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Quand un parti européen anti-européen détourne des subventions... européennes !

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Novembre 2016, 13:06pm

Catégories : #POLITIQUE, #EUROPE, #ECONOMIE

Quand un parti européen anti-européen détourne des subventions... européennes !


Que cherchent les Britanniques eurosceptiques de l'Ukip, les Démocrates suédois, ou même l'actuel candidat à la présidentielle de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan, quand ils intègrent en 2014 le parti politique européen ADDE (l'Alliance pour la démocratie directe) ? Ce petit parti politique européen, dépendant en majeure partie des subventions du Parlement, vient d'être mis à l'amende par l'institution pour avoir dépensé des subventions européennes à des fins strictement nationales. Dans la ligne de mire des auditeurs de l'Union, des sondages commandés par Ukip sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Ces sommes s'élèvent à des hauteurs "jamais vues", selon une source interne au Parlement : près de 507 000 euros. Le parti européen doit donc non seulement rendre une partie de ses subventions, mais aussi rembourser quelque 172 000 euros.
Depuis juillet 2004, des groupes politiques de différentes nationalités peuvent en effet se constituer en parti politique européen et recevoir des subventions européennes. L'objectif de ces partis est inscrit dans les traités. Il s'agit de "contribuer à la formation d'une conscience européenne et à l'expression de la volonté politique des citoyens de l'Union". Or la création du parti de l'ADDE semble obéir à des objectifs avant tout financiers. Le président du parti, l'eurosceptique britannique Roger Helmer, affirme ainsi fin 2014 la volonté de l'Ukip de récupérer ces subsides européens. Sinon l'argent "ne retournera pas dans le pays du contribuable, mais ira vers d'autres partis engagés pour l'intégration européenne". Et d'ajouter dans les tribunes du quotidien britannique The Guardian : "S'il y a des ressources disponibles, nous voulons les obtenir."

Après son succès aux élections européennes, l'été 2014 est en effet l'occasion pour le parti populiste britannique de se structurer au niveau européen, en rejoignant un parti européen et en créant une fondation à même de recevoir des subsides de l'Union. Il suit l'exemple des "grands" groupes socialistes, conservateurs ou socialistes déjà implantés, mais aussi de Marine Le Pen qui s'engage dans la même démarche et rejoint le Mouvement pour l'Europe des nations et des libertés. Malgré des contestations en interne, Roger Helmer et Nigel Farage vont convaincre la majorité du groupe UKIP de rejoindre l'ADDE, non sans quelques contestations en interne. Certains sont opposés à l'idée d'être membres d'un parti censé (sur le papier) promouvoir les valeurs européennes.
Un parti qui ne vit pratiquement que des subventions européennes

Or pour créer un parti politique européen, il faut des députés de sept nationalités, qu'ils soient européens, nationaux ou régionaux. Qu'importe. Les Britanniques de l'Ukip rejoignent ainsi des belges du Parti populaire, de nombreux "Démocrates suédois", des Lettons, un Tchèque et... deux Français : Joëlle Bergeron, une députée européenne qui a préféré la compagnie de Nigel Farage à celle de Marine Le Pen, et Nicolas Dupont-Aignan, député de l'Essonne et président de Debout la France. Selon ses propres dires, l'actuel candidat à la présidentielle décide ainsi de rendre un service à "son ami" Nigel Farage et va obtenir la vice-présidence de l'ADDE à partir du 28 janvier 2015.
Moins de deux ans plus tard, l'ADDE et sa fondation ratent leur premier exercice comptable et se retrouvent épinglés par le Parlement européen pour détournement des fonds octroyés. Dès janvier 2016, les experts comptables vérifient les comptes dans les bureaux du parti, au 37, square Meeus à Bruxelles. Cette vérification dure près de neuf mois et suit une procédure bien définie pour chaque parti européen, avec deux audits, en externe et en interne. Le parti voit d'abord défiler les conseillers du cabinet Ernst&Young, en charge des audits externes. Puis arrivent dès avril les fonctionnaires de la direction financière du Parlement qui vérifient les informations et doivent rendre un rapport final au Bureau, l'organe de validation des comptes pour le mois de septembre.
Or dans son rapport rendu public en avril, le cabinet privé constate des irrégularités dans les comptes de l'ADDE. Il ne sait pas où sont passés près de 158 000 euros. Il juge, par ailleurs, la situation des ressources propres du parti préoccupante. Elles s'élèvent à 250 000 euros, tout juste le minimum requis pour exister. Le reste du budget du parti, près de 1,241 million d'euros, provient des subventions du Parlement européen.
Alertés, les auditeurs de la direction financière du Parlement prêtent une attention toute particulière à ce petit parti européen et trouvent d'autres sommes non éligibles. Plusieurs fois, ils demandent des documents complémentaires à la directrice exécutive Yasmine Dehaene. Une procédure "proche du harcèlement" fustige son mari et le Belge Mischaël Modrikamen, un autre vice-président du parti, qui y voit une manœuvre du Parlement pour tenter de déstabiliser et priver de ressources les partis "eurocritiques". Une procédure normale en cas de doute, répond l'institution, dont le rapport final fuite dans la presse anglo-saxonne en octobre. Les fonctionnaires du Parlement concluent ainsi à la non-éligibilité de près de 507 000 euros et pointent, principalement, du doigt 9 sondages financés par le parti européen et commandés par plusieurs membres de l'Ukip, non-adhérents à l'ADDE.
Soutenu par des proches de Trump ?

Financer les activités d'un parti national est contraire aux règles du Parlement. L'un des vice-présidents écolos du Parlement, Ulrike Lunacek, dénonce ainsi l''hypocrisie saisissante" du parti d'outre-Manche qui a "passé des années à accuser l'Union européenne d'être corrompue et de gaspiller l'argent du contribuable". À Londres, le parti fait l'objet d'une enquête approfondie.
Quant à l'ADDE, il se voit amputer d'une partie de ses subventions et doit rembourser les 172 000 euros litigieux. "Ce sera fait dans le mois", assure Mischaël Modrikamen, confiant dans les ressources propres du parti, pourtant en diminution constante. Les partis nationaux devront mettre davantage la main à la poche, convient-il. Mais il compte surtout sur la mise en place d'une campagne de levée de fonds outre-Atlantique. " Nos amis américains suivent cela de très près", affirme l'avocat, qui assure avoir des soutiens parmi les proches de Donald Trump.
Mischaël Modrikamen ne compte pas en rester là et entend se pourvoir devant la Cour de justice européenne - décidément les institutions de l'Union semblent avoir du bon.... À Paris, son homologue au conseil d'administration, Nicolas Dupont-Aignan, a déjà décidé de prendre ses distances. "Si les faits sont allégués, je partirai de mon poste", affirme le candidat à la présidentielle, qui jure n'avoir dans le parti qu'une fonction "honorifique", ne pas en être rémunéré et ne pas lui verser le moindre centime. Lui qui est très discret sur son adhésion à l'ADDE - il est aussi membre d'un autre parti souverainiste européen, l'Alliance pour une Europe des démocraties - ne se sent "pas concerné par ces histoires". Il affirme haut et fort détester l'Union européenne et Bruxelles, une ville dans laquelle il jure ne jamais mettre les pieds. 

 Lepoint

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