A la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom.

Un souffle de stupéfaction a parcouru le public. La cour d’assises du Puy-de-Dôme a condamné, vendredi soir, Cécile Bourgeon à cinq ans de prison et Berkane Makhlouf, son ancien compagnon, à vingt ans de prison, assortis d’une période de sûreté des deux-tiers. Ils étaient jugés depuis le 14 novembre pour les violences ayant entraîné la mort de la petite Fiona, 5 ans, en 2013. Alors que l’avocat général avait, durant la matinée, requis la peine maximale à l’encontre des deux accusés, les jurés ont clairement distingué leurs responsabilités dans cette affaire.

 

La cour a estimé que Berkane Makhlouf était le seul coupable des coups ayant entraîné la mort de la fillette, en 2013. La mère de Fiona, Cécile Bourgeon, est, en revanche, acquittée de ce crime. Elle écope, en revanche, de la peine maximale -cinq ans de prison- pour « non-assistance à personne en danger ». La cour l’a également condamnée au « retrait total de l’autorité parentale » à l’égard de ses deux autres enfants.

« Un seul élément à charge », contre Cécile Bourgeon

Dans une salle d’audience bondée et sous le coup de l’émotion, le président de la cour, Dominique Brault, a donné une clef de lecture de ce verdict en assurant « qu’il n’existait [à l’issue des débats] qu’un seul élément à charge à l’encontre de Cécile Bourgeon, à savoir, l’accusation tardive de Berkane Makhlouf », son ancien compagnon. Un « élément » que les jurés ont donc écarté pour prendre leur décision.

 

Durant les deux semaines d’audience, celui-ci a été le seul à assurer que Cécile Bourgeon avait donné « deux claques et de coups de pied aux fesses » à sa fille tout en précisant qu’il ne savait pas si ces coups avaient pu causer la mort de la fillette.

Avouant son statut de « mère indigne », Cécile Bourgeon a reconnu, jour après jour, qu’elle consommait une grande quantité de drogues et qu’elle laissait parfois ses filles seules la nuit pour aller au « bar » mais elle a toujours nié avoir levé la main sur Fiona. L’un de ses avocats, Renaud Portejoie, avait demandé aux jurés, cet après-midi, de ne pas écouter « la colère qui rôde dehors » avant de prendre leur décision.

Berkane Makhlouf décrit comme « violent » et « impulsif »

De son côté, Berkane Makhlouf, n’est pas parvenu à convaincre la cour qu’il n’avait « jamais frappé les enfants ». Qualifié de « violent » et « d’impulsif » par diverses expertises psychologiques et psychiatriques, il n’a pas su se départir de l’image d’homme drogué et agressif qu’a depeint Cécile Bourgeon au cours de l’audience. Expliquant ne pas savoir de quoi sa fillette était morte, celle-ci a, toutefois, décrit plusieurs épisodes de violences commises par Berkane Makhlouf entre le 8 et le 12 mai 2013.

Ce verdict représente « une immense satisfaction », a commenté Me Renaud Portejoie. « Le droit l’a emporté sur la rue. Ce n’était pas simple, le climat était tendu. La cour d’assises avec courage a su se départir de l’émotion et rendre la justice sereinement », a-t-il estimé. Si le parquet général décide de ne pas faire appel, Cécile Bourgeon sortira de prison « d’ici les prochaines semaines ». De l’autre côté, l’avocat de Barkane Makhlouf a aussitôt évoqué la possibilité de faire appel du jugement. « La Cour s’est montrée aveugle sur une partie des faits », a-t-il noté.

Quelques minutes après l’annonce du verdict, une partie du public s’est rassemblée devant la cour d’assises pour attendre l’évacuation des accusés et insulter copieusement Cécile Bourgeon, notamment aux cris « d’assassin » et de « sale pute ». Ayant déjà purgé trois années de prison lors de sa détention provisoire, Cécile Bourgeon pourrait bénéficier d’un aménagement du reste de sa peine dans les prochains mois. 

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