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Conseils, science, sante et bien-être


Comment le sommeil intervient-il dans la mémorisation ?

Publié par MaRichesse.Com sur 19 Novembre 2016, 08:36am

Catégories : #SCIENCE, #CERVEAU, #SOMMEIL, #SANTE-BIEN-ETRE

Comment le sommeil intervient-il dans la mémorisation ?

Géraldine Rauchs est chargée de recherche à l’unité Unité Inserm 1077 « Neuropsychologie et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire humaine », responsable du groupe « Sommeil, cerveau et mémoire ».

Constamment sollicitée, la mémoire enregistre la multitude d’informations que nous percevons durant la journée. Pour consolider les souvenirs, le cerveau doit effectuer un tri de ces informations en stockant les éléments importants tout en oubliant les détails (la couleur de la chemise du chauffeur de bus par exemple). Mes projets de recherche, axés sur le lien entre sommeil et mémoire, ont exploré le rôle du sommeil dans ce processus de tri des souvenirs.

L’expérience a été menée chez des étudiants qui se sont prêtés à des exercices de mémorisation. Nous leur avons présenté des mots (pendant 1 seconde) suivis d’une consigne: «à retenir» ou «à oublier». Les participants ont ensuite été séparés en 2 groupes: l’un a pu dormir normalement la nuit qui a suivi cette phase d’apprentissage, tandis que l’autre a été privé de sommeil. Trois jours après, les deux groupes ont été réunis pour participer à un test de mémoire. Alors que les sujets privés de sommeil ont retrouvé autant de mots «à retenir» que ceux qui avaient dormi, ils se sont aussi souvenus de plus de mots «à oublier».

L’hippocampe, structure clé de la mémoire

Chez ces étudiants, le processus de consolidation des souvenirs n’est donc pas bloqué par la privation de sommeil. Par contre, en plus d’avoir appris des éléments importants, ils ont retenu des tonnes d’informations parasites, rendant plus difficile la restitution d’un message pertinent. Cela confirme que les nuits blanches de révision seraient une mauvaise idée en cas d’examen.

En examinant avec l’IRM fonctionnelle le cerveau des participants lors de l’apprentissage, nous avons observé que les mots qu’il fallait retenir activaient plus une région cérébrale particulière, localisée dans le lobe temporal: l’hippocampe. L’hippocampe est une structure clé de la mémoire, qui signalerait, parmi toutes les informations reçues, celles qui doivent être consolidées au cours du sommeil.

Toutefois, ce n’est pas dans l’hippocampe que les souvenirs sont stockés. Comme l’illustre la «madeleine de Proust», le souvenir est associé à une diversité d’émotions, liées à l’image, à l’odeur, à la saveur… Ces éléments sont éparpillés dans différentes régions spécialisées du cortex cérébral: les images au niveau des aires visuelles, les odeurs dans le cortex olfactif... Il y a donc une multitude de sites de stockage, et l’hippocampe sert en quelque sorte de table des matières stockant le chemin d’accès aux différents éléments du souvenir.

Plaques amyloïdes

De nombreuses études ont montré que, pendant le sommeil, l’hippocampe rejoue la partition des choses apprises dans la journée. Les informations sont transférées au cortex pour une mémorisation pérenne et intégrées aux souvenirs et connaissances préexistantes.

Un autre aspect de nos recherches s’intéresse au vieillissement et à la maladie d’Alzheimer, qui est associée à un déclin de la mémoire sévère. Chez les patients, les troubles du sommeil sont également très fréquents.

Notre équipe Inserm étudie le sommeil de sujets âgés de 40 à 85 ans, sains ou ayant des troubles cognitifs légers. L’objectif est de comprendre le lien entre la qualité du sommeil et la formation des plaques amyloïdes, qui sont une des lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Le sommeil est analysé au moyen de questionnaires et d’enregistrements du sommeil, et les plaques amyloïdes visualisées grâce à l’imagerie cérébrale. Nous faisons l’hypothèse que les troubles de la mémoire et les lésions cérébrales seront plus importants chez les sujets ayant un sommeil de mauvaise qualité.

En établissant un lien entre le sommeil et les plaques amyloïdes aux stades précoces de la maladie d’Alzheimer, nous pourrons montrer qu’il est nécessaire de prendre en charge les troubles du sommeil de la personne âgée et des personnes à risque (notamment par des approches non médicamenteuses telles que la luminothérapie, l’activité sportive, la méditation…) afin de freiner la progression de la maladie. 

 Lefigaro

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