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Marichesse.com

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Conseils, science, sante et bien-être


La saison de naissance rend-elle intelligent ou stupide ?

Publié par MaRichesse.Com sur 31 Mars 2014, 06:10am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE

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C'est une intrigante étude que publie la revue NeuroImage dans son numéro de mars. Pour son auteur, Spiro Pantazatos (université Columbia à New York), tout est parti du constat que de nombreuses corrélations existent entre la saison à laquelle les humains viennent au monde et la prévalence de certains troubles neuro-comportementaux comme la schizophrénie, le trouble bipolaire ou les tendances suicidaires. Il y a par exemple un léger excès de schizophrènes chez les personnes nées au printemps. Pour expliquer ces associations, plusieurs hypothèses ont été avancées qui impliquent notamment la température ambiante, les infections saisonnières, l'alimentation différente suivant l'époque de l'année et, bien entendu, la durée plus ou moins longue du jour et de l'exposition à la lumière naturelle. Toutes ces explications partent du principe que des éléments extérieurs sont capables de graver, lors de la période entourant la naissance, une marque sur le cerveau.

 

C'est à la recherche de cette empreinte que Spiro Pantazatos est parti, en explorant une collection de scanners du cerveau effectués sur plus de cinq cents adultes en bonne santé vivant dans la région de Londres. Son idée était de mettre en relation d'éventuelles différences morphologiques avec la date de naissance. Pour ce faire, le cerveau de chacun des 536 sujets a été virtuellement découpé en une multitude de pixels en trois dimensions (les voxels, contraction de "volume" et "pixels") et le travail a consisté à comparer la répartition de la matière grise dans les grandes régions du cerveau, en tenant compte de l'âge des personnes et de leur volume intra-crânien.

Les résultats ne sont pas spectaculaires mais l'auteur de l'étude a trouvé que, chez les hommes seulement, le gyrus temporal supérieur gauche était en moyenne plus volumineux chez les individus nés en automne et au début de l'hiver que chez ceux nés au printemps ou au début de l'été. On obtient une sorte de sinusoïde qui culmine à Noël et dont le point le plus bas se situe six mois plus tard, le 25 juin. Le résultat est intéressant car cette zone du cerveau, en plus de contenir le cortex auditif et l'aire de Wernicke, très importante pour la compréhension du langage, joue également un rôle dans la cognition sociale. On la relie par exemple au décryptage des émotions sur le visage. C'est également une région dont un volume réduit a souvent été associé à la schizophrénie, laquelle, comme je l'ai dit plus haut, est excédentaire chez les personnes nées au printemps, en particulier chez les hommes si l'on en croit une étude italienne de 2006.

Dans un second temps, Spiro Pantazatos a effectué la démarche inverse à sa première exploration. Au lieu de s'appuyer sur les dates de naissance pour détecter des différences morphologiques "saisonnières", il est parti de l'observation du cerveau pour essayer de prédire la saison de la naissance, sachant qu'il avait une chance sur quatre (25 %) de tomber juste en ne se fiant qu'au hasard. Cette approche a été inefficace avec les sujets masculins mais, chez les femmes, le chercheur et son programme d'analyse ont obtenu un taux de réussite de 35 %. Pas mirobolant mais quand même nettement supérieur à ce que le seul hasard aurait donné.

Dans son étude, Spiro Pantazatos souligne que son échec avec l'échantillon masculin peut s'expliquer par le fait que, dans la région de Londres où les scanners ont été passés, on compte une population immigrée majoritairement constituée d'hommes, souvent issus de contrées tropicales ou équatoriales (où les saisons sont nettement moins marquées que sous nos latitudes) voire de l'hémisphère sud (où les saisons sont inversées par rapport aux nôtres). Or, la base de données dont il disposait pour son expérience ne faisait pas mention du lieu de naissance des sujets ! Il se peut donc que, dans l'échantillon masculin, un biais se soit introduit qui ait empêché l'apparition d'un résultat significatif.

Quoi qu'il en soit, même si ce n'est que de manière légère, l'étude de Spiro Pantazatos montre que la saison de naissance peut laisser une empreinte sur le cerveau. Reste à comprendre par quel mécanisme. Le chercheur émet l'hypothèse que l'environnement extérieur interagit avec les gènes du développement, peut-êtrevia l'influence de la lumière sur les gènes de l'horloge circadienne avant et après la naissance. Et que cette interaction a ensuite des conséquences sur la structure du cerveau. 

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