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«Le retard chronique pathologique»: la coûteuse maladie des Africains

Publié par MaRichesse.Com sur 14 Février 2014, 17:32pm

Catégories : #IMPORTANT

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«Désolés pour ce léger retard, indépendant de notre volonté ! » Tous ceux qui sont en Afrique ou qui sont passés par l’Afrique connaissent bien cette phrase.  C’est le mot d’ouverture classique de presque toutes les manifestations sur le continent.

Rarement, en effet, les manifestations officielles ou privées, les réunions administratives, associatives ou politiques, les réunions de famille, les rencontres sportives, les spectacles,  les rendez-vous mondains ou d’affaires démarrent exactement à l’heure prévue sur le continent. Quand ce ne sont pas les organisateurs de l’événement qui ne sont totalement prêts, ce sont les invités ou participants qui ne sont pas arrivés à temps. Dans tous les cas, le retard est consommé et pas souvent assumé.

Pour se dédouaner, les organisateurs prononcent la formule magique : « Désolés pour ce léger retard, indépendant de notre volonté ! », et la cérémonie peut commencer. Comprenez- nous sommes fautifs, mais pas responsables. De leur côté, les invités ou participants retardataires évoquent mille et une raisons pour justifier l’injustifiable. Au finish, tout le monde est en retard, tout le monde est excusable, ce qui fait que le retard se porte comme un charme sur le continent.

La ponctualité est sans doute l’une des valeurs modernes dont l’appropriation reste problématique en Afrique. « Le retarmania » est une affection chronique qui sévit de façon endémique dans presque tous les pays de l’Afrique subsaharienne. Respecter l’heure fixée est presque une gageure en Afrique noire. Le reproche est valable pour la majorité des Africains, moi y compris, d’où la question de fond de ce billet, « pourquoi ce rapport difficile des Africains à la ponctualité ? ».

 

Un retard systématique

Le retard, en effet, est une réalité trop fréquente sur le continent pour passer inaperçue. En terme de grandeur, le léger retard en question s’exprime, la plupart du temps, en dizaines de minutes, voire en heures. Il n’est pas la manifestation d’un comportement conventionnel tel le « quart d’heure ou à la demi-heure de politesse » qu’il est fréquent d’observer dans les rendez-vous mondains sous d’autres latitudes. Le comble est que même les institutions de référence qui ont tout pour être au-dessus de la mêlée, sont aussi dans la mêlée.

Tenez, année après année, presque toutes les cérémonies marquant les anniversaires de l’accession de nos Etats à l’indépendance commencent toujours avec un certain retard.

Au Bénin, en 2010, la cérémonie commémorant le cinquantenaire des indépendances a démarré avec un retard de plus de deux heures d’horloge au grand dam des nombreux chefs d’Etat des pays hôtes, des diplomates et hauts cadres de la nation arrivés à l’heure.

En Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC), au pouvoir a fêté son centième anniversaire en décembre 2012. Le clou du grand meeting organisé à Bloemfontein pour célébrer l’événement était le discours du président Jacob Zuma devant les 4 500 délégués venus de tout le pays, mais ce discours fut livré avec un retard de plus de quatre heures d’horloge sur le planning.

Au niveau panafricain, le sommet de l’Union africaine à Accra en 2008 et celui de l’O.C.I à Dakar en 2008 se sont tous deux, ouverts avec un retard d’une heure chacun. Cinq ans plus tard, les festivités du 50e anniversaire de l’Union africaine à l’Africa Hall en mai 2013 à Addis-Abeba a encore accusé un retard d’une heure de temps au grand dam des prestigieux invités.

Au quotidien, le retard s’observe partout. Dans les administrations, les écoles, les hôpitaux, etc.

Les vols sur les compagnies aériennes, les émissions radiotélévisées, les forums, les colloques et autres rencontres internationales qui, partout ailleurs, sont des rendez-vous pris à la lettre et accusent eux aussi trop souvent des retards hallucinants sur le continent.

Au niveau des chaînes de radios et télévisions, un zapping à travers les télés africaines pendant une journée suffit pour constater qu’il y a fréquemment un gap entre la grille des programmes et les émissions présentées à l’antenne. Les  chaînes qui démarrent le journal ou autre émission sur un compte à rebours ou à heure exacte ne sont pas légion.

Ce retard constaté dans les horaires des rendez-vous individuels ou publics s’étend également aux calendriers et agendas politiques ou culturels. Tenir les élections à bonne date ou respecter les délais constitutionnels dans la mise en œuvre des politiques est une gageure en Afrique.

Au vu de tous ces manquements observés de la base au sommet de la chaîne sociale et aux quatre coins du continent, on peut affirmer que le timing n’est pas le truc des Africains 


Un handicap pour l’individu et pour la communauté.

Les rendez-vous en Afrique, c’est toujours un casse-tête. Pour plusieurs personnes, l’heure convenue pour un rendez-vous, au lieu de représenter l’heure de se trouver à point nommé, est souvent confondue avec l’heure de prendre départ pour le rendez-vous. Le retard devient alors une fonction à plusieurs paramètres, le temps nécessaire pour rallier le lieu du rendez-vous en fonction des moyens de déplacement disponibles et l’intérêt porté à la rencontre par l’un ou l’autre des correspondants étant les principaux.

Ainsi, si on n’y prend garde, on perd doublement de temps, avant et après chaque rendez-vous en étant ponctuel.

Une étude réalisée par le ministère des Finances du Bénin a révélé que ce pays perd chaque année soixante dix milliards de francs Cfa à cause des retards accumulés par les agents économiques à différents niveaux. A côté donc des dommages de commodité, le retard engendre de gros dommages économiques et pourtant,  on s’en accommode. 


 Question de culture ou d’éducation?

Mais en fait, pourquoi tous les autres peuples parviennent à être ponctuels et pas les Africains ? Les Africains auraient-ils un problème particulier avec l’heure ? Question de culture ou d’éducation ?

Probablement un mélange des deux. A mon sens, le ressort psychique inconscient de cette tare relève, vraisemblablement, du « mème » de la culture orale du continent. L’horloge, la montre et les rendez-vous à heure fixe sont apparus en Afrique avec la colonisation et les instruments de mesure du temps sont entrés dans l’usage des ménages et la vie sociale de la majorité des Africains il y a juste un  siècle. C’est dire qu’il y a actuellement des adultes africains qui n’ont jamais possédé de montre.

Dans l’Afrique ancestrale, il y avait aussi des rendez-vous, mais le repère horaire est souvent relatif, dans le genre : le premier chant du coq, le lever du soleil, dans la matinée, au moment du déjeuner, dans l’après-midi, au coucher du soleil, à la tombée de la nuit, etc. Comme on le voit, c’est un système assez approximatif, car aucun de ces repères n’est ponctuel. Dans ces conditions il est presque impossible d’établir un timing quelconque. Tel, fut pendant des siècles, le comportement des Africains face aux rendez-vous. Ce comportement acquis sous l’influence de la tradition orale est ce qu’on peut appeler : le  » mème » du temps souple, qui s’est propagé de cerveau en cerveau par l’usage et a eu cours pendant des siècles en Afrique.

Avec la pénétration européenne et l’aventure coloniale, l’horloge fait son apparition sur le continent et il a fallu que les Africains s’adaptent à ce nouvel outil d’appréciation du temps. Mais, dans ce nouveau contexte, le temps est fixé de façon très précise et la ponctualité devient une valeur nouvelle qui fait son apparition sur le continent. L’heure avant l’heure n’est pas l’heure, l’heure après l’heure, n’est pas l’heure, l’heure, c’est l’heure. Les Africains vont s’employer pendant environ un siècle à s’adapter à cette nouvelle donne avec plus ou moins de bonheur.

Seulement voilà, après environ cent ans d’adaptation, le retard est un défaut qu’une large majorité d’Africains ont encore en partage. Très léger ou très  prononcé selon le cas, le retard colle malheureusement trop souvent à l’image des Africains dans leurs relations publiques et motive quelque peu les critiques de décontraction, d’absence de rigueur et de négligence souvent formulées contre eux. Une situation bien souvent paradoxale d’ailleurs. Les gens attendent la dernière minute avant de manifester leur empressement à être à l’heure, ce qui fait que le retard est consommé malgré l’empressement qu’on peut observer.

Mais alors, qu’est-ce qui empêche actuellement,les Africains d’être ponctuels ou de faire de la ponctualité une valeur culturelle majeure ? La négligence ? Peut-être. L’absence de rigueur pour se conformer à ce qui est écrit? Assurément, l’accent n’est pas suffisamment mis sur l’éducation pour corriger cette tare collective. Certes, tout le monde considère le retard comme un défaut, mais de très faible gravité, la pression de sélection de l’éducation  reste faible donc pour éliminer ce comportement.  Nos ancêtres n’étaient point tatillons sur l’heure parce qu’ils avaient des référentiels très relatifs. Actuellement, les Africains ont un référentiel bien précis et universel, cependant, ils ne sont guère à cheval sur la question du temps. Manifestement ceci est une marque du phénomène de l’empreinte comportementale précoce. C’est, à mon avis, un « mème » culturel, transmis des générations passées aux générations actuelles. 


 Le retard n’est pas une héritabilité génétique

Pour autant, ce retard endémique n’est pas une héritabilité génétique, il est plutôt culturel et peut se corriger ou se déconstruire dès que la société de façon déterminée va accentuer la pression de sélection sur ce critère pour que les choses changent rapidement. Non! Les Africains n’ont pas le retard dans le sang. Tous ces retards constatés à différents niveaux qui minent le développement ne sont que le fruit de mauvaises habitudes engendrées ou favorisées par l’empreinte précoce du « mème » du temps souple. Seule l’éducation peut contribuer à le corriger afin que le temps devienne de l’argent au service du développement. Ceci revient à faire de la ponctualité une valeur cardinale de nos cultures et de sensibiliser toutes les couches de la société, notamment,  les élèves, dès les classes élémentaires afin de créer un nouveau patron comportemental qui finira par bannir le retard sur le continent. 

Source 

 

A lire aussi: 

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