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Génocide rwandais: «On ne pouvait même pas ramasser les corps, les chiens les déchiraient»

Publié par MaRichesse.Com sur 12 Avril 2014, 17:56pm

Catégories : #IMPORTANT

Le général canadien Roméo Dallaire commandait la mission de l'ONU au Rwanda pendant le génocide en 1994. Retour sur un témoignage précieux et méconnu. 

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Les commémorations pour les 20 ans du génocide au Rwanda sont l'occasion de revenir sur un témoignage précieux et méconnu : celui du commandant des Casques bleus durant les événements, le Canadien Roméo Dallaire. Dans son livre J'ai serré la main du diable, la faillite de l'humanité au Rwanda, il raconte comment le système onusien de l'époque, couplé à la paralysie de la communauté internationale, a permis au génocide de naître et de continuer jusqu'à devenir l'un des massacres les plus sanglants de l'histoire. 800 000 morts, tués pour la plupart à la machette, sous les yeux des observateurs internationaux... et du commandant de la force de paix.

L'homme a pris quelques rides, mais il se sent chez lui, lorsqu'il revient en 2004, dix ans après le génocide, dans le bâtiment de Kigali qui abritait son QG. Quelques caméras le suivent, dont celles du documentariste Peter Raymont (J'ai serré la main du diable : le voyage de Roméo Dallaire, 2004). On le lit dans ses yeux, Roméo Dallaire revit alors chaque instant de son séjour, durant lequel il commandait la mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (Minuar). L'ancien militaire, devenu sénateur du Canada, est passé par des périodes très difficiles après son retour au pays. Souffrant du syndrome de stress post-traumatique, il a reconnu qu'il avait essayé de se suicider. 


L'ONU ? "Tout était un bluff"

"Tout était un bluff quand nous avons planté le drapeau de l'ONU" à Kigali, se souvient l'ex-commandant de la force de paix. Ses quelques centaines de soldats sous-équipés ne sont absolument pas capables de mener à bien leur mission. Des soldats belges complètent heureusement le dispositif onusien. "Les Belges n'auraient pas dû être là [compte tenu de leur passé colonial, NDLR], mais eux seuls étaient prêts à nous envoyer des troupes", explique Roméo Dallaire.

"En janvier 1994, une information nous dit qu'une liste de Tutsi a été faite, pour l'extermination", se souvient-il. Puis, il apprend l'existence de quatre caches d'armes, qu'il s'apprête à détruire pour enrayer l'escalade. Mais les bureaux de l'ONU à New York refusent toute opération proactive : au dernier moment, il faut annuler l'opération. "On avait l'impression d'être impuissants devant une bombe à retardement", juge-t-il. Puis arrive un événement redouté : l'exécution, le 7 avril, de dix soldats belges de la force de paix, "pour affaiblir la Minuar." Et ça marche : traumatisé, Bruxelles retire ses troupes quelques jours plus tard, accusant même Roméo Dallaire d'avoir laissé mourir ses hommes. 


La responsabilité de la France

"Le 10 avril 1994, 2 500 soldats occidentaux étaient sur place, pour évacuer les civils"... occidentaux. "Aucun d'entre eux n'a fait quoi que ce soit", assène Roméo Dallaire. Parmi eux, un contingent français très bien équipé, qui est accusé d'exfiltrer aussi des acteurs du génocide, "amis de la France". Sur le tarmac de l'aéroport, les officiers français refusent de l'écouter. 

L'homme ne pardonnera jamais à la France son comportement. Et il n'est pas tendre non plus avec Bernard Kouchner, alors représentant spécial de Paris sur place, dont il relate essentiellement les gesticulations médiatiques. Encore aujourd'hui, Roméo Dallaire continue de dénoncer l'égoïsme des États, "un concept qui va permettre d'autres génocides". 


"Leurs yeux n'étaient pas humains"

"À deux reprises, j'ai rencontré les dirigeants de l'Interahamwe [la milice la plus violente, NDLR]. Leurs mains étaient froides, pas en température mais comme celle d'un corps étranger. Même s'ils avaient forme humaine, leurs yeux n'étaient pas humains, ils reflétaient le mal absolu. Et le mal personnifié, pour mon éducation religieuse, c'était le diable", raconte-t-il.

Le tournant majeur intervient lorsque l'ONU renonce à toute action. Ordre est donné au contingent, à l'exception de 270 Casques bleus, de se retirer. Exaspéré par la bureaucratie onusienne, qui lui répond parfois qu'il "faut attendre lundi" lorsqu'il appelle un vendredi soir, Roméo Dallaire comprend qu'il doit se battre sur un autre front : celui de la communication. Il contacte alors des journalistes, quitte à transgresser les règles militaires. Interrogé par Peter Raymont dans son documentaire, l'ancien journaliste de CBC Michael Enright se souvient : "Ce général en situation de guerre se rend disponible au téléphone et nous parle. C'était totalement incroyable !"  


"Les chiens se déchiraient les corps"

"Pourquoi ne pas se retirer ?" lui demande un journaliste en 1994, en plein génocide. "Ce serait moralement inacceptable", répond Roméo Dallaire. "Nous avons une responsabilité de témoin actif envers la communauté internationale pour qu'elle puisse réagir", explique-t-il. "L'ONU protège 12 000 personnes dans le stade, c'est totalement hors de contrôle, comme un camp de concentration", s'alarme-t-il, alors qu'il est incapable de fournir de l'eau, des vivres ou des médicaments à cette population. 

Dans la ville, "on ne pouvait même pas ramasser les corps, les chiens les déchiraient", se souvient-il. C'est à ce moment qu'il prend conscience de "l'énorme capacité de massacre et de destruction humaine". Il est laminé et commence à perdre pied. "Certains jours, il écrivait un ordre et ça n'avait aucun sens", se souvient son adjoint d'alors, le major Brent Beardsley. Même si l'ONU lui attribue finalement un contingent militaire plus solide, "mi-juillet, il était absent", ajoute le major. "Un soir, je suis sorti sans escorte et j'ai cherché une embuscade, pour me faire tuer", reconnaît Roméo Dallaire. Quelques jours plus tard, il demande à être relevé de ses fonctions. "Je mettais la mission en péril", lâche-t-il. 


"Je suis devenu suicidaire"

De retour chez lui, le général peine à vivre avec sa conscience. "En tant que commandant de l'opération, c'est moi qui suis tenu responsable des actions entreprises. Et ce, pas seulement pendant le commandement, mais aussi pendant le reste de ma vie. Je ne pouvais pas vivre avec. Je suis devenu suicidaire, car il n'y avait pas d'autre solution. Parfois, il n'y a pas d'autre solution que de jeter sa voiture par-dessus un pont. Sans aide, je serais mort", murmure-t-il.

On se prend à entendre de nouveau la bande originale du film J'ai serré la main du diable, malheureusement pas distribué en France*. Ses paroles résonnent, comme un appel désespéré venu du passé. Aujourd'hui, Roméo Dallaire, 66 ans et toujours sénateur, se bat pour éradiquer le fléau des enfants-soldats, le "système d'arme de basse technologie le plus sophistiqué utilisé au combat aujourd'hui". Un documentaire auquel il a participé, Se battre comme des soldats, mourir comme des enfants, doit sortir en juin 2014.

* Nous avons essayé en vain de nous procurer légalement en France le film J'ai serré la main du diable(2007, Séville Films). Notre DVD original, acheté au Canada, n'est pas compatible avec les lecteurs européens... 

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Kanyamahanga Francois 13/04/2014 23:54


Ce con de general ne fait que mentil. A kigali Il ne faisait que baiser les femmes tutsis, et il les a laisse mourir!! c' est seulement la seule chose qui lui ferait se suicider!! quant aux
francais, c' est la seule armee etrangere qui a essaye de sauver la vie humain ( operation turqoise),...

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