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Thaïlande : le roi Bhumibol Adulyadej est mort

Publié par MaRichesse.Com sur 14 Octobre 2016, 04:41am

Catégories : #PEOPLE, #MORT, #MONDE

Thaïlande : le roi Bhumibol Adulyadej est mort

Le plus ancien et le plus riche monarque en exercice vient de s'éteindre à 88 ans. Dôté d'un sens politique aigu, Bhumibol Adulyadej entretenait son aura mystique auprès du peuple thaïlandais qui le vénérait. Et réprimait durement toute critique adressée au royaume.

À Bangkok

La Thaïlande a perdu son demi-dieu. Le roi Bhumibol Adulyadej est mort à l'âge de 88 ans. S'il ne quittait plus guère l'hôpital Siriraj où il avait été hospitalisé en septembre 2009 pour un problème respiratoire, sa silhouette hiératique en grand uniforme était devenue omniprésente à Bangkok. Les grandes heures de son règne s'affichaient dans d'immenses médaillons dorés qui bordaient les avenues. Des autels étaient élevés à sa gloire à l'entrée des centres commerciaux. Et selon les saisons, on le retrouvait comme décoration dans les sapins de Noël, ou en projection laser sur les façades des immeubles.

L'aura mystique dont le neuvième descendant de la dynastie Chakri était entouré était telle qu'on a peine à croire qu'en 1946, date de son intronisation, prédominait un fort sentiment antimonarchique. «Le règne de Rama IX a restauré sinon sauvé la monarchie en Thaïlande», estime l'universitaire Thitinan Pongsudirak. En dépit d'une instabilité politique chronique, son règne, le plus long de l'histoire du royaume, a été exceptionnel. Du trône dont il a hérité par accident, cet homme, né en 1927 dans les faubourgs cossus de Boston et éduqué en Suisse, a fait l'une des monarchies les plus puissantes et les plus riches au monde.

Les Thaïlandais connaissent tous par cœur le conte de fée, relaté dans les innombrables hagiographies. L'histoire du monarque «au cœur blanc, plein de magie et de bonté». De «l'esprit protecteur des Thaïlandais». De «l'artiste qui avait tous les dons». Il peignait, sculptait, photographiait, composait et croulait sous les distinctions, récitent les écoliers en chœur. Il était aussi un «agronome de génie» qui testait lui-même de nouvelles méthodes d'agriculture, transformait la piscine du palais Chitralada en étang de pisciculture et inventait le buffle mécanique ou les pluies artificielles. Enfin, c'était un homme de compassion pour les petites gens.

«Parfois brutal derrière le paravent de la vertu et de l'égalitarisme» 

Retour sur ce personnage hors norme: le 9 juin 1946, le destin de «Force de la terre, pouvoir inégalé», jeune étudiant enjoué, passionné de voitures et jouant du jazz toute la nuit, bascule. Son frère aîné, qui n'est rentré dans son pays que depuis six mois pour être intronisé, est trouvé sur son lit, au cœur du palais, une balle de colt 45 dans la tête. Assassinat? Suicide? Le drame ne sera jamais élucidé.

Aussitôt proclamé roi, Bhumibol, qui n'a que 19 ans, repart pour Lausanne y terminer ses études. La monarchie thaïlandaise vit alors des jours sombres. Elle a connu une longue éclipse et l'abolition de la monarchie absolue en 1932 a porté un coup sévère à l'institution. Le jeune roi, si timide derrière ses grosses lunettes, aurait pu n'être qu'un otage des généraux qui se succèdent au pouvoir au fil des coups d'État. Mais dès son retour à Bangkok en 1951, il est pris en charge par un aréopage de vieux princes nostalgiques qui ont juré de venger la révolution de 1932, et il s'impose par son habileté. Il crée rapidement un système de patronage, monnayant l'honneur de sa présence en l'échange de donations pour les œuvres royales de bienfaisance. Cette «monarchie de réseaux», selon Duncan McCargo, universitaire britannique, «remet le roi au centre de la société thaïlandaise».

Célébrations de l'accès au trône de Rama IX à Bangkok en 2010.

Dès 1957, il résiste au maréchal dictateur Phibun Songkhram et refuse de s'associer aux cérémonies que ce dernier a organisées pour célébrer les 2500 ans du bouddhisme. En 1973, il offre refuge dans son palais aux étudiants qui fuient la répression militaire. Lorsqu'en 1976, le maréchal Thanom supervise un massacre sur les campus universitaires, il prend fait et cause pour les étudiants et syndicalistes poursuivis. Et dans les années 1980, il met fin à une insurrection communiste. Celui qui cultivait une image de monarque constitutionnel au-dessus de la mêlée a donné plus d'une fois la mesure de son sens politique aigu. Un soir de mai 1992, une étonnante scène fait le tour de la planète: il suffit au roi de sermonner le premier ministre Suchinda Krapayoon et son adversaire Chamlong Srimuang, agenouillés devant lui, pour mettre fin aux sanglants affrontements dont Bangkok vient d'être le théâtre. En septembre 2006, il donne sa bénédiction au coup d'État militaire qui a renversé le premier ministre élu Thaksin Shinawatra. Quant à ses discours annuels, prononcés le 4 décembre, veille du jour de son anniversaire, ils étaient des événements politiques attendus, disséqués et analysés.

La Thaïlande n'est pas à un paradoxe près: le rôle joué en sous main dans la politique du pays par le trône émerge difficilement. Interdit dans le royaume, le livre Le roi qui ne sourit jamais, de Paul Handley, dépeint un «roi très politique, parfois brutal, derrière le paravent de la vertu et de l'égalitarisme», un autocrate qui aurait volontairement cherché à affaiblir la démocratie pour renforcer le prestige de la monarchie. Pour le journaliste américain, l'image qu'il projetait d'un roi humble et laborieux, tout entier tendu vers l'accomplissement du dharmaraja, l'œuvre royale selon le canon bouddhique était «un leurre savamment orchestré par les gardiens du palais».

Bhumibol Adulyadej lors de la parade annuelle à Bangkok, en 2008.

Depuis la mort du frère aîné, la maison royale, qui contrôle avec minutie toute l'information sur le sujet, n'a pas laissé filtrer une photo ou un dessin du roi esquissant un sourire. Sur les calendriers, on le voyait carte et boussole à la main, appareil photo en bandoulière et col de chemise ouvert, écouter avec la plus grande attention les doléances du petit peuple. Lors du défilé annuel des troupes d'apparat, il était sombre, comme tourmenté par le poids de sa charge. Et dans la bande dessinée L'Histoire de Tongdaeng, chienne préférée du roi, qui avait pulvérisé les records de l'édition en 2004, il était une silhouette blanche entourée d'un léger halo, ce qui donnait à son image un aspect incandescent. Pour les Thaïlandais, ce visage de cire était la preuve de sa grandeur spirituelle. Dans la culture bouddhiste, un sourire ou un froncement de sourcil traduit un attachement aux plaisirs terrestres.

Une fortune de 35 milliards de dollars

Même le protocole méticuleux et anachronique dont il s'entourait était étudié. On ne s'adressait pas à lui, mais à «la poussière de ses pieds». Et nul ne pouvait avoir la tête plus élevée que lui. «Il y a derrière le protocole très contraignant qui exige que les Thaïlandais se prosternent et rampent en présence du roi un projet idéologique conscient: renforcer la structure hiérarchisée et centralisée de la société thaïlandaise», estime le politologue Giles Ji Ungpakorn. Et la vieille loi de lèse-majesté est un paravent destiné à protéger des regards trop curieux. Mais en août 2008, Bhumibol Adulyadej n'a pu éviter les révélations du magazine américain Forbes, classant cet homme qui se montre humble et vit simplement, «tête couronnée la plus riche au monde». À la tête d'une fortune de 35 milliards de dollars, le roi contrôlait des pans entiers de l'industrie et possédait le tiers de Bangkok et d'immenses domaines dans le reste du pays, gérés par le bureau des propriétés de la couronne.

Personnage complexe, le doyen des têtes couronnées et des chefs d'État en exercice était parvenu à incarner le rayonnement du bouddhisme, la pérennité de la culture thaïe, un ordre social équilibré et la grandeur multiséculaire du Siam. Mais une vieille prophétie est dans tous les esprits aujourd'hui: la dynastie des Chakri s'éteindra avec son neuvième souverain. 

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