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Économie : les cinq mensonges des candidats à la primaire de la droite et du centre

Publié par MaRichesse.Com sur 4 Novembre 2016, 11:21am

Catégories : #ECONOMIE, #POLITIQUE, #FRANCE, #5-TRUCS-A-SAVOIR

Économie : les cinq mensonges des candidats à la primaire de la droite et du centre

Les candidats à la primaire de la droite et du centre débattront ce soir des questions sociétales, sur BFM-TV et I Télé. Leurs échanges porteront sur l'Europe et les questions de société. Ils ne reviendront pas a priori sur les programmes économiques. Pourtant, il y a matière à débat. Notamment sur la crédibilité de ces programmes qui se veulent précis et détaillés. On peut y relever 5 mensonges.

 1 Une croissance forte, c'est possible sans relance européenne

La leçon infligée par la réalité des faits à François Hollande n'a pas été totalement retenue. Pendant la campagne électorale de 2012, le candidat Hollande prévoyait 2,25% de croissance chaque année après un millésime 2013 encore un peu difficile. En fait, la hausse du PIB a été limitée à 0,6% en 2013, et l'année 2014 n'a pas été meilleure selon les chiffres révisés de l'Insee. Le chiffre de 2015 (1,3% de croissance) ne sera pas dépassé en 2016. Au total, de 2012 à 2016, la croissance de la France aura été limitée à 0,8%, en moyenne. Bien en deçà des espoirs de François Hollande. De cette erreur de prévision majeure, les candidats de la droite et du centre ne tirent pas vraiment de leçon. Ils se montrent simplement prudents, hésitant à aligner des chiffres précis. Pas tous, puisque François Fillon, lui, se lance, reflétant du reste un certain consensus des candidats sur leur scénario idéal. L'ancien premier ministre affirme que la croissance de l'économie française serait de 1,5% en 2018, puis de 1,9% en 2020 pour finir par atteindre 2,3% en 2022. Comment parvenir à une telle expansion alors que le potentiel de croissance de l'économie française se situe autour de 1% ?

Aucun économiste ne parie sur une telle accélération. Elle serait possible si l'Europe -ou du moins la zone euro- décidait collectivement une politique de relance de l'investissement, bien au-delà du pauvre plan Juncker. Mais ce n'est pas demain que Berlin avalisera un tel changement de pied politique.

 2 On peut couper franchement dans la dépense publique sans remettre en cause la sécu

Tous les candidats à la primaire promettent une politique d'ampleur inconnue en France de baisse des dépenses publiques. Tous évoquent le chiffre d'une centaine de milliards d'euros, Alain Juppé affichant une fourchette de 80 à 100 milliards, tandis que de François Fillon et Nicolas Sarkozy promettent précisément 100 milliards en moins. Mais où couper ? Les programmes détaillés des candidats restent souvent dans le flou. Ou alors, ils insistent sur la rationalisation de la gestion publique, sur une politique d'achats plus efficace.

Les spécialistes des finances publiques sont des gens sérieux. Mais devant, un tel affichage, ils ne peuvent que sourire. Alors que les candidats à la primaire dénoncent la logique du rabot, consistant à écrêter les dépenses publiques, ils en restent largement prisonniers. Et donc peu crédibles. Qui peut croire qu'en se contentant de mieux organiser l'Etat -ce qui est certes possible- on économise 100 milliards ?

Pas l'économiste libéral Jean-Marc Daniel, en tous cas, qui a eu l'occasion de dénoncer cette supercherie, dans une interview aux Echos.

« Tous les candidats déclarent vouloir baisser les dépenses publiques (...). C'est même leur obsession. Mais aucun ne dit clairement où ces économies seront trouvées. Ils se contentent d'objectifs de baisse de dépenses publiques sans remettre en cause les missions de l'Etat. Ils restent dans une logique de rabot. Pour eux, il s'agit de faire passer la révision générale des politiques publiques (RGPP) mise en place par Nicolas Sarkozy de 10 à 100 milliards. En somme, pour eux, c'est une simple question d'échelle. Or, l'expérience prouve que cela n'est pas réaliste. Pour baisser les dépenses publiques, il faudra faire des choix, pas seulement raboter. »

Quels sont les choix à faire ? Ils portent essentiellement sur la protection sociale, qui représente près de 60% de la dépense publique, et non sur l'organisation de l'Etat, certes optimisation, mais ce n'est pas le sujet principal. Ce qui fait la différence de la France avec les autres pays, du point de vue des dépenses, c'est le poids de la sphère sociale, et en premier lieu, les retraites. Selon les derniers calculs de l'OCDE, les retraites publiques représentent 14,3% du PIB en France, contre 8,7% en moyenne au sein de l'OCDE. Ailleurs, les retraites sont de nature beaucoup plus largement privée. y compris en Allemagne, où le chancelier Schröder a gelé les pensions au milieu des années 2000, encourageant les salariés à souscrire à des fonds de pension (plans Riester). Le report de l'âge de la retraite contribuer bien sûr à baisser la dépense, mais bien moins qu'une privatisation, même partielle, du système.

Mais aucun candidat n'envisage pas une telle privatisation de l'assurance vieillesse, essentielle aux yeux des économistes libéraux. Pour ceux-ci, il faut revoir l'étendue de la protection sociale, renoncer notamment à un système couvrant toute la population, qui est beaucoup trop onéreux, et va le devenir de plus en plus, sous l'effet des décisions prises par le gouvernement et les partenaires sociaux, alourdissant le coût du travail. C'est ce que préconise Jean-Charles Simon, président de Facta Group, qui suggère de limiter le système de retraites actuel aux bas et moyens salaires. « Plus les salaires sont élevés, plus la part prise par la socialisation des mécanismes de retraite apparaît aberrante » affirme-t-il dans son blog du contrarian (La Tribune.fr):

« S'il est concevable qu'un pays veuille protéger les retraités les plus modestes avec un taux de remplacement très élevé dans le cadre d'un régime obligatoire, il n'y a aucune rationalité à vouloir qu'un système de retraite soit aussi couvrant pour toutes les catégories de revenus. Compte tenu de nos évolutions démographiques, cela s'effectue au prix de prélèvements exorbitants sur les salaires, qui, aux tranches les plus faibles, créent du chômage, et aux niveaux plus élevés, découragent salariés et entreprises, et conduisent in fine à une spécialisation de l'économie française sur des activités à faible valeur ajoutée ».

 

 

3 Tailler franchement dans les dépenses n'affecte pas la croissance

Quel serait l'effet sur la croissance de coupes dans les dépenses publiques, et donc dans les prestations sociales ? Les candidats à la primaire passent sur ce sujet sous silence. Sous-entendu : il n'y en aura pas. Or, tous les économistes estiment qu'au moins à court terme, ces coupes impactent la croissance. Ainsi, l'Insee a calculé que récemment que la politique budgétaire restrictive menée en France depuis 2013 explique à elle seule 45% de l'écart de croissance entre l'hexagone et le Royaume Uni. A cela, les candidats répondront qu'ils baissent les impôts. Mais tous les programmes prévoient des coupes dans les dépenses supérieures aux allègements fiscaux. Au total, la politique budgétaire aura donc un effet restrictif sur l'activité économique.

 

4 Une baisse massive du nombre de fonctionnaires est possible, sans toucher ni la Défense, ni la Police-gendarmerie, ni l'Éducation, ni l'hôpital...

Là aussi les chiffres s'envolent. 300.000 fonctionnaires en moins sur le quinquennat selon Nicolas Sarkozy, 600.000 emplois publics supprimés d'après Bruno Le Maire. Alain Juppé évoque une fourchette de 250.000 à 300.000. La question, là aussi, est de savoir quels secteurs feront l'objet de coupes. Le favori des sondages raisonne en creux : il affiche les secteurs qui seront épargnés. L'Education ne sera pas touchée, pas plus que la Justice, la Police, la Défense... Pressé de questions récemment sur Europe 1, Alain Juppé a ajouté l'hôpital. Le problème, parce qu'il en y a bien un, c'est que ces secteurs de la fonction publique à protéger sont les principaux employeurs... L'éducation nationale, si l'on inclut les universités, c'est 56% des fonctionnaires de l'Etat, selon l'Insee. Au total, les secteurs protégés par Alain Juppé, et donc ne faisant l'objet d'aucune coupe dans leurs effectifs -des créations d'emplois sont même prévues pour la sécurité- représentent 82% des fonctionnaires de l'Etat ! (chiffres Insee).

Les agents de Bercy, du ministère du Travail, des Transports et du logement, qui, au total, ne représentent que 18% des fonctionnaires ont donc du souci à se faire... A moins qu'il ne s'agisse là que d'un simple affichage....

 

5 Diminuer fortement les impôts n'empêche pas de réduire le déficit public

Les responsables politiques détestent souvent choisir. Ils se veulent maîtres dans la gestion des contradictions. Nicolas Sarkozy le premier. Il répète qu'un dérapage du déficit public n'est pas un problème, pas même auprès de nos partenaires européens, grâce aux engagements pris. Mieux : il s'engage à baisser franchement les impôts tout en diminuant le déficit, comme il l'a déclaré récemment.

« À partir du moment où toutes les mesures d'économies auront été votées sous trois mois, et qu'elles s'accompagneront simultanément d'une baisse des impôts et d'une réforme du marché du travail qui répondront totalement au blocage français en matière de croissance, nous n'aurons aucune difficulté à ce qu'ils - les Européens- acceptent que nous repassions sous la barre des 3 % en 2019, pour renouer avec l'équilibre à la fin du quinquennat".

Le plan paraît parfaitement cohérent. Sauf qu'il y a une différence majeure entre faire voter des économies et les concrétiser, sous forme de baisse effectivement constatée de la dépense publique. Si ces économies sont effectivement au rendez-vous, elles ne seront possibles que très progressivement au cours du quinquennat. Alors que la baisse franche et massive des impôts grèvera immédiatement les finances publiques, accroissant un déficit public déjà alourdi par les dépenses de François Hollande. Dans ces conditions, ramener le déficit sous la barre des 3% du PIB en 2019, comme le promet Nicolas Sarkozy, relève de la gageure.

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