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Cuba, c’est compliqué

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Novembre 2016, 22:00pm

Catégories : #CUBA, #MONDE

Cuba, c’est compliqué

Il est 8 h 30, lundi. Les Cubains et quelques étrangers s’amassent autour de la plaza de la Revolución, au cœur de La Havane, pour rendre un dernier hommage à Fidel, dont les cendres sont «exposées» en chapelle ardente pendant deux jours.

Après, elles partent en tournée à travers tout le pays. La cérémonie d’adieux aura lieu dimanche à Santiago de Cuba, le ground zero de la révolution castriste. Pas à Holguin, sa ville natale.

Des dizaines d’endeuillés forment trois files d’attente à trois endroits. Mort, Fidel aurait-il acquis le don d’ubiquité? Rien ne me surprendrait. L’atmosphère ici est surréelle. La vérité, la vraie, est difficile à détecter, mais une réelle tristesse alourdit l’air du matin.

C’est la première fois que je «visite­­» des cendres, mais ne les verrai pas, pas plus que l’urne, car au moment de mon passage, elle est en rotation dans une autre des trois chapelles ardentes. Deux heures d’attente sous le soleil pour voir des fleurs, une photo de Fidel et des militaires à l’attention.

Remboursez-moi !

Je veux un remboursement!

Je blague, bien sûr. La visite était gratuite. Ici, personne ne se prend en selfie, même si plusieurs possèdent un téléphone intelligent. Pas de pleureuses, non plus. Si je me retrouve au cœur de l’Histoire­­ avec un grand H, il faut préciser que la visite dure cinq secondes­­, maximum.

Devant moi, à la sortie, une femme dans la soixantaine avec un t-shirt rouge de Hugo Chavez, avec la mention «Nous t’aimerons toujours», devient hystérique. Les journalistes de la télé se ruent sur elle. Enfin, des images fortes.

Pour le reste, la vie continue. C’est presque un lundi comme les autres. Seuls des chats et des chiens mendient dans la rue.

Je croise un magasin d’État qui vend des œufs à prix réduit. Les gens font la queue, leur livret de rationnement à la main. Je demande à une femme si je peux la photographier. Pendant que je m’exécute, un homme raffiné dans la quarantaine se tourne vers moi et me dit dans un anglais exceptionnel, mais sur un ton agressif: «Cela dure depuis 60 ans. Ça n’a pas d’allure. Il n’y a aucune raison pour cela.» Les autres le regardent, gênés. Je me penche vers lui et lui demande à voix basse: «Maintenant, les choses vont changer, non?»

Pas de dissidents...

Il me regarde d’un œil moqueur et me dit très fort, en espagnol: «Désolé­­, je ne parle pas l’anglais».

C’est la seule fois que j’ai croisé quelqu’un qui osait critiquer le régime. Impossible de rencontrer des dissidents. Même mon fixer n’y arrivait pas. «On ne peut les contacter que par internet, mais ils ne répondent pas, car ils se savent encore plus surveillés en ce moment.»

Des choses n’ont pas changé ici. Mais pas que des mauvaises. Dimanche­­, j’ai oublié ma carte bancaire dans un guichet automatique en plein cœur du Vieux-Havane. Le lendemain, mon accompagnatrice a téléphoné à la banque. Quelqu’un l’avait rendue et je pouvais passer la prendre. S’il y a plus de criminalité qu’autrefois, les Cubains sont toujours aussi honnêtes.

C’est bien beau tout ça, mais LA question demeure: Fidel Castro était-il un dictateur? Je l’ai toujours cru et écrit. On ne se maintient pas au pouvoir si longtemps sans une terrible répression. J’en ai ras le bol de lire et d’entendre, surtout au Québec, que la révolution a été une réussite parce que les Cubains sont bien soignés et instruits.

Je ne suis pas certaine que cela vaut plus que la liberté. Mais devant l’ouverture nouvelle que j’observe partout, je ne sais plus quoi penser.

C’est compliqué. Ce ne l’est pas pour tout le monde. Ici, tous les drapeaux sont en berne, sauf un. Celui de l’ambassade américaine. 

 JDM

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