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Conseils, science, sante et bien-être


Pathologies: Ejaculateurs «précoces» et «tardifs» atteints du même mal, selon une étude

Publié par MaRichesse.Com sur 21 Avril 2014, 00:14am

Catégories : #HOMME-FEMME

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Ceux qui s'intéressent au journalisme médical savent que tous les sujets à traiter sont sensibles. Et que certains le sont définitivement plus que d'autres; à commencer par toutes les «pathologies de la sexualité»; vaste cour moderne des miracles, résultantes mêlées de troubles plus ou moins somatiques, plus ou moins psychologiques. Un exemple d'actualité nous en est donné avec une réflexion originale sur les deux formes d'éjaculations étiquetées comme «anormales» et qualifiées, les premières, de «précoces», les secondes de «difficiles».


Ejaculations «pathologiques» car elles sont presque toujours source de souffrance pour les hommes concernés autant que pour leur(s) partenaire(s). Une dimension pathologique qui renvoie immanquablement à ce que devrait être ici la «normalité»: un délai sinon idéal, du moins raisonnablement acceptable entre le début et la fin de l'érection masculine lorsqu'elle survient dans le cadre d'une relation sexuelle.


 

Un sujet de moins en moins tabou

Longtemps tout cela fut non dit; ou alimentait de ces tristes plaisanteries qui ne traduisent que de profondes angoisses. Puis émergèrent, conjointement ou presque, le féminisme et la sexologie. Les souffrances éjaculatoires devinrent des entités pathologiques: on pouvait enfin oser en parler pour tenter d'en guérir. L'affaire fut amplifiée avec l'arrivée du Viagra et de ses concurrents, molécules qui aidèrent notablement à la prise de parole collective sur les érections masculines avec pour l'essentiel trois paramètres: «existence», «durée», «qualité».


Où en sommes-nous aujourd'hui? Chronomètre en main, les spécialistes font toujours officiellement la part entre les hommes souffrant d'éjaculations précoces et ceux souffrant d'éjaculations difficiles ou, pour être plus explicite, «tardives». Deux souffrances différentes, deux identités pathologiques, deux profils masculins aux antipodes l'un de l'autre pense-t-on généralement. On a peut-être tort: il pourrait ne s'agir là que de deux visages d'un même mal. Telle est la thèse novatrice que soutiennent deux experts: le Pr Georges Abraham (Genève) et le Dr Giorgio Del Noce (Turin) dans une toute récente livraison (datée du 24 mars 2013) de la Revue Médicale Suisse.


Que nous disent ces deux spécialistes? Qu'en règle générale, les hommes qui souffrent d'éjaculations précoces ruminent continuellement la question de la durée, (toujours estimée insuffisante) de leurs «prestations sexuelles». Ils n'ont de cesse de parvenir à «se contrôler» en prenant en considération le plaisir de leur partenaire plutôt que le leur. A l'inverse, l'éjaculateur «trop lent» dans ses réactions coïtales (ou ayant des difficultés certaines à «relâcher du sperme») semble beaucoup moins se préoccuper de ce que sa partenaire pourrait véritablement apprécier. Se confiant au sexologue, ces hommes ne cachent pas, parfois, leur surprise d'apprendre qu'une femme puisse se plaindre d'une très longue durée de «prestation coïtale»; durée qui devrait, postulent-ils, érotiquement pleinement la satisfaire.

On peut avoir l'impression que deux mondes s'opposent, résument les deux auteurs. D'un côté, il y aurait une sorte d'emprise incontournable du système nerveux sympathique, et de l'autre une possible emprise majeure du système nerveux parasympathique. D'un côté, il semblerait exister une capacité excitatoire remarquable, mais finissant par décevoir les deux partenaires, et de l'autre une même prédominance d'un processus de type inhibiteur.

L'éjaculateur précoce semble être «condamné» à percevoir massivement la moindre stimulation érotique. A l'inverse, l'éjaculateur difficile ne paraît pas apte à se servir de toutes les sensations érotiques dont il prend conscience. Pour les deux spécialistes, il ne fait aucun doute qu'au niveau émotionnel, l'éjaculateur précoce est tyrannisé par l'angoisse, jusqu'à transformer chaque acte sexuel en une épreuve destinée à lui confirmer sa faiblesse; l'éjaculateur difficile peut quant à lui être pris (surpris) par de soudaines explosions de colère alors qu'il contrôle habituellement ses émotions. 

Autrefois, l'éjaculateur difficile ne consultait pas pour des problèmes concernant un manque de jouissance, content qu'il était -voire fier- de ses prestations érectiles parfois presque illimitées, expliquent-ils.Aujourd'hui, il consulte - et comment !- soit pris par des pulsions paternelles pouvant être entravées par ses tendances à retenir le sperme, en tout cas lors de la pénétration vaginale, soit en revendiquant le droit à son propre plaisir et en présumant que sa partenaire devrait de toute façon en avoir, ce qui est loin d'être toujours le cas.

Ils ajoutent:

Le plus souvent, l'éjaculateur difficile finit par se retirer du vagin et se masturber de suite, devant elle ou en cachette. Cette procédure sexuelle est décrite par la partenaire comme une source, pour elle, d'humiliation plutôt que d'une quelconque satisfaction sexuelle.

Au vu de leurs expériences, le Pr Abraham et le Dr Del Noce avancent l'hypothèse de l'existence de points communs entre ces profils et pratiques pathologiques; et ce dans un paysage contemporain où ils ne craignent pas d'affirmer que «la femme a de plus en plus tendance à déléguer à l'homme le résultat d'un rapport amoureux». Comment comprendre que les deux situations puissent, médicalement, n'en faire qu'une? «Il se pourrait qu'une complicité subliminale existe entre ces deux pôles éjaculatoires.» Cette complicité reposerait soit sur une vision dévalorisante de toute image féminine (femme trop exigeante, peut-être aussi vis-à-vis d'elle-même, pour être facilement satisfaite) soit, à l'opposé, sur l'idée subconsciente, que n'importe quelle femme (épouse, prostituée...) «est d'une manière ou d'une autre impossible à satisfaire suffisamment par un seul homme».

«Tant l'éjaculateur précoce que le difficile ou le très lent montrent une tendance commune à pratiquer des rapports bucco-génitaux, visant ainsi le clitoris et évitant le plus possible l'accès au vagin,expliquent encore les deux spécialistes. Vagin qui représenterait un organe redoutable par son insensibilité foncière, et peut-être aussi par son anatomie «cachée». En outre, l'éjaculateur précoce serait animé par un besoin profond de déployer une virilité incontestable, synonyme d'un homme déclencheur de plaisir féminin, tandis que son opposé, l'éjaculateur difficile, songerait subconsciemment à atteindre un état de passivité peut-être pas dissemblable d'une forme de féminisation. Féminisation qui, à son tour, ne représenterait pas une forme d'autocastration, mais au contraire une forme d'appropriation d'un présumé pouvoir féminin primordial.»

Enfin, un autre facteur commun à ces deux extrêmes tient aux limites de la thérapeutique. Pour les éjaculateurs précoces, il y a les techniques de «rééducation» effectuées sur de longues périodes et souvent abandonnées car elles donnent l'impression d'une «réduction de la libido». Il y a aussi le recours à certains antidépresseurs (clomipramine, paroxétine) qui peuvent aider à condition de ne jamais arrêter le traitement. Pour les éjaculateurs tardifs, la palette est a priori plus large: approches comportementalistes à visée rééducative, sprays d'une hormone féminine, électro-stimulations, approches psychothérapeutiques. Mais au final, les résultats sont souvent tout aussi décevants. Une double impuissance thérapeutique qui renvoie à une même incapacité: celle de parvenir à gérer, sans en souffrir, les plaisirs de la sexualité. L'hypothèse d'Abraham et Del Noce ne va peut-être pas déboucher sur des avancées thérapeutiques. Mais néanmoins, on peut penser que ce rapprochement aura quelque utilité, ne serait-ce que psychologique: que celui qui se croit «surpuissant» partage en réalité énormément avec celui qui se croit «faible», et vice-versa.

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