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Conseils, science, sante et bien-être


Pourquoi les Etats-Unis doivent fusionner avec le Canada

Publié par MaRichesse.Com sur 17 Octobre 2013, 00:43am

Catégories : #IMPORTANT

Explication de l’argument très recevable qui veut que les Etats-Unis s’unissent une fois pour toutes avec leur voisin du nord.

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Essayez d’imaginer ce que sera le futur dans quelques années: les Chinois, après des dizaines d’années passées à s’infiltrer dans des compagnies de forages et des banques canadiennes, ont enfin réussi à exploiter les ressources de pétrole et de gaz naturel du Canada. C’est vrai qu’une partie de l’argent ramassé finit dans les coffres d’Ottawa, ce qui est déjà plus que ce que le gouvernement peut dire à propos de son pétrole de l’Arctique, où les ressources pétrolières canadiennes ont été récupérées par des entreprises d’extraction soutenues par le gouvernement russe.

Un réseau de ports chinois a été créé pour sécuriser les côtes qui entourent le passage du Nord-Ouest, limitant ainsi la souveraineté canadienne. Enfin, les forces militaires du Canada, affaiblies par des années de dépendance envers les États-Unis, sont incapables de résister. Le pays finit par devenir un état vassal, qui dépend de patriarches néocolonialistes comme Moscou ou Pékin.

Ce scénario dystopique n’est pas extrait d’un épisode de la Quatrième Dimension, ou d’un roman de science-fiction à la mode basé sur une version alternative de l’histoire. C’est la menace qu’explique Diane Francis, ancienne journaliste économique et rédactrice du journal canadien le National Post, dans son dernier livre qui vient de sortir, La fusion du siècle : Pourquoi le Canada et les États-Unis devraient s’unir en un seul pays. Et tandis qu’elle décrit ce livre comme une « expérience intellectuelle », elle croit tout de même qu’une union entre les deux pays est essentielle pour leurs futurs : en cas de difficultés économiques, « en affaires, on sait qu’une fusion est une solution sensée. » Elle y a bien réfléchi, au point de compter jusqu’au dernier dollar que le Canada devrait toucher pour ses ressources naturelles si jamais les États-Unis en venaient à racheter le pays.

«Les Russes ont jeté le gant en Arctique... Et les Chinois visent nos ressources, ainsi que celles de tous les autres », a expliqué Francis à Foreign Policy depuis le Canada lors d’un entretien téléphonique. Ils représentent « les loups derrière la porte», a-t-elle affirmé. Elle expose la situation en utilisant l’image de la proie et du prédateur dans son livre. «Le système est devenu leur proie. Et je les trouve vraiment malins. Ils font du bon travail: en toute honnêteté, ils nourrissent leur population, et ils l’éduquent, mais on sait très bien qu’ils ont un objectif.» Leur but est d’intégrer le plus important et le plus précieux des marchés : les États-Unis et l’Union Européenne. «Le Canada est un état périphérique aux États-Unis, tout comme la Turquie pour l’UE, et vous remarquerez que la Chine a commencé à faire des affaires non pas avec l’UE, mais avec sa périphérie : la Bulgarie et la Turquie. Ils viennent tout juste de décrocher un gros contrat en avionique, pour leurs contrôleurs aériens. Ils construisent des ponts. Ils construisent des routes.» Le Canada, quant à lui, «est une porte de derrière pour les principaux marchés auxquels ils veulent vraiment accéder alors qu’ils ont jusque là été tenus à l’écart.»

Pour le moment, les États-Unis et le Canada sont des «nations en détresse», en proie à des investissements dangereux alors que leurs puissances diplomatiques et militaires sont en pleine diminution, comparées au reste du monde. «Sans un changement radical, écrit-elle, le Canada restera vulnérable et passif. Les États-Unis continueront à s’endetter en achetant du pétrole à l’étranger et des biens bon marchés en Asie, tout en jouant les gendarmes dans des pays qui pourraient et devraient payer pour leur propre protection, et tant qu’on y est d’ailleurs, qui devraient « acheter américain ».

«Il faut absolument établir une stratégie»

Diane Francis est née à Chicago et possède la double nationalité. Mais elle n’est pas du genre provocateur américain. Elle reconnaît qu’il existe du côté nord de la frontière une certaine paranoïa autour des intentions américaines. «Je crois que c’est le fait d’être le petit voisin à côté de la superpuissance, il faut toujours qu’on s’inquiète», a-t-elle expliqué. Mais on peut voir de vrais avantages à une fusion: des «synergies», nous dit-elle dans son jargon de businesswoman. Et ces avantages seraient surtout bénéfiques pour le Canada. En effaçant la frontière, celui-ci gagnerait une armée avec suffisamment de pouvoir pour protéger ses ressources des intrusions étrangères, ainsi que le capital et la main d’œuvre nécessaires pour développer le pétrole, le gaz naturel et les autres projets miniers du nord inexploité du pays. De leur côté, les États-Unis auraient accès à environ 13% des réserves de pétroles restantes du monde, et à 30% du gaz naturel non exploité. La synergie la plus évidente, écrit-elle, serait de coupler le potentiel non développé des ressources canadiennes à l’argent, le marché et les travailleurs venus des États-Unis.

Plus particulièrement, Francis, qui est également une des directrices d’Aurizon Mines, Ltd., une entreprise qui exploite une mine d’or du Québec, souhaiterait voir les États-Unis investir dans les infrastructures du grand nord canadien, qui manque actuellement de routes, ports et oléoducs nécessaires pour rendre possible l’extraction des ressources. «Un genre de plan Marshall pour les infrastructures qui engendrerait des millions d’emplois, de chaque côté de la frontière. Les Américains devraient juste remonter leurs manches et s’y mettre, parce qu’ils possèdent le capital et le marché pour ces ressources. Ou au moins, on devrait pouvoir trouver une sorte d’arrangement économique commun dans lequel le Canada aurait le choix de ses partenaires.»

Cette perspective sent un peu trop fort le protectionnisme, même si Francis est contre ce terme. «C’est de la protectivité, insiste-t-elle. Je pense qu’un investissement peut uniquement être réalisé dans un esprit de réciprocité. Si les Chinois peuvent acheter Smithfield Foods, alors les Américains peuvent acheter l’entreprise chinoise qui veut acheter Smithfield. Mais nous, on ne peut pas. Tout ça ne va que dans un seul sens, et c’est ce qui se passe partout. C’est genre, «pile, je gagne ; face, tu perds». Dans son livre, elle décrit une «nouvelle guerre froide... qui fait rage sur le terrain économique.»

Francis a imaginé une demi-douzaine de façons pour que la fusion puisse arriver: le rachat du Canada par les États-Unis, à la manière de la Louisiane, ou une levée de fonds pour régler des dividendes aux citoyens canadiens. D’un point de vue politique, les provinces du Canada pourraient devenir des états américains, ou peut-être devenir une sorte de Commonwealth si jamais le Québec souhaitait conserver son propre gouvernement. Ils pourraient former une union fédérale, sur le modèle de l’Allemagne unifiée, et créer un conseil fédéral comme en Suisse, ou encore établir un gouvernement coordinateur sur le modèle de l’Union Européenne. Francis ne propose à aucun moment de nom pour son super-état potentiel. Si les provinces canadiennes devenaient des états américains, elles seraient alors simplement absorbées par les États-Unis. Mais pour les autres modèles, qui sait? «Canadamérique» est un peu trop dur à avaler, alors qu’«Améri-Canada» est un tout petit mieux.

Mais alors, à quoi ressemblerait une Améri-Canada unie? Du point de vue de la superficie, ce serait le plus grand pays du monde, dépassant la Russie, et même l’Amérique du Sud. Son économie serait plus importante que celle de l’Union Européenne. Et puisque que chacun des pays est le plus grand partenaire commercial  de l’autre, leurs déficits commerciaux s’en trouveraient réduits. Le Canada pourrait également apporter la stabilité à la Réserve fédérale ainsi qu’aux banques américaines. Enfin, en répondant à tous les besoins en énergie du pays de manière interne, l’Améri-Canada deviendrait un état pétrolier très lucratif, en exportant son pétrole dans le reste du monde développé.

Malgré tous ces bénéfices (autonomie énergétique, frontières sûres, voire même un oléoduc de sirop d’érable si on a de la chance), une fusion ne serait pas sans conséquences. Francis est certaine que des motivations économiques plus anciennes finiraient par l’emporter sur les apports du Canada, mais est-ce vraiment le cas ? Est-ce vraiment la peine de se demander comment on pourrait intégrer les lois américaines, canadiennes et québécoises, ou essayer de standardiser la sécurité sociale entre les deux pays ? Est-ce que Washington aurait vraiment envie d’hériter des conflits de territoires avec les Nord-Amérindiens, des séparatistes québécois, ou encore de Justin Bieber ? Et est-ce que les Canadiens voudraient de Washington, surtout après les dysfonctionnements qui ont été mis en évidence la semaine dernière ?

Certaines questions ne vaudront sûrement pas la peine d’être posées, et pas uniquement parce que le parti républicain ne le permettrait jamais. (Si les Canadiens devaient voter aux élections présidentielles, le parti républicain américain ne réussirait jamais à reprendre la Maison Blanche, selon Francis.) La réception de ses propositions a été à mi-chemin entre réflexe réactionnaire et de dédain. Jonathan Kay, rédacteur pour le National Post, et collègue de Francis, a décrit son livre d’une manière typiquement canadienne : un euphémisme poli. Pour lui, c’est le livre « le plus ambitieux » de Francis. « Peut-être un peu trop ambitieux pour de nombreux lecteurs. »

Selon Francis, le livre a causé des «bouleversements émotionnels. L’idée, c’est que celui-ci soit lance une conversation... Et cette conversation n’est pas encore très instructive, mais elle pourrait le devenir à l’avenir.» Et l’auteure sait que c’est un projet ambitieux : elle ne se cache pas derrière les grands parallèles qu’elle déploie, entre le « plan Marshall » d’investissement dans l’économie canadienne et les comparaisons avec la réunification allemande ou une possible réunification coréenne.

Mais il reste une analogie dont Francis ne s’est pas servie. En 1985, Ibrahim Ibrahim, alors professeur à Georgetown, a présenté uneproposition digne de Cassandre. Devant les difficultés économiques de l’Afrique du Nord, Ibrahim a suggéré une fusion entre l’Egypte, la Lybie et le Soudan. La population importante de l’Egypte ainsi que son développement technologique pourraient fournir l’impulsion nécessaire pour faire du Soudan le nouveau «grenier» de la région. De son côté, la Lybie pourrait y trouver une unité et une intégration politique, de peur de se retrouver «impuissante devant les ruses de l’histoire». Le plan est similaire à celui que propose Francis:

«tout d’abord, un marché commun serait créé entre les trois pays, pour chaque secteur où la main d’œuvre et le capital seraient garantis... Dans la seconde phase du marché commun, les trois pays établiraient une confédération politique formelle, autorisant le libre échange, l’intégration de la production et l’intégration technique. C’est à ce stade uniquement que les trois pays pourront s’unir dans un projet commun d’investissement systématique sur le long terme.»

Tout comme la proposition de Francis, ce plan était étrange d’un point de vue politique, mais assez sensé d’un point de vue économique. Vingt-huit ans plus tard, après que le désespoir politique et économique a causé des révolutions en Lybie et en Egypte, et avec un Soudan maintenant partagé mais toujours sous-développé, on peut se demander : est-ce que cette période de déclin était vraiment inévitable? Le futur improbable et hyperbolique qu’entrevoit Francis, plein de puissances émergentes s’en prenant aux ressources et à la souveraineté du Canada, et plus tard, des États-Unis, serait tout aussi désastreux.

«Ça ne se passera pas forcément comme ça, j’essaie de ne pas être trop alarmiste, ou paranoïaque, ou de céder aux théories conspirationnistes. La Chine et la Russie ne font rien d’autre que des affaires, sauf que ce sont des géants organisés.»

De bien des manières, l’Améri-Canada est déjà une réalité: «La fusion existe déjà dans certains secteurs. Nous fusionnons dans nos investissements, et nos droits de propriété, ainsi que nos populations.»Elle rappelle que trois millions de Canadiens vivent aux États-Unis, et qu’un million d’Américains se sont installés au nord. «Mais cette frontière est en train de s’épaissir», nous explique-t-elle en revenant sur les problèmes d’immigrations qui ont suivi le 11-Septembre et le trafic de drogues grandissant entre les deux pays. Depuis la fin des négociations à propos de l’accord de libre échange commercial entre les États-Unis et le Canada, le 4 octobre 1987, «nous n’avons pas donné le moindre coup de pouce à cette fusion, à part baisser quelques barrières tarifaires. » Pour elle, il est temps que cela change, et c’est la raison pour laquelle elle a « lancé une conversation».

Francis voudrait voir les deux pays passer aux choses sérieuses. «Ça fait des années qu’on se fréquente régulièrement, il est temps qu’on songe au concubinage, ou même au mariage», explique-t-elle. Toutefois, il est plus probable que les choses se passeront plus progressivement, et de manière moins formelle. «Peut-être que les deux pays choisiront de s’éloigner lentement de la souveraineté sans jamais en parler, dans un accord tacite pour continuer à se la couler douce en toute conscience, dans les bras l’un de l’autre.»

J. Dana Stuster

Traduit par Hélène Oscar Kempeneers - source

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