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Conseils, science, sante et bien-être


Que faire avec ce tueur?

Publié par MaRichesse.Com sur 24 Octobre 2016, 10:25am

Catégories : #JUSTICE, #CANADA, #FAITSDIVERS

Que faire avec ce tueur?

Danny Bouchard-Asselin a tué Sylvain Bélanger à bout portant, le 13 juillet 1999. Condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans, le meurtrier raconte maintenant sa vie à 12 jurés dans le but de les convaincre qu’il mérite de sortir de prison plus tôt.

Âgé de 38 ans, Danny Bouchard-Asselin tente de se prévaloir de la «clause de la dernière chance» depuis une semaine, au palais de justice de Longueuil.

<b>Sylvain bélanger</b><br />
Victime
PHOTO COURTOISIE
Sylvain bélanger
Victime

Si le jury lui accorde ce privilège, il pourra s’adresser plus tôt à la Commission des libérations conditionnelles du Canada afin de quitter le pénitencier de Laval où il vit actuellement.

«Pendant la majeure partie de ma vie, j’ai été un criminel. J’ai eu l’occasion de changer, mais je ne l’ai pas fait. Depuis sept ans, j’ai arrêté de me geler. C’est pas tout le temps facile, mais j’essaye de faire pour le mieux», a témoigné le meurtrier, la voix coupée par l’émotion.

Danny Bouchard-Asselin a eu une enfance difficile. Sa mère, qu’il décrit comme attentionnée, mais «bonasse», a «mis son père dehors» en découvrant qu’il avait une maîtresse.

Son père, un homme violent et manipulateur, l’amenait parfois avec lui lorsqu’il commettait des vols et des fraudes. Ballotté d’une maison à l’autre, Bouchard-Asselin était un enfant turbulent qui faisait tout pour avoir de l’attention.

Voleur à huit ans

Plusieurs membres de la famille de la victime s’étaient précipités sur les lieux du crime, en juillet 1999.
PHOTO D'ARCHIVES
Plusieurs membres de la famille de la victime s’étaient précipités sur les lieux du crime, en juillet 1999.

À la maternelle, un élève s’est emparé du crayon du jeune Danny. Ce dernier le lui a planté dans la main pour se venger. Danny Bouchard-Asselin a commis son premier crime à huit ans. Il volait à l’étalage et dans le bureau du directeur.

Cinq ans plus tard, il a commencé à «se geler la face». À 13 ans, il avait déjà essayé pot, haschisch, PCP, acide et cocaïne. Sa consommation abusive l’a mené à trois surdoses.

Pour payer sa drogue, il a vite commencé à faire des introductions par effraction dans des résidences. Il cognait, entrait – s’il n’y avait personne – et prenait «tout ce qui se vendait». Accusé à plus de 80 reprises durant son adolescence, il partageait son temps entre la prison et le centre jeunesse, d’où il fuguait souvent.

Sa vraie famille, c’était le monde criminel. Il a intégré le clan Demers, un groupe de braqueurs de banques. La victime du meurtre, Sylvain Bélanger, en faisait aussi partie.

D’après Bouchard-Asselin, Bélanger n’était pas d’accord avec les pourcentages à verser au «boss» et il aurait voulu créer son propre groupe.

«Châtiment ultime»

Sylvain Bélanger n’a même pas eu le temps de descendre de sa voiture avant que Danny Bouchard-Asselin ne l’abatte de quatre projectiles.
PHOTO D'ARCHIVES
Sylvain Bélanger n’a même pas eu le temps de descendre de sa voiture avant que Danny Bouchard-Asselin ne l’abatte de quatre projectiles.

Il n’en fallait pas plus pour convaincre le meurtrier, alors âgé de 21 ans, que Bélanger «méritait le châtiment ultime». Il devait servir d’exemple. Bouchard-Asselin s’est rendu chez la victime, à Sainte-Angèle-de-Monnoir, et il l’a abattue de quatre projectiles. Bélanger, qui revenait du travail, n’a même pas eu le temps de sortir de sa voiture. Le tueur a fui les lieux.

Il a été arrêté deux mois plus tard, en Abitibi, après avoir volé une Plymouth Acclaim.

Transféré d’un établissement carcéral à l’autre depuis 1999, il a fait les 400 coups derrière les murs jusqu’en 2009.

Depuis sept ans, sa vie a changé. Il ne consomme plus, a obtenu un certificat en psychologie en plus de donner des conférences auprès des jeunes. Réussira-t-il à convaincre le jury que c’est suffisant pour quitter la prison? Sinon il devra attendre 2024.

Les audiences se poursuivent cette semaine devant le juge Guy Cournoyer.

 

Ému aux larmes par la mère de Marc Lépine

 

Un des moments les plus marquants que Danny Bouchard-Asselin a vécus en prison est sans doute une conférence donnée par Monique Lépine, la mère du tueur de Polytechnique.

La semaine dernière, il a même réprimé un sanglot en se remémorant cette rencontre déterminante.

La conférence de Monique Lépine a eu lieu il y a plusieurs années dans le cadre du programme «Justice réparatrice» des Services correctionnels du Canada.

Ce programme vise à mettre les criminels en con­tact avec des victimes pour qu’ils réalisent l’impact de leurs gestes.

N’ayant pas pu rencontrer la famille de Sylvain Bélanger, Bouchard-Asselin a assisté à la conférence portant sur les «victimes indirectes» des crimes.

Submergé

«Elle, son fils a assassiné plein de monde et elle a dû se cacher dans les sous-sols d’église après ça. Pendant son témoignage, j’ai vraiment senti l’impact sur toutes les victimes que j’ai faites dans ma vie, le meurtre et les vols. J’ai été submergé par ça et ça a frappé très fort», a-t-il noté.

Le meurtrier était d’autant plus émotif qu’il a appris, lors des audiences la semaine dernière, que l’homme qu’il a tué avait cinq enfants.

«Ça m’a encore plus frappé», a-t-il dit.

 

IL RETROUVE SON FRÈRE GRÂCE À ÉVANGÉLISATION 2000

Bouchard-Asselin a appris en détention qu’il avait un frère aîné qui avait été placé en adoption. Il a tenté d’établir un contact, mais ce dernier n’était pas chaud à l’idée, vu le crime commis par Bouchard-Asselin. «Il pensait que j’étais un psychopathe et qu’il n’y avait rien à faire avec moi», a-t-il témoigné.

Faute de voir sa famille, le meurtrier détenu au pénitencier à sécurité maximale de Donnacona rencontrait souvent des bénévoles du groupe Co-Vi. Lorsqu’une dame impliquée dans cet organisme a été honorée à l’émission Évangélisation 2000, Bouchard-Asselin s’est porté volontaire pour «aller la remercier à la TV».

«La madame disait: “Mes petits gars, je les aime.” Mon frère a vu ça et il a changé d’idée [à mon sujet]», a racon­té le meurtrier dans un sanglot. Son frère a envoyé une lettre au pénitencier et ils ont fini par se rencontrer. Ils se voient quelques fois par année.

Le frère de Danny Bouchard-Asselin viendra témoigner en sa faveur cette semaine.

 

«SPEEDY», LE VOLEUR DE STEAK ET MÉLASSE

Bouchard-Asselin a poursuivi sa carrière de voleur une fois derrière les barreaux. En arrivant au pénitencier à sécurité maximale de Donnacona, le déte­nu s’est dégoté un emploi à la cuisine.

Il en a profité pour voler de la nourriture, à de multiples reprises, dans le but d’en faire la contrebande.

Steak, pepperoni, sachets de sucre, mélasse, huile végétale, jus de tomate: il a réussi à sortir des quantités surprenantes de produits de la cuisine. Bouchard-Asselin cachait généralement le tout dans ses sous-vêtements, ses pantalons et ses souliers, enroulé dans «sept ou huit couches de saran wrap».

Ses codétenus l’avaient surnommé «Speedy», en raison de son talent pour voler et dissimuler les aliments.

Bouchard-Asselin s’adonnait apparemment aussi au trafic de haschisch derrière les murs et à la préparation de «baboche» (alcool frelaté). Il a même expliqué au jury que c’était plus facile de préparer ce cocktail interdit avec de la pâte de tomate qu’avec les fruits habituellement utilisés.

«Ça prend deux ou trois jours à distiller au lieu d’une semaine», a-t-il illustré.

 

CINÉPHILE ET FAN DE TÉLÉROMANS

Danny Bouchard-Asselin se qualifie lui-même de cinéphile. Il lui est arrivé de profiter d’un séjour en solo dans les roulottes de visites familiales pour «relaxer en écoutant 15-20 films», a-t-il relaté au jury.

Lorsqu’il a décidé de décrocher pour de bon de la drogue, en novembre 2009, c’est aussi la télé qui l’a aidé. Il venait de se faire prendre avec des stupéfiants. «Ça faisait longtemps que je pensais à changer. C’était là ou jamais. Je savais que si je n’arrêtais pas de consommer, je passerais ma vie en prison», a expliqué le détenu.

La pression des pairs était forte pour un gars comme lui, qui avait consommé presque toute sa vie.

Pour réussir, il a dû s’isoler. «Je restais dans ma cellule tout le temps et j’écoutais tous les téléromans possibles. Les Feux de l’amour, Top Modèles, Yamaska, Destinée, Toute la vérité: j’ai tout écouté», a-t-il détaillé.

 

UNE PREMIÈRE SORTIE EN «BOTTES D’EAU»

Danny Bouchard-Asselin vit dans un pénitencier à sécurité minimum depuis quelques mois. Il a eu droit à une sortie médicale à l’extérieur des murs pour la première fois depuis très longtemps.

Vu son dossier et le crime qu’il a commis, il avait peur que les gardiens croient qu’il en profiterait pour s’enfuir.

«Je suis sorti en bottes d’eau en plein hiver. Comme ça, les gardiens ne penseraient pas que j’allais me sauver en courant», a-t-il illustré.

Tellement habitué d’être menotté «dans un panier à salade», il n’a même pas pensé à s’attacher dans le véhicule des services correctionnels.

En arrivant à l’hôpital, le gardien l’a laissé entrer seul dans le bureau du médecin. «Je pensais que c’était une joke

Dans la salle d’attente, il a vu une dame avec une tablette électronique. «J’ai failli lui demander de me la montrer parce que je n’avais jamais vu ça de proche», a-t-il noté, faisant réaliser au jury que ça faisait de nombreuses années qu’il n’avait pas mis le nez dehors.

 

ENFANT DE CHŒUR DEPUIS 2009

Danny Bouchard-Asselin a fait un virage à 180 degrés en 2009 en signant un contrat de bon comportement.

C’est la première fois qu’il se tient tranquille aussi longtemps de toute sa vie.

Après avoir terminé son secondaire, il a fait des études collégiales. Il a aussi fait un certificat en psychologie pour lequel il a obtenu des A dans certains cours. Des cours qu’il a payés lui-même, à raison de 300-400 $ chacun, en se privant de cantine.

Bouchard-Asselin a «fait le ménage» dans ses fréquentations carcérales. Il a aussi repris contact avec plusieurs membres de sa famille.

Il a suivi des programmes en matière de violence et de toxicomanie, en plus de se soumettre à un suivi psychologique. Il a également donné des conférences auprès d’étudiants pour raconter son vécu.

Il a fait des «progrès considérables» et «sa motivation est très importante et révélatrice d’une volonté de changement», d’après divers intervenants.

En sortant du pénitencier, il aimerait se trouver une conjointe, fonder une famil­le, trouver un emploi et s’inscrire dans des ligues sportives.

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