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La longue liste des petites compromissions françaises avec la puissance soviétique puis russe

Publié par MaRichesse.Com sur 25 Avril 2014, 02:48am

Catégories : #NEWS

De de Gaulle à Hollande, tous les présidents de la Ve République ont eu une relation particulière à la Russie faite à la fois d’admiration, d’indulgence et d’incompréhension. 

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Les responsables occidentaux ont été pris de court par les initiatives de Vladimir Poutine en Crimée et dans le reste de l’Ukraine. Ils s’étonnent que le président russe ait rompu des accords internationaux passés après la dissolution de l’URSS et s’interrogent sur ses objectifs véritables. Cette perplexité s’explique par la difficulté des hommes politiques des démocraties de prendre au mot les dirigeants autoritaires.

 

A cette explication générale s’ajoute, dans le cas des présidents français, une relation particulière à la Russie faite à la fois d’admiration, d’indulgence et d’incompréhension. Relation particulière renforcée par des considérations géopolitiques qui remontent à plusieurs siècles et qui continuent de faire sentir leurs effets dans un environnement international bouleversé.

 

 

Fondamentalement, la relation avec la Russie a toujours été, pour la France, une forme de réassurance contre la puissance allemande. C’était vrai en 1944 quand le général De Gaulle allait à Moscou signer un traité d’assistance mutuelle avec le maréchal Staline – «la belle et bonne alliance»— et encore dans les années 1970 quand Georges Pompidou cherchait auprès de Léonid Brejnev un contrepoids à l’Ostpolitik du chancelier allemand Willy Brandt (la politique à l’Est de normalisation du chancelier allemand Willy Brandt avec l’URSS).

 

La liste est longue des petites compromissions avec la puissance soviétique (ou russe) même de la part d’hommes qui, en politique intérieure, ne manifestaient aucune sympathie idéologique pour Moscou. En 1975, Valéry Giscard d’Estaing est le premier président de la République française à déposer une gerbe au mausolée de Lénine, le fondateur de l’Union soviétique.

 

Quelques années plus tard, une rencontre confidentielle avec Léonid Brejnev, lui vaudra le sobriquet de « petit télégraphiste» de la part de François Mitterrand, son rival pour l’élection présidentielle de 1981. Giscard d’Estaing avait cru sur parole le secrétaire général du PC soviétique qui l’avait convaincu, à tort, qu’il allait retirer ses troupes d’Afghanistan.

 

Il est vrai que Mitterrand avait aussi quelque manifestation de complaisance à se faire pardonner. Lors de sa première visite à Moscou, en 1975, l’alors Premier secrétaire du Parti socialiste avait signé un communiqué commun avec le Parti communiste soviétique de la plus belle des langues de bois. Le texte louait le «rôle historique» de Léonid Brejnev et la «contribution constructive de l’URSS au processus de la détente internationale».

 

Mitterrand n’était pas dupe, témoigne Jean Lacouture qui l’accompagnait; il voyait «le géant soviétique borgne et au souffle court». Mais au milieu des années 1970, le PS était en pleine union de la gauche avec le PCF et il n’était pas mauvais pour le prétendant socialiste à l’Elysée de se concilier les bonnes grâces de Moscou.

 

Vaine tentative d’ailleurs, car lors du scrutin de 1981, les Soviétiques n’ont pas caché leur préférence pour le candidat de droite qui avait refusé de se joindre aux protestations contre les fusées à moyenne portée SS20 que l’URSS pointait sur l’Europe occidentale. Elu, Mitterrand s’en souviendra. Pendant plusieurs années il boudera les dirigeants soviétiques. Et s’il se rend à Moscou en visite officielle en 1984, c’est pour rompre un tabou en citant sous les ors du Kremlin le nom du défenseur des droits de l’homme Andreï Sakharov, condamné à l’exil intérieur.

 

Les relations franco-soviétiques s’amélioreront après l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en 1985. François Mitterrand reviendra à la politique traditionnelle de réassurance russe face à l’Allemagne après la chute du mur de Berlin. En décembre 1989, il va à Kiev s’enquérir de l’attitude face à la réunification du chef du Kremlin, plus prompt à cajoler les Allemands qu’à plaire aux Français.

 

Gorbatchev a besoin de l’aide allemande pour réussir sa perestroïka économique. Soucieux de ne pas se couper de l’URSS quel que soit son régime, Mitterrand commettra l’erreur, en août 1991, de donner l’impression pendant quelques heures d’entériner le putsch mené à Moscou contre Mikhaïl Gorbatchev par huit soudards sans avenir.

 

Avec Jacques Chirac, le sentimentalisme réapparait dans les relations franco-russes. Le successeur de Mitterrand à la présidence de la République se pique de parler russe. Adolescent, il avait voulu apprendre le sanscrit auprès d’un professeur d’origine russe. Le vieux monsieur l’avait convaincu de se tourner vers la langue de Pouchkine, dont Chirac traduira Eugène Onéguine.

 

Président, il entretient de bons rapports avec Boris Eltsine puis avec Vladimir Poutine qu’il élève en 2006 à la dignité de Grand croix de la Légion d’honneur. Il voit la Russie de Poutine «fermement engagée sur la voie de la démocratie», à l’instar du chancelier Gerhard Schröder qui qualifie le chef du Kremlin  de «démocrate pur sucre».

 

Tous les trois condamnent de concert l’intervention américaine en Irak, en 2003.

 

Quand Nicolas Sarkozy arrive au pouvoir en 2007, Vladimir Poutine est encore président de la Fédération de Russie pour un an, et c’est surtout à Dmitri Medvedev (2008-2012) que le président français aura affaire. Il se trompe en misant sur ce jeune homme qui passe pour moderniste voire libéral. Car le véritable interlocuteur de Nicolas Sarkozy sera bien Vladimir Poutine, devenu Premier ministre, pendant la guerre en Géorgie d’août 2008.

 

On ne saurait reprocher au chef de l’Etat français, qui assumait à l’époque la présidence du Conseil européen, d’être resté inactif. Au cours d’une navette entre Moscou et Tbilissi, il arrache un cessez-le-feu. Il se targue d’avoir évité une avancée des soldats russes sur la capitale géorgienne, dont nul ne sait si elle était dans les intentions du Kremlin.

 

Sa médiation n’empêche pas le dépeçage de la Géorgie, avec «l’indépendance» de deux régions du pays, l’Abkhazie et l’Ossétie du sud. Mais surtout, les Russes ne respectent pas les engagements pris auprès du président français. Leurs soldats continuent de stationner sur le territoire géorgien et les observateurs européens qui doivent surveiller la frontière sont, contrairement aux accords, interdits de séjour du côté pro-russe de la frontière. La légende d’un grand succès diplomatique de Nicolas Sarkozy a eu tendance à s’imposer, mais elle reste une légende.

 

François Hollande est arrivé au pouvoir en voulant se distinguer de son prédécesseur, aussi dans ses relations avec Moscou. Il ne ressent aucune sympathie pour Vladimir Poutine et semble ne se faire aucune illusion sur les mérites et les intentions du président russe. Mais il reste prisonnier de la tradition diplomatique française qui fait de la Russie un interlocuteur indispensable à l’équilibre européen et un partenaire économique prometteur pour les entreprises françaises.

 

L’annexion de la Crimée et la menace d’emploi de la force par Vladimir Poutine devraient déciller les yeux des responsables diplomatiques français et les alerter sur la conception révisionniste des relations internationales défendue par le maître du Kremlin.

 

Même les dirigeants allemands, qui reviennent de plus loin, donnent le sentiment d’avoir modéré les espoirs qu’ils plaçaient dans la coopération avec la Russie.

 

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