Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Oculométrie, comment nous allons tous devenir des esclaves loyaux des géants du monde

Publié par MaRichesse.Com sur 2 Octobre 2013, 01:31am

Catégories : #IMPORTANT

Lorsque cette fiction sera devenue réalité, le débat sur le droit à la vie privée prendra une toute autre dimension.

Anatomie d'un oeil plaisanter~ via Flickr CC License by

Jetez, un instant, un œil aux mots qui suivent:

 

Républicain. Avortement. Démocrate. Futur. Afghanistan. Système de santé. Mariage homosexuel. 

 

La façon dont vous venez de lire cette liste en dit long. Vos yeux se sont-ils attardés, une fraction de seconde, sur certains de ces termes? Vos pupilles se sont-elles légèrement dilatées lors de votre lecture? La fréquence de vos battements de paupières a-t-elle changé à un moment ou à un autre? Avez-vous fait machine arrière pour relire l’un ou l’autre des mots, et si oui, lesquels, quand, et pour combien de temps?

 

L’oculométrie s’appuie sur les images fournies par une ou plusieurs caméras pour capturer les mouvements et les modifications structurelles de nos yeux, et mesure l’ensemble de ces données avec une précision millimétrique. Cette technique compte nombre d’applications bénéfiques – elle permet notamment à certaines personnes handicapées d’interagir avec des objets sur un écran.

 

Mais de récentes avancées vont la rendre bientôt accessible au grand public. Les principales applications se feront tout d’abord dans les secteurs de l’interface utilisateur et du jeu vidéo. Apple a déposé une demande de brevet pour une interface oculométrique en trois dimensions, et la société européenne Sensye prévoit dès l’an prochain d’intégrer son logiciel oculométrique à certains smartphones.

 

Cette technologie va gagner nos ordinateurs portables, nos tablettes et nos téléphones dans les prochaines années – et ouvrira un nouveau front dans le débat tendu qui entoure le droit à l’intimité numérique. 

 

Arme marketing

L’oculométrie n’est pas encore prête pour le marché de masse. Les calculs requis essoufflent les puces informatiques actuelles – jusqu’aux modèles avancés des appareils grands publics. Par ailleurs, ces ordinateurs haut-de-gamme ne sont pas tous équipés de caméras «en facade»,  permettant de capturer des images des yeux de l’utilisateur.

 

Mais ces obstacles disparaissent au fur et à mesure que nos téléphones portables (entre autres appareils) deviennent plus puissants. Les ordinateurs portables et les tablettes d’aujourd’hui auraient sans doute du mal à réaliser les calculs oculométriques, mais ceux de 2015 le feront sans peine. Et la plupart d’entre eux seront équipés de caméras en façade. 

 

Une fois cette technologie en place, elle récoltera des informations – non seulement sur ce que nous lisons sur le Web, mais aussi sur la façon dont nous les lisons. Votre regard s’est-il attardé quelques secondes sur une publicité, sur laquelle vous avez finalement décidé de ne pas cliquer? Comment vos yeux bougent-ils lorsqu’ils absorbent le contenu d’une page? Avez-vous une préférence ou une aversion particulière pour certains mots, certaines phrases, certain sujets? Les publicités du futur seront-elles choisies non seulement vis-à-vis de vos anciens achats, mais aussi de vos pensées – pensées trahies par vos mouvements oculaires? 

 

Ces informations seront collectées, analysées et revendues à des centaines d’entreprises – publicitaires, prestataires d’analyse de données, et bien d’autres – à travers l’écosystème numérique, via ce que ce secteur d’activité appelle «la chaîne de valeur du marketing mobile».

 

Une nouvelle brèche dans la vie privée?

En théorie, ces données seront anonymes, «impersonnelles». Mais en pratique, on pourra vite avoir raison de cet anonymat. Les données oculométriques collectées via les tablettes et les smartphones seront rattachées à un «identifiant d’appareil unique», associé à un appareil en particulier. Ces données seront associées à des informations de géolocalisation particulièrement précises – assez précises pour repérer la maison de l’utilisateur ou un bâtiment commercial.

 

De nombreux services collectent des données à notre insu – et les révélations dans ce domaine ne cessent de tomber: Carrier IQ en novembre, Android en décembre, Google, Twitter, Apple et Android il y a peu… Et si ces scandales nous ont appris une chose, c’est qu’ils suivent – peu ou prou – tous le même chemin: les journaux en font leurs gros titres pendant quelques jours, on demande au Congrès et à la Federal Trade Commission de conduire une enquête, et les représentants des sociétés concernées y vont de leurs communiqués pour limiter les dégâts – jusqu’à ce que l’attention du public se reporte sur un autre sujet.

 

Pour chaque fuite de données personnelles découverte et colmatée, des dizaines d’autres échappent à notre vigilance. Dans cet environnement, mieux vaut encore s’excuser après coup auprès du client que de demander sa permission – et de fait, cette stratégie commerciale s’est avérée particulièrement payante. 

 

Dans l’immense majorité des cas, personne ne prend le temps de recouper toutes ces informations. Mais si quelqu’un souhaitait connaître notre nom, étudier nos mouvements oculaires et tenter d’évaluer ce que nous pensons – en tant qu’individus – lorsque nous posons les yeux sur du contenu numérique, l’ensemble des données nécessaires seraient à portée de sa main.

 

Traquer les «pré-crimes»

Il nous faut également évoquer l’utilisation que pourraient faire les forces de sécurité et les responsables de la sécurité publique de cette technologie. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, des chercheurs ont cartographié les rapports qu’entretiennent le rythme du battement des paupières, la dilatation de la pupille et la duplicité. Le Department of Homeland Security a développé un programme surnommé «pré-crime», censé identifier les criminels avant qu’ils ne passent à l’acte.

 

Ce programme, plus connu sous le nom de «Future Attribute Screening Technology», a été conçu pour analyser des images captées aux points de contrôle de sécurité des aéroports – et ce afin de jauger les mouvements des yeux, leur position et leur regard (ainsi que le rythme cardiaque, la respiration et l’expression du visage). Objectif : identifier les comportements jugés suspects.

 

Vous me direz sans doute qu’il existe un moyen d’éviter que nos appareils électroniques nous épient; une solution tentante et simple comme bonjour sur le plan technique : coller un bout de bande adhésive sur la caméra. C’est en effet possible sur les appareils d’aujourd’hui, mais ce ne sera peut-être pas le cas demain. Si l’on en croit cette demande de brevet d’Apple, les écrans du futur pourraient être équipés de milliers de capteurs d’image intégrés.

 

Pour l’heure, il est encore possible de lire des contenus en ligne sans craindre de voir une machine analyser nos pensées. Nous devrions en profiter – tant qu’il est encore temps. 

 

John Villasenor - source

Commenter cet article

Archives