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A Paris, l'espionnage russe sous les coupoles

Publié par MaRichesse.Com sur 2 Novembre 2016, 17:23pm

Catégories : #RUSSIE, #FRANCE, #GUERRE, #RELIGION

A Paris, l'espionnage russe sous les coupoles

Il y a ceux qui balaient publiquement les accusations. Candidat à la primaire présidentielle de la droite, premier ministre lors du lancement officiel du projet de cathédrale orthodoxe et du centre culturel russe à l’automne 2007 et défenseur virulent d’un axe stratégique Paris-Moscou, François Fillon en fait partie. «Accuser d’emblée la Russie de vouloir transformer ce centre culturel orthodoxe au cœur de Paris en station d’écoute, c’est nourrir des fantasmes inutiles et dommageables», argumentait-il devant nous à Genève, en mai, à la veille d’un séminaire… sur la Russie organisé au château de Coppet. Et il y a ceux qui, depuis l’inauguration du site parisien le 19 octobre, et sur fond de malaise profond avec Moscou au sujet de la guerre en Syrie et en Ukraine, refusent cette omerta politique: «On parle d’un site russe doté de l’immunité diplomatique, situé à quelques centaines de mètres du Quai d’Orsay et de l’Elysée, interroge un ancien diplomate basé en Asie centrale. Poser la question de son utilisation, et des risques qu’il peut présenter, est la moindre des choses».

La polémique aurait sans doute enflammé les médias français si Vladimir Poutine avait, comme cela était prévu, coupé lui-même le ruban inaugural le 19 octobre. On imagine la photo du président russe au pied de l’imposant complexe du quai Branly surmonté de cinq coupoles dorées, couvrant une surface de près de 4000 mètres carrés, situé face au pont de l’Alma, entre la Tour Eiffel et le Ministère des affaires étrangères. Jusqu’au début des travaux en 2012, ce pâté de maisons mitoyen de la fameuse rue Cognac-Jay (où se trouvait le siège de la télévision publique jusqu’en 1992) abritait le quartier général de Météo France.

Place, désormais, au plus grand centre culturel orthodoxe russe d’Europe occidentale. Sauf que Vladimir Poutine n’est finalement pas venu. Les bombardements de civils à Alep, et les doutes émis par François Hollande sont passés par là. Malaise diplomatique. Le représentant officiel du patriarcat orthodoxe russe dans l’Hexagone – 200 000 fidèles revendiqués en France – Mgr Antoine Bogorod, a remplacé le «tsar», devant un panel de personnalités françaises dont les anciens ministres Jean-Pierre Chevènement ou Rachida Dati (maire du VIIe arrondissement), et un seul ministre, le secrétaire d’Etat aux relations avec le parlement, Jean-Marie Le Guen.

 

Fin de l’affaire? Non. Visiblement bien renseignés, mais tous désireux de rester anonymes, un bon nombre de diplomates français font le siège de l’Elysée et de leur ministère pour s’en inquiéter. Une note d’un ancien ambassadeur à Moscou, dont Le Temps a pris connaissance, juge «certaine» la possibilité de voir les services d’espionnage russe utiliser les lieux où des conférences culturelles ont déjà commencé à être organisées. «Nous préconisons dans ces conditions de renforcer la sécurité anti-écoutes du quai d’Orsay», écrit l’auteur, en citant aussi la proximité de l’Assemblée nationale et de l’Hôtel de Brienne, bureau du ministre de la Défense.

«Le Temps» a également appris que l’ambassadeur d’Allemagne, Nikolaus Meyer-Landrut, dont la résidence se trouve non loin, aurait demandé des «vérifications» cet été à ses services de contre-espionnage. L’ambassade de Suisse, à proximité, est aussi potentiellement concernée. Encore plus sensible: la présence, à quelques mètres des coupoles, des appartements utilisés par la présidence de la République sur le Quai Branly, pour loger, entre autres, le conseiller diplomatique et le chef d’état-major particulier du chef de l’Etat. Anne Pingeot, la maîtresse de François Mitterrand et mère de leur fille Mazarine, y logea. «Tous les services concernés ont, à l’époque, cherché à dissuader Nicolas Sarkozy [quand il était président] d’accepter ce projet. J’ai au moins vu passer plusieurs notes Confidentiel défense», raconte un ancien conseiller élyséen. Mais à partir de 2008, après le conflit en Géorgie, la priorité de l’Elysée était d’installer la confiance avec le tandem Poutine-Medvedev (alors président).

Un coup des réseaux anti-Moscou

L’influent ambassadeur russe en France, Alexandre Orlov, dément de toutes ses forces. Il attribue ces rumeurs aux «réseaux des oligarques anti-Moscou», qui n’auraient pas digéré, selon lui, le déblocage par la justice française de ce terrain acquis en janvier 2010 et un temps gelé par les procédures liées au recouvrement des biens du géant pétrolier Yukos et du magnat Mikhaïl Khodorkovski. «Tous ces lieux ont été visités lors de la construction. Arrêtons les fantasmes», explique-t-on à l’ambassade de Russie, dans le lointain XVIe arrondissement, où l’on redit qu’initialement, le choix s’était porté sur l’île Seguin, sur l’ancien site de Renault à Boulogne, bien loin de l’Elysée. Là où la fondation Pinault termine les travaux de son futur musée: «Soupçonnez-vous aussi Washington d’utiliser l’Eglise américaine qui est à deux pas? poursuivent nos interlocuteurs russes. N’oubliez-vous pas que l’ambassade américaine est presque collée à l’Elysée et qu’en 2015, la presse a évoqué des systèmes d’écoute de la NSA installés là?»

Dans son livre «La France russe» (Ed. Fayard), le journaliste Nicolas Hénin avait bien résumé le dossier, mêlant vrais risques d’espionnage à la volonté de Moscou d’utiliser le centre comme un lieu de propagande camouflé, de «soft power», au cœur de Paris. Il y évoquait «une note d’évaluation d’activité des renseignements russes en France qui montrent qu’ils sont repartis dans une configuration de type Guerre froide, mais avec des moyens et des effectifs plus forts». Pour l’heure, personne ne l’a démenti.

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