portant comme un colis, et s’était débarrassé de lui au sol en le déposant sur le gazon. Non molesté, le recteur se releva sain et sauf et alla se rasseoir dans son fauteuil. Il n’avait pas rédigé sa lettre de démission, or c’était pour lui la seule manière de rétablir l’honneur et la dignité, les siens, ceux de la fonction et de l’institution. Ne pouvant pas faire renvoyer la meute anonyme et sans visage, il aurait dû se retirer lui-même. L’âme des institutions et des instances, l’âme des hommes et des femmes qu’elles orientent, cette âme supporte mal d’habiter un corps qui a été humilié sans possibilité de réparer l’humiliation. Le cas échéant, cette humiliation rejaillit inévitablement sur l’instance ou sur l’institution. Pour les étudiants du Bénin, qu’est-ce que le recteur et les professeurs depuis cette humiliation qui n’a été effacée ni par le renvoi des ‘‘humiliateurs’’ ni par la démission de l’humilié ? Dans leur inconscient collectif s’est installée l’idée, fausse, que ‘‘recteur et professeurs sont gens que nous pouvons traiter comme des choses’’ L’université ne s’en est pas sortie grandie.

 

 

Excellence Monsieur le Président de la République, le traitement qui vous a été infligé au palais présidentiel de Koulouba le 20 mai 2012 n’est pas sans ressemblance avec ce crime de lèse-recteur commis à l’université du Bénin il y a plus de quinze ans. Comme ce recteur, il vous est impossible d’obtenir réparation en faisant punir la meute anonyme et sans visage qui est allée vous porter coups et blessures dans l’exercice de vos fonctions les plus hautes. Car vous n’êtes pas à la tête d’une simple institution, telle que l’université, vous êtes à la tête de la plus haute instance politique appelée l’Etat, et qui englobe l’université. Si vous imitez le recteur humilié de l’université du Bénin, si vous restez à la tête de l’Etat malien après l’humiliation sans réparation qu’une meute téléguidée vous a infligée, vous déconsidérerez l’Etat malien, parce que ce sera comme si vous n’êtes pas plus courageux que vos agresseurs, comme si vous n’avez pas, mieux qu’eux, le sens de l’Etat, le sens de l’honneur et de la dignité, l’honneur et la dignité de l’homme d’Etat, l’honneur et la dignité de l’Etat.

Excellence Monsieur le Président de la République, vous ne pouvez pas imiter le recteur humilié de l’université du Bénin, mais vous pouvez et devez imiter le chancelier allemand Willy Brandt, l’homme admiré de l’Ostpolitik, prix Nobel de la paix en 1971. Mais lorsqu’il s’est avéré en 1974 que l’un de ses proches conseillers, nommé par lui, était un espion de l’ex Allemagne de l’Est, Willy Brandt démissionna, sans qu’on ne le lui ait demandé. Il démissionna pour avoir estimé que l’Allemagne, que l’idée qu’il se faisait de l’honneur et de la dignité de l’Etat allemand, n’était pas compatible avec l’erreur que lui, son représentant, avait commise, quels que fussent par ailleurs ses mérites antérieurs et son irréprochabilité personnelle. Certes, comparaison n’est pas raison, mais vous pouvez et devez imiter le chancelier allemand Willy Brandt parce que vous ne pouvez pas avoir, à la tête de l’Etat malien, une idée moins noble que la sienne à la tête du gouvernement allemand.

Excellence Monsieur le Président de la République, vous démissionnerez par noblesse parce que l’Afrique noire en a besoin. Elle est profondément malade de ses ‘‘chefs’’ appelés ses dirigeants par pur abus de langage, car ils se traînent au ras des pâquerettes comme le commun des mortels, au lieu d’être Moïse à la tête du peuple pour conduire sa marche. Vous démissionnerez parce que les générations montantes ont besoin de modèles, besoin d’hommes et de femmes qui, refusant obstinément la tentation de l’abîme, montent péniblement vers la cime. Vous démissionnerez pour rejoindre, sur un registre différent, Thomas Sankara, Nelson Mandela et quelques autres Africains (vos devanciers si vous acceptez de les suivre) sur les chemins de l’honneur et de la dignité pour l’Afrique et pour les Africains.

Respectueusement vôtre, Excellence Monsieur le Président de la République.

 

(Par Roger Gbégnonvi)

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