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Donald Trump est-il le nouveau Harry Truman?

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Novembre 2016, 16:00pm

Catégories : #POLITIQUE, #ETATS-UNIS, #TRUMP

Donald Trump est-il le nouveau Harry Truman?

Sa campagne annonce depuis des semaines qu'il va répéter l'un des exploits les plus retentissants de l'histoire politique américaine, la réélection contre tous les pronostics du président Truman. Une analogie justifiée?  

Quelques jours avant la présidentielle américaine de 1964, le président du parti républicain tentait de défendre son candidat Barry Goldwater, en mauvaise posture:

«Comme Harry Truman en 1948, il n'a personne pour lui, à part le peuple. Il va détromper les experts et les sondeurs en étant élu président des États-Unis.»

Goldwater a fini par perdre l'élection de près de vingt-trois points.

Quelques jours avant l'élection présidentielle de 1972, Ted Kennedy essayait de susciter l'espoir pour son camarade démocrate George McGovern:

«De la même façon que Truman a remonté son retard pour gagner en 1948, [...] George McGovern peut remonter son retard en 1972.»

McGovern a fini par perdre l'élection de plus de vingt-trois points.

Quelques jours avant l'élection présidentielle de 1984, le candidat démocrate Walter Mondale défilait dans les rues de Chicago en rappelant les glorieux souvenirs passés:

«Harry Truman a défilé ici avant de remporter une victoire stupéfiante en 1948, tout comme celle que nous allons remporter en 1984.»

Mondale a fini par perdre l'élection de dix-huit points.

Truman, saint patron des causes électorales désespérées

Autant dire que, il y a quelques semaines, on s'est mis à s'inquiéter pour Donald Trump quand sa campagne a, elle aussi, commencé à évoquer l'exemple de la victoire renversante de Harry S. Truman lors de la présidentielle de 1948. Cela a commencé avec l'ancien maire de New York Rudy Giuliani ironisant sur l'adversaire de Truman, Thomas Dewey, «se reposant chez lui» pendant que le président sortant refaisait son retard. Puis, quelques jours plus tard, le candidat à la vice-présidence Mike Pence expliquait que, comme Truman, son candidat allait gagner face à «l'establishment» et aux «médias» en faisant «cinq, six discours par jour».

 

C'était l'époque où le retard de Trump dans les sondages était tel qu'on parlait plus de la possibilité d'une défaite à deux chiffres que d'une remontée sur le fil, qui n'est aujourd'hui plus du tout impossible. Cela fait-il pour autant de Trump le nouveau Truman?

Au fil des années, le successeur de Roosevelt est devenu, aux États-Unis, le saint patron des causes électorales désespérées. La photo où, avec un grand sourire, il brandit dans la gare de St. Louis la manchette du Chicago Tribune, un quotidien ennemi qui s'était imprudemment avancé en titrant sa première édition «Dewey bat Truman», reste l'une des plus célèbres de l'histoire politique américaine –et Clinton l'avait d'ailleurs invoquée lors de la primaire démocrate de 2008, en expliquant qu'elle figurait parmi ses unes préférées.

Truman reste le seul et dernier candidat à l'avoir emporté après avoir été donné constamment perdant par les sondages durant la campagne. Certains journalistes se lamentaient alors que les Démocrates n'aient pas plutôt investi le général Eisenhower, qui sera élu quatre ans plus tard sous l'étiquette républicaine. Moins d'un mois avant le scrutin, Newsweek avait sondé cinquante experts, qui donnaient tous Dewey gagnant. Les magazines avaient préparé leurs numéros spéciaux pour célébrer le nouveau président et le Who's Who était parti à l'imprimerie en logeant Dewey au 1600 Pennsylvania Avenue, l'adresse de la Maison-Blanche.

La nuit de l'élection, Truman, retiré discrètement dans un hôtel du Missouri, écouta seul à la radio les analystes annoncer, au fur et à mesure du dépouillement, qu'il serait irrémédiablement battu dès que les votes des campagnes seraient comptabilisés. À quatre heures du matin, il demanda à ses gardes du corps de le ramener à son quartier général de campagne, «parce qu'on dirait que nous allons en reprendre pour quatre ans». Il l'emporta au final assez nettement sur le plan national (plus de 4 points et 2 millions de voix d'avance) même si, en raison du système électoral américain, le résultat aura tenu à trois grands États gagnés avec moins d'un point d'avance.

Quand les sondeurs s'arrêtaient de travailler

Trois arguments peuvent être examinés pour rapprocher 1948 de 2016, et nuancer fortement le portrait de Trump en nouveau Truman, qu'il finisse par l'emporter ou non.

Le premier, celui de la faillite des sondages, n'est pas vraiment valable. Comme le notait récemment FiveThirtyEight, en 1948, on ne comptait que cinq instituts et, surtout, ceux-ci pensaient tellement que l'élection était pliée qu'ils avaient arrêté de sonder... le 25 octobre, plus d'une semaine avant l'élection. Par contraste, l'élection 2016 aura évidemment été scrutée jusqu'à la dernière minute. Au vu des écarts actuels, qui sont dans la marge d'erreur,une victoire de Trump constituerait à coup sûr un renversement de situation, mais ne serait un coup de tonnerre que pour ceux qui n'auraient pas bien regardé le ciel les jours précédents. (De la même façon que, en 2002, l'élimination de Lionel Jospin par Jean-Marie Le Pen avait été vue comme une énorme surprise alors que dans les sondages, les «fourchettes» des candidats se superposaient.)

Le deuxième argument est celui de la façon de faire campagne. Trump a beaucoup insisté sur la capacité d'attraction de ses meetings, en comparaison d'une Hillary Clinton régulièrement accusée de «disparaître» ou dont on a pu dire qu'elle «jouait la montre». En 1948, une bonne part de la victoire de Truman avait été attribuée à sa whistlestop campaign, une campagne menée «au sifflet du train» à bord d'un wagon spécial défilant de ville en ville pour lui permettre de rencontrer les électeurs. À l'époque, de tels meetings étaient cruciaux pour faire passer en direct le message du candidat. Désormais, moins, ou en tout cas de façon plus indirecte, explique Zachary Karabell, auteur de The Last Campaign: How Harry Truman Won the 1948 Election: «Aujourd'hui, la campagne est beaucoup plus couverte nationalement, tout est photographié et filmé. Une fois que vous avez dit quelque chose quelque part, vous l'avez dit partout.» Une victoire de Trump serait celle d'une campagne misant tout sur l'alliage des meetings et de la télévision, là où les Démocrates sont réputés avoir l'avantage dans le micro-travail sur le terrain, qui consiste à mobiliser individuellement le maximum d'électeurs possibles.

Le troisième argument, enfin, est celui du positionnement politique des deux candidats.«Truman a gagné parce qu'il a conquis le cœur de l'Amérique, les gens qui pensaient que New York ou Washington réalisaient des profits à leurs dépens, explique Zachary Karabell. Dewey était le représentant des élites de la côte Est et, face à lui, Truman se présentait comme le fermier du Kansas.» Une analogie souvent réemployée à propos de Clinton et Trump, et qui ne peut que plaire au candidat républicain. Sauf que, estime cette semaine le magazine Time, «Trump ne vit pas dans le même univers que Harry Truman, il appartient au même univers que Snooki», une personnalité de la télé-réalité. Aux yeux de ses adversaires, le milliardaire a bien été comparé à un candidat de l'élection présidentielle de 1948, mais ce n'est pas Truman: il s'agit de Strom Thurmond, un Démocrate du Sud opposé à la déségrégation, qui gagna cette année-là quatre États en affirmant que ses compatriotes n'allaient pas se faire imposer d'admettre «la race nègre dans nos théâtres, nos piscines, nos maisons et nos églises».

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