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Conseils, science, sante et bien-être


Alerte à la diarrhée mortelle: la France prête à interdire l'importation des porcs américains

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Mai 2014, 00:55am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE

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La France va-t-elle interdire les importations de porcs vivants et de l’ensemble des produits à base de porc en provenance des Etats-Unis, du Canada, du Mexique et du Japon? En cause: la lutte contre le virus de la diarrhée épidémique porcine (PED), maladie qui a déjà tué plus de sept millions de porcelets aux Etats-Unis où le prix de la viande de porc atteint des records. Il semble que le virus responsable puisse être d’origine chinoise.

Vendredi 2 mai au matin, la décision était sur le point d'être prise. L'information devait être publiée au Journal officiel de ce 3 mai. Il n'en est rien ce samedi.

Joint par téléphone ce samedi matin, le ministère de l'Agriculture explique que, dans la soirée de vendredi, la France a reçu l'engagement de la Commission européenne d'organiser une réunion mardi 6 mai sur le sujet. 

«Il nous a semblé qu'il était peut-être inutile de prendre des mesures françaises samedi si des mesures européennes peuvent être prises mardi. Mais tout est prêt de notre côté. S'il ne se passe rien mardi, nous sommes prêts pour mercredi.»

La France est en pointe sur le sujet.

«Quand on voit les chiffres, il y a de quoi être inquiet. Il y a peu de maladies qui provoquent une si forte mortalité à une si grande échelle, a déclaré vendredi 2 mai Jean-Luc Angot, directeur général adjoint de direction générale de l’alimentation (DGAL) et chef des services vétérinaires. Si la diarrhée épidémique porcine apparaissait dans des régions comme la Bretagne, qui concentre l’essentiel de la production porcine, cela serait dramatique.»

Sous-produits interdits

L’embargo pourrait viser les porcs vivants et le sperme de porc mais aussi tous les «sous-produits» à base de viande de porc comme l’alimentation animale. Des restes de porcs adultes infectés (du sang séché par exemple) peuvent être incorporés dans l’alimentation animale pour porcins, et transmettre ainsi le virus aux élevages intensifs.

La Chine et le Japon ont déjà imposé des restrictions aux importations de porc américain.

Pour l’heure, inquiète notamment pour la Bretagne, la France est le seul pays de l’Union européenne à vouloir décréter un embargo. Paris avait proposé l’adoption d’un embargo européen le mois dernier. Etrangement (compte-tenu de l’intérêt de grands producteurs de porc comme les Pays-Bas, le Danemark ou l’Allemagne) la Commission européenne avait refusé cette initiative, confie Jean-Luc Angot. La promesse d'organiser la réunion de mardi semble montrer une évolution. La pression française sera-t-elle suffisante pour contrer la peur des représailles commerciales?

La France isolée?

Il y a vingt ans, dans le cas de la vache folle, au nom de la sécurité sanitaire, la France avait choisi de faire cavalier seul. Comme il y a vingt ans également, le ministère français de l’Agriculture compte néanmoins toujours sur un accord de l’Union pour faire cause commune avec Paris. Le ministère a également demandé aux professionnels du secteur (qu’il a rencontrés cette semaine) de renforcer les mesures de biosécurité permettant d’éviter la pénétration de tout virus dans un élevage.

Que sait-on exactement de la situation? Voici les informations émanant du ministère français de l’Agriculture-Anses (bulletin épidémiologique des maladies animales, septembre 2013)

Du jamais vu aux Etats-Unis

Fin avril 2013, les premiers cas de diarrhée épidémique porcine (DEP ou PED pour Porcine Epidemic Diarrhea en anglais) ont été détectés aux Etats-Unis. Stupéfaction: cette maladie n’avait jamais été décrite auparavant sur le continent américain. En septembre 2013, plus de 200 sites porcins ont été infectés, la majorité d’entre eux se trouvant dans les Etats à forte concentration porcine: Iowa, Minnesota, Indiana principalement et récemment en Oklahoma. Quelques cas avaient déjà été décrits en Ohio, Colorado, Missouri, Illinois, Michigan, Nebraska et Dakota du sud.

Le coronavirus responsable de cette maladie, proche de celui de la gastro-entérite transmissible (GET), n’avait jamais été détecté aux Etats-Unis jusqu’ici. Ce virus touche les porcs de tous âges, mais entraîne principalement de la mortalité chez les porcelets avant sevrage (jusqu’à 95%). La maladie est par ailleurs enzootique dans de nombreux pays d’Asie orientale.

Voie oro-fécale

Le virus de la DEP est un coronavirus, classé dans le genreAlphacoronavirus avec le virus de la GET et le coronavirus respiratoire porcin. Il s’agit d’un virus à ARN positif enveloppé de 28kb, peu résistant dans le milieu extérieur. Il ne se conserve pas non plus dans les viandes de porc et ne se transmet pas à l’homme.

Ce virus est difficile à cultiver sur cellules. Il se transmet par voie oro-fécale entre porcs. Des formes plus virulentes ont été décrites en 2011 et 2012 en Chine. Par analyse moléculaire il est possible d’identifier différents clusters selon la région d’origine. Les isolats chinois sont très proches des coréens, mais différents génétiquement des souches européennes comme des souches vaccinales.

Diarrhée profuse

Le virus de la DEP est responsable d’une diarrhée profuse, aqueuse pouvant toucher différentes classes d’âge (animaux adultes, porcelets sous la mère, porcs en croissance). Des vomissements peuvent aussi être observés sur les porcelets ou même les truies. Au pic de l’épizootie, le taux de morbidité peut atteindre 100% et le taux de mortalité est souvent très élevé chez les porcelets sous la mère (50% en moyenne, pouvant atteindre 100%). La situation post-épizootie évolue souvent sous une forme enzootique avec persistance de diarrhées chez les porcs en croissance d’âge supérieur.

Souche très virulente

Aujourd’hui, le virus de DEP incriminé aux Etats-Unis est une souche très virulente à l’origine d’une diarrhée aqueuse intense chez les porcs de tous âges, accompagnée parfois de vomissements et conduisant jusqu’à 100% de mortalité chez les porcelets sous la mère.

Les autres catégories d’animaux sont affectées, mais moins sévèrement que les jeunes porcelets.

L’origine de la contamination du cas index n’a toujours pas été identifiée. Les enquêtes rétrospectives conduites montrent que le premier cas identifié remonte à la mi-avril et il s’agit d’un site d’engraissement situé dans l’Ohio. L’épizootie s’est propagée très rapidement à plus de 200 sites porcins en quelques mois.

Génétique chinoise

«Le virus a été séquencé et présente plus de 99% d’identité avec le génome d’un virus de DEP isolé en Chine en 2012. Dans la mesure où ces virus mutent rapidement, ceci semble indiquer une introduction sur le territoire américain relativement récente, soulignait vendredi le ministère français de l’Agriculture. L’Europe n’est pas à l’abri d’une introduction du virus dont les conséquences sont difficiles à évaluer.»

De ce strict point de vue, l’embargo français semble une décision pleinement justifié. Attendons mardi pour voir si la Commission européenne changera d'avis, ou si la France devra une nouvelle fois faire cavalier seul. 

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