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Conseils, science, sante et bien-être


En Haïti, se relever encore

Publié par MaRichesse.Com sur 14 Janvier 2017, 10:00am

Catégories : #FAITSDIVERS, #MONDE

En Haïti, se relever encore

Le 12 janvier 2010, à 16 h 53, un puissant séisme ravage Haïti. Bâtiments et maisons s’effondrent en 75 secondes, comme un château de cartes. Le bilan est terrifiant : 230 000 morts, 300 000 blessés, 1 500 000 sans-abri. Six ans plus tard, le 4 octobre 2016, l’ouragan Matthew détruit le sud-ouest de l’île, laissant derrière lui un millier de morts et 1,3 million d’habitants dans le dénuement.

 

 

RELIRE : Haïti à nouveau dévasté

Un pays dévasté

Entre deux catastrophes naturelles, Haïti n’a guère le temps de souffler. Tempêtes tropicales, pluies diluviennes, inondations se succèdent, accompagnées de dramatiques coulées de boue, facilitées par la déforestation massive, liée à l’usage intensif du charbon de bois. La commune des Gonaïves est régulièrement dévastée par les cyclones.

Les terribles conséquences de l’épidémie de choléra (près de 10 000 morts, 800 000 malades), importée par les casques bleus népalais de la Minustah, longtemps niée par l’ONU responsable de ce désastre, suivie par une campagne de vaccination inefficace et contestée, achèvent d’assombrir un tableau dominé par la pauvreté, l’analphabétisme, une instabilité politique permanente, des cycles de violences et d’enlèvements. Arriver de nuit, c’est survoler un pays plongé dans le noir, atterrir dans une capitale sans lumière, où l’électricité est distribuée au compte-gouttes, à des heures aléatoires, imprévisibles.

Rivage d’Arcahaie, au nord de Port-au-Prince. / Corentin Fohlen/ Divergence

Rivage d’Arcahaie, au nord de Port-au-Prince. / Corentin Fohlen/ Divergence

 

« Les Haïtiens vivent, travaillent, s’amusent, rêvent, créent. »

Comment vit-on, comment se relève-t-on d’une telle accumulation de malheurs, sans être accablé par un sentiment de fatalité ? « Les Haïtiens n’ont aucun talent pour la souffrance, simplement une grande expérience de la douleur qui leur permet de se reconstruire avec une vitesse affolante », répond l’académicien Dany ­Laferrière, natif de l’île. Certains ici, plutôt que d’évoquer les travaux d’Hercule pour décrire l’énergie inlassable de ce peuple, préfèrent l’image de Sisyphe, remontant son rocher, condamné à le voir sans cesse dévaler dans l’abîme.

« Il faut en finir avec l’image d’un pays de catastrophes devenue sa marque de fabrique, réagit Gary Victor, journaliste, écrivain et scénariste. Les Haïtiens vivent, travaillent, s’amusent, rêvent, créent. Face à la précarité de l’existence, ils développent des qualités de vitalité, d’imagination. On se suicide peu en Haïti. On apprend à vivre et à se battre. Les habitants se sont débrouillés entre eux. Puisant dans ce qu’il leur restait de ressources, ils ont abattu un énorme boulot à base d’entraide spontanée, de solidarité immédiate. »

À LIRE : Haïti, une culture résiliente

Résilience est un mot qui revient souvent. « Les Haïtiens trouvent toujours des solutions de fortune pour remonter la pente », insiste Odnell David, directeur de la division logement à l’Unité de construction de logements et de bâtiments publics (UCLBP). « Kampé debout » (« on est vaillants »), dit-on ici.

Une capitale rafistolée mais pas reconstruite

La cathédrale de Port-au-Prince détruite en janvier 2010, depuis restée à l’état de ruine. / Corentin Fohlen/Divergence

La cathédrale de Port-au-Prince détruite en janvier 2010, ​​​​​​​depuis restée à l’état de ruine. / Corentin Fohlen/Divergence

Après avoir extrait les vivants et les morts des gravats qui jonchaient les rues, les rescapés se sont hâtés d’enlever eux-mêmes les décombres dans des conditions dantesques, sans attendre qu’on leur prête main-forte. Symboles de l’ampleur du drame, le palais présidentiel, désormais dissimulé derrière un rideau de végétation, et la cathédrale, visible de loin, sont restés à l’état de ruine, au cœur d’une capitale rafistolée mais pas reconstruite. Sous les galeries marchandes qui ont résisté, vidées de leurs occupants, les magasins ont fermé, filant vers le quartier de Pétionville, aujourd’hui saturé.

À LIRE : Cinq ans après le séisme, la reconstruction se fait attendre à Port-au-Prince

À la place, des vendeurs étalent leur maigre marchandise sur la chaussée défoncée où motos, voitures déglinguées, tap-tap surchargés et 4 × 4 climatisés se fraient un passage en force et à coups de klaxon. Les « Mmes Sarah », comme on les surnomme, femmes dures à la tâche, continuent de parcourir chaque matin des dizaines de kilomètres avec leur cargaison de légumes vers les marchés de Port-au-Prince.

À chaque coin de rue, devant les habitations de guingois et les immeubles écroulés, des monceaux d’immondices s’accumulent, bordés par des flaques, bouillons de culture. Tas d’ordures sur lesquels des chiffonniers en guenilles s’acharnent à fouiller. « La ville est défigurée, les repères perdus, constate le dramaturge Faubert Bolivar. Le séisme a mis à nu notre impuissance, notre faiblesse, notre incapacité à répondre à nos nécessités. Il nous a tragiquement fait prendre conscience que nous étions à la merci des catastrophes naturelles. »

Les enfants sont revenus à l’école mais « le provisoire a duré »

Leur enchaînement a prouvé que Haïti subissait de plein fouet les dérèglements du réchauffement climatique. Ce qui augure mal des années à venir. « Outre le bilan humain, l’ouragan d’octobre 2016 s’est révélé plus grave que le séisme dans les régions agricoles où tout ce qui constitue le principal et bien maigre revenu a été dévasté », souligne David Bongard, directeur du bureau régional de l’Organisation internationale de la francophonie.

Dans le bas de Port-au-Prince, le 12 janvier 2010, l’État vacillant a perdu un quart de ses fonctionnaires. Ils s’apprêtaient à quitter leur bureau quand la terre a tremblé. « Les écoliers étaient sur le chemin du retour mais 80 % des établissements ont été détruits ou endommagés, explique Christon Saint-Fort, directeur de la Fédération des écoles protestantes. Dans l’urgence, nous avons distribué des tentes, des rations de survie et surtout cherché à faciliter le retour des enfants, la meilleure des thérapies. Puis nous avons monté des structures temporaires, des hangars pour faire classe. Enfin, nous espérions rebâtir en dur mais le provisoire a duré. Plus rien n’est comme avant. La qualité de l’enseignement en a pâti. Nous continuons à assurer un appui psychologique aux enfants, par des simulations et des leçons, avec l’espoir qu’ils formeront leurs parents en prévision du prochain tremblement de terre. »

Une école hôtelière publique. / Corentin Fohlen/Divergence

Une école hôtelière publique. / Corentin Fohlen/Divergence

 

LIRE AUSSI : Portraits d’Haïtiens, cinq ans après le séisme

Le déferlement des ONG a été mal vécu

Quand, émue par son sort, la communauté internationale se mobilise comme nulle part ailleurs pour lui venir en aide, passé le premier temps de la gratitude, Haïti se raidit contre cette sollicitude qu’elle juge, au fond, paternaliste et qui, au bout du compte, lui retire toute maîtrise de son destin. L’afflux massif des ONG internationales, déversant, clés en main, des milliards de dollars, sans tenir compte des ressources locales, a été mal reçu. Assistance mortelle, le documentaire de Raoul Peck qui a fait sensation en 2012, décryptant méthodiquement la gabegie et la déstabilisation, montre comment l’humanitaire vit dans sa bulle, monde parallèle imposant ses préjugés, s’affranchissant des contraintes locales.

Cette déferlante de 4 000 ONG, composée de bonne volonté, de lobbys et d’intérêts bien compris, a laissé beaucoup d’amertume, voire de colère, réveillant une vieille ambivalence. Attendre l’assistance et la dénoncer. Car Haïti a longtemps figuré parmi les pays les plus aidés au monde par tête d’habitant, avec la plus forte densité au kilomètre carré. Les griefs sont légion. Pêle-mêle : arrogance, sentiment de supériorité, absence de connaissance du pays, population tenue à l’écart, envahissement, forces d’occupation.

Entre orgueil et victimisation

Avec des arguments bien réels : marée de 4 × 4 rutilants dont la population sait qu’ils ont été payés par les dons à elle destinée, budgets des ONG souvent supérieurs à celui de l’État haïtien, salaires mirobolants qui aspirent les ressources humaines du pays, absence totale de coordination, multiplication de projets incohérents. Un proverbe haïtien résume ce divorce. « Le vieux nègre n’est pas un vieux chien ». Autrement dit, l’autochtone est digne d’intérêt.

LIRE AUSSI : « Haïti a tant de choses à offrir au monde »

« Le déferlement d’ONG nous enferme dans une réputation de mendicité. Mais nous n’avons rien demandé. Et si peu reçu », s’insurge Dany Laferrière. « Les ONG ne sont pas responsables de tous nos maux, réagit l’écrivain Louis-Philippe Dalembert. Arrêtons de tomber en permanence dans la victimisation à outrance. Cessons de vouloir croire que c’est toujours la faute des autres. Commençons par nous poser les bonnes questions. » Odnell David le rejoint. « Pourquoi la société haïtienne est-elle toujours en crise ? » Squelette sans chair, l’État n’offre guère de services à sa population. Les Haïtiens en sont réduits à ne compter que sur eux-mêmes. Pour combien de temps encore ?

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La descente aux abîmes de « la perle des Antilles »

Au XVIIIe siècle, « la perle des Antilles » est la colonie française la plus riche : elle assure un tiers du commerce extérieur de la France.

En 1791, sous la conduite de Toussaint Louverture, les 400 000 esclaves se révoltent, au nom des idéaux de la Révolution française.

Le 1er janvier 1804, après avoir battu les troupes de Napoléon, Haïti devient la première République noire au monde et le premier État indépendant d’Amérique latine mais se
retrouve isolé.

Haïti va subir la saignée d’une « dette de compensation » (150 millions de francs or, soit l’équivalent de 17 milliards d’euros) pour indemniser les colons. L’île sera occupée par les Américains de 1919 à 1934, et plongera sous la dictature des Duvalier (1957-1986).

Avec 11 millions d’habitants, Haïti est aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres de la planète. La moitié des habitants sont illettrés. L’espérance de vie est de 63 ans. La diaspora assure un quart de son PIB.

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