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Xavier Niel, l'histoire d'une irrésistible ascension

Publié par MaRichesse.Com sur 22 Octobre 2016, 18:06pm

Catégories : #ENTREPRISE, #PEOPLE

Xavier Niel, l'histoire d'une irrésistible ascension
En quinze ans, le gamin de Créteil s'est hissé au sommet du monde des affaires. Solveig Godeluck et Emmanuel Paquette racontent un destin fascinant.
 
Dans une France plus fascinée qu'on ne le dit par l'aventure entrepreneuriale, l'ascension météorique de Xavier Niel est tout simplement exemplaire. En moins de quinze ans, ce gamin de Créteil est devenu milliardaire en même temps que l'un des personnages clefs d'un establishment qui, longtemps, l'a regardé de haut. Son génie ? Avoir su « disrupter » un marché, celui des télécoms, et préempter un autre, celui de l'Internet illimité. Si l'on admet que l'économie fait partie du monde, que le monde est constitué de vie et que la vie sur terre est d'abord, pour nous, celle des humains, on ne peut que se féliciter du formidable travail de Solveig Godeluck et Emmannuel Paquette, dans un pays où si peu de biographies sont consacrées aux héros de l'économie faits de chair et d'os.
 
Il n'est pas question ici des Colbert, Necker ou Pinay, qui tentèrent tant bien que mal de réguler et de fiscaliser l'économie, mais de ceux qui la fabriquent - et Xavier Niel est incontestablement l'un de ceux-là. Pour ceux qui, comme l'auteur de ces lignes, adhèrent à la vision schumpetérienne de l'économie, celle selon laquelle la croissance et le progrès ne sont pas un fleuve tranquille mais un chaos cyclique, générant des déséquilibres et des conflits, déstabilisant l'existant - non seulement l'économie mais aussi le droit ou la politique - c'est-à-dire la société tout entière, il est plus que nécessaire de raconter ces aventures individuelles qui finissent par forger un destin collectif. En effet, au coeur de cette analyse schumpetérienne, à mon avis de loin la plus performante (surtout si elle est complétée par une conception matérialiste de l'histoire tempérée de bon sens) pour comprendre le monde d'innovation dans lequel nous évoluons, se trouve l'entrepreneur.
 
Cet entrepreneur n'est pas un simple dirigeant d'entreprise. Il est la personne qui identifie ce qui, dans le monde qui l'entoure, mériterait d'être amélioré, voire créé, et il apporte une réponse sous forme d'innovation, c'est-à-dire de produit ou de service marchand nouveau. En filigrane de la théorie, on comprend que l'entrepreneur schumpetérien a sans doute des traits de caractère particuliers, assez éloignés des comportements médians. Pour avoir la force de bousculer le monde existant et ses intérêts, il faut être plus fort, plus dur, plus opiniâtre, plus instinctif, plus intelligent que la moyenne.
 
Un « roman balzacien » d'aujourd'hui
 
Ces caractéristiques de l'entrepreneur schumpétérien apparaissaient avec éclat dans l'excellente biographie d'Elon Musk rédigée par Ashlee Vance et publiée chez Eyrolles cette année en France, ou dans celle de Brad Stone sur Jeff Bezos, en 2014, chez First Edition. Elles apparaissent tout aussi clairement dans le livre de Solveig Godeluck et Emmanuel Paquette. Tout l'itinéraire de Xavier Niel y est retracé, de la cité du Mont-Mesly à Créteil au succès d'Iliad et de Free - en passant par le Minitel rose et la case prison.
 
Ce « roman balzacien » est fascinant à plusieurs égards. D'abord, il confirme qu'on ne peut pas faire des choses exceptionnelles si l'on n'est pas soi-même obsessionnel. Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie élyséenne, chacun aura désormais compris qu'une personne normale ne peut faire que des choses tristement normales. Les entreprises et les destins extraordinaires sont le fait de personnes qui ont une idée incroyablement précise de ce qu'elles veulent faire, souhaitent tout contrôler, souffrent de paranoïa, ne s'embarrassent pas de circonlocutions et roulent, vite, à la frontière de la ligne jaune juridique.
 
Surtout, ce sont des gens qui ne s'arrêtent jamais. Leur tâche est infinie. L'ouvrage montre ainsi que la création de l'Ecole 42 par Xavier Niel ne relève pas d'un calcul politique, comme certains aigris ont voulu le penser, mais d'une volonté entrepreneuriale de construire encore et toujours. L'entrepreneur schumpetérien ne disparaît qu'au moment de la mort biologique du corps qui l'abrite. Cette volonté de toujours vouloir faire plus et mieux correspond à la définition individuelle de ce qu'on appelle, en macroéconomie, la croissance. Sans des individus comme Niel, il n'est point de prospérité.
 
Si cette biographie interpelle, c'est aussi parce qu'elle montre qu'on peut naître dans une cité du Val-de-Marne, suivre un parcours scolaire chaotique et construire l'une des plus grandes entreprises françaises en devenant milliardaire. Ce que la biographie rappelle enfin - mais qui pourrait en douter -, c'est que si construire sa vie comme Niel est possible, c'est aussi incroyablement dur, ce qui exige une vertu cardinale peu pratiquée de nos jours : le courage, extrême dans ses deux acceptions. Mais, paré de ce courage, en dépit de notre système éducatif qui décline, de notre marché du travail pétrifié et de nos réglementations précautionneuses, il est encore possible d'être un grand entrepreneur en France. De ce point de vue, la vie de Xavier Niel est un exemple.
 

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