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5 mars 1561. Le neveu du pape Paul IV et chef du lobby gay Giovanni Carafa est décapité

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Mars 2014, 01:07am

Catégories : #INSOLITE

Le jeune homme et son frère Carlo, Premier ministre du Vatican, font l'objet d'un règlement de comptes après la mort de leur tonton papal.

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Han ! La hache du bourreau s'abat sur le cou de Giovanni Carafa, duc de Paliano, neveu du pape Paul IV. Le principal concerné n'a pas le temps de cligner des yeux que sa tête tombe sur le sol dans une gerbe de sang rouge coquelicot. Sa bouche s'entrouvre lentement. Son corps arqué se relâche. Le journaliste de l'émission Les Infiltrés de TF1 vérifie discrètement si sa caméra tourne toujours. Les aides du bourreau emportent la dépouille encore palpitante. C'est qu'il reste encore deux condamnés à expédier. Le comte d'Alife et Leonardo Cardini, deux complices du duc. 


Quatre ans de règne et d'abus

La veille, le 4 mars 1561, le frère du duc, le cardinal Carlo Carafa, avait été, lui aussi, exécuté. Dignitaire de l'Église, il a eu droit à un traitement de faveur : pas de hache sanglante, mais un délicat étranglement au château Saint-Ange, à Rome. À la grande satisfaction des femmes de ménage qui n'ont pas eu à éponger le sol souillé d'un flot de sang. Après s'être confessé et avoir récité les sept psaumes de la pénitence, le cardinal s'assoit calmement sur la chaise du condamné pour laisser le bourreau opérer. Celui-ci lui passe un élégant garrot de soie autour du cou dans lequel il insère un bâton. L'homme commence à imprimer un mouvement de rotation quand le garrot rompt. Le cardinal fait la moue sans dire une parole. Vexé, le bourreau saisit un deuxième bâton, lequel casse à son tour ! Cette fois, le cardinal fronce les sourcils, mais reste toujours muet. La troisième tentative est la bonne. Le cardinal Carlo meurt étouffé.

Ainsi périssent les deux frères Carafa, les 4 et 5 mars 1561. Et dire que deux ans auparavant, ils régnaient sans partage sur le Vatican avec la bénédiction de leur tonton, le pape Paul IV ! Le cardinal faisait alors office de secrétaire d'État - Premier ministre -, son frère dirigeait l'armée du pape. Mais ils ont été trop gourmands. En pognon, en femmes et garçons... En quatre ans de règne et d'abus, ils accumulent un vif ressentiment contre eux. Au point qu'ils se mettent jusqu'à leur oncle à dos : le pape les condamne à l'exil en 1559. 


La compassion d'un chef d'al-Qaida

Les Carafa appartiennent à une des plus puissantes familles de Naples, qui a accouché de moult cardinaux et militaires. En 1555, le cardinal Giovanni Pietro Carafa, 78 ans, est élu pape sous le nom de Paul IV. Son élection est une surprise, car c'est plutôt un homme de l'ombre, sans grand charisme. C'est un dur qui a chapeauté l'Inquisition durant plusieurs années avec la compassion d'un chef d'al-Qaida... "Même si c'était mon propre père qui était hérétique, je ramasserais du bois pour le faire brûler", affirme-t-il. Comme pape, il produira une bulle obligeant les Juifs à vivre dans des ghettos, fait brûler vif des marranes s'étant enfuis du Portugal et rétablit une censure des livres.

Deux semaines après s'être installé sur le trône de Pierre, Paul IV fait preuve de népotisme en nommant cardinal son neveu Carlo, un soudard ayant combattu partout en Europe. Peu de temps après, il en fait même son secrétaire d'État. Cela ne lui suffit pas : il nomme son deuxième neveu, Giovanni donc, capitaine général de l'Église. Et même, il fait de leur frère Antonio le marquis de Montebello ! "Là, tu fais fort !" s'exclame Sarkozy le jour où il lui rend visite. Mais il ne faut pas oublier que le mot népotisme vient justement de l'italien nepo, neveu, pour souligner l'habitude prise par les papes du Moyen Âge de nommer leurs neveux cardinaux. 


Prostitution et assassinat 

Les trois frères mettent Rome en coupe réglée. Le lobby gay et les scandales dénoncés aujourd'hui ne sont que des plaisanteries en comparaison de leurs turpitudes. Ainsi, deux diplomates vénitiens rapportent l'histoire d'une célèbre courtisane espagnole, Isabella di Luna, qui s'enfuit de Rome avec une jeune fille nommée Pandora après que la mère de cette dernière a accusé Isabella de prostituer sa fille. En effet, il était de notoriété publique que les deux femmes partageaient le lit du cardinal Carlo et de son frère le marquis de Montebello. Le pape chargea Giovanni de les ramener à Rome. Lequel déclara alors qu'il ne faisait qu'obéir à une mission sans intérêt pour lui, car c'est son frère Carlo qui apprécie les femmes, pas lui... Gay, gay, marions-nous... Joachim du Bellay, qui séjourne alors à Rome avec un cousin cardinal, célèbrera dans son célèbre poème Les Regrets les amours gay de Giovanni.

Mais le vent tourne pour les deux frères avec la défaite de la papauté devant l'Espagne. Leur oncle le pape est informé de leurs turpitudes. Quand on a l'ambition de réformer l'Église, ces brebis galeuses font mauvais genre. Alors, il se change en tonton flingueur et les chasse de Rome, le 27 janvier 1559. Ce qui, finalement, ne lui sert pas à grand-chose, car Dieu le rappelle à lui le 18 août suivant. Dix jours plus tard, tandis que les cardinaux se tirent par la barbichette pour désigner le pape suivant, le duc de Paliano fait assassiner Marcello Capece, l'amant supposé de sa femme, la magnifique Violante Díaz Garlon, ainsi que celle-ci. Stendhal rapporte merveilleusement l'anecdote dans ses Chroniques italiennes ("La duchesse de Paliano"). 


Réhabilitation post mortem 

Ce meurtre, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le bénitier. Tous les ennemis des Carafa et l'Espagne font pression sur le nouveau pape Pie IV pour faire arrêter les deux frères, Carlo et Giovanni, ainsi que leurs complices dans le meurtre de la belle Violante. L'arrestation se déroule en juin 1560. Le procès est expédié par huit cardinaux qui les accusent d'une longue série de crimes, allant de l'homicide jusqu'à l'hérésie. Leur condamnation à mort est prononcée dans les premiers jours de mars 1561 et aussitôt appliquée.

Leur troisième frère, le marquis de Montebello, a échappé au procès et n'a de cesse de vouloir la réhabilitation du cardinal et du duc. Il fait le siège du pape suivant, Pie V, qui accepte de réviser le procès le 26 septembre 1567. Plusieurs mois d'enquête vont effectivement faire apparaître que le procès a été instruit exclusivement à charge, ce qui a pu tromper les juges-cardinaux. Le cardinal Carlo Carafa et son frère Giovanni Carafa sont donc réhabilités. Et Antonio est même nommé cardinal. 

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