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Quand la langue de l'Europe est la traduction...

Publié par MaRichesse.Com sur 17 Octobre 2016, 10:14am

Catégories : #EUROPE

Quand la langue de l'Europe est la traduction...

Le Festival International de Littérature et Traduction (FILIT), organisé par le Musée National de la Littérature Roumaine de Iași, aura lieu cette année du 26 au 30 octobre. Arrivé à sa quatrième édition, FILIT a été conçu dès le début comme un événement de grande envergure, avec une liste d’invités ambitieuse, un nombre impressionnant de rencontres de qualité et une participation en conséquence. Pendant ses premières années d’existence, la manifestation a mobilisé à chaque édition presque 30.000 spectateurs en cinq jours.

Quels sont les atouts de ce festival ? Dans un pays où l’administration est centralisée, où les initiatives"périphériques" peuvent mourir avant d’avoir vu le jour, le déplacement, fût-il temporaire, du centre, est une chose qui compte. Sans attendre que ce titre lui soit décerné, la ville de Iași acquiert, une fois par an, l’éclat d’une capitale culturelle.

Cet effet est bien sûr amplifié par le rayonnement de la très dynamique maison d’édition Polirom, mais aussi par un héritage historique et littéraire prestigieux : capitale de la Moldavie jusqu’au dix-neuvième siècle, Iași est également le berceau de la littérature roumaine classique. La maison "Vasile Pogor", lieu de rencontre des membres de la société Junimea au dix-neuvième siècle, est aujourd’hui le siège du Musée National de la Littérature Roumaine de Iași. Les écrivains et les traducteurs qui bénéficient des résidences FILIT sont souvent enchantés par le "Parc de la lecture" situé dans la cour de la Casa Pogor. En tête-à-tête avec les statues, ils notent avec étonnement combien a été brève la vie de nombre de grands classiques– Eminescu, Creangă, et jusqu’au "vieux"Caragiale… Pas très loin, dans le jardin de Copou, on trouve le fameux "tilleul d’Eminescu", ainsi qu’un bâtiment consacré à la mémoire du poète national.

Selon l’écrivain Dan Lungu, le directeur du FILIT, le festival se donne entre autres pour objectif de mettre en valeur le patrimoine du Musée de la littérature. L’édition 2015 a été l’occasion d’ouvrir à Cotnari, village au nom plus souvent lié au bon vin moldave qu’à la littérature, un espace consacré à l’écrivain Cezar Petrescu. Cette année verra l’inauguration à Târgu Frumos d’un point muséal "Garabet Ibrăileanu", une personnalité d’origine arménienne très influente en Roumanie au début du vingtième siècle. Dans un contexte où l’on voit plutôt des institutions culturelles fermer leurs portes, FILIT donne un nouveau souffle à des lieux consacres à la littérature.

Comme tout festival, FILIT se veut une fête de la littérature, des écrivains et de leur rencontre avec le public. Notons là aussi une différence, un déplacement vers les lecteurs. La magie du festival vient en grande partie de la participation des collectivités locales à cet événement. Les écrivains se rendent dans les lycées, les lycéens sont très présents dans les coulisses du festival (il y a une vraie compétition pour devenir bénévole à FILIT), ils accordent même un prix pour le meilleur roman de l’année. La littérature est une présence vivante, qui inspire un intérêt, voire un enthousiasme contagieux. La preuve la plus palpable de cet enthousiasme est le fait que les amphithéâtres universitaires ainsi que la superbe salle du Théâtre National "Vasile Alecsandri" de Iași sont toujours remplis, alors même que, sur scène, les seuls effets spéciaux sont ceux issus de la voix et de l’imaginaire des auteurs invités. Le public de Iași, qui a pu écouter lors des précédentes éditions Herta Müller, David Lodge, Norman Manea, Mircea Cărtărescu, Guillermo Arriaga, François Weyergans, H. R. Patapievici, bénéficiera cette année d’une rencontre avec un autre lauréat Goncourt, le romancier Jean Rouaud, en dialogue avec l’écrivain et le traducteur Nicolas Cavaillès, prix Goncourt de la nouvelle en 2014. Le dialogue sera modéré par le journaliste littéraire et directeur culturel français Pascal Jourdana.

Le festival a le mérite de proposer de façon délibérée une double ouverture, une respiration qui relie la Roumanie au monde extérieur. Comme dans tout festival international, les écrivains étrangers ont l’occasion de rencontrer le public local et de nombreux confrères roumains. Mais ce que FILIT a de particulier, c’est sa façon de mettre à l’honneur les traducteurs de littérature roumaine, ceux qui rendent audible la voix des auteurs roumains, classiques ou contemporains, sur les marchés étrangers du livre.

Plus qu’un festival, FILIT, une manifestation qui se réinvente sans cesse, est devenu au cours de quatre années d’existence un véritable programme culturel. L’éclat des quelques jours de festival n’est que sa partie la plus visible. Il existe une partie moins spectaculaire mais tout aussi importante, une plateforme culturelle dont l’action stimulante et fédératrice s’avérera sans doute bénéfique : il s’agit des résidences pour écrivains roumains, uniques aujourd’hui en Roumanie, et des résidences pour traducteurs de littérature roumaine.

De façon paradoxale pour une culture en quête de reconnaissance internationale, l’effort des traducteurs – qui deviennent bon gré mal gré des agents littéraires – n’est pas suffisamment soutenu par les institutions roumaines. Il va de soi que le travail de promotion d’une culture à l’étranger ne peut dépendre exclusivement de quelques initiatives privées, de quelques passions individuelles. Le courage (sinon la folie, selon certains) de choisir la littérature roumaine devrait être reconnu et soutenu de façon institutionnelle afin qu’il puisse porter des fruits à long terme. Le Musée National de la Littérature Roumaine de Iași souhaite promouvoir, via FILIT, une telle démarche culturelle. Les Ateliers FILIT pour traducteurs, hébergés début septembre par le Mémorial "Mihai Eminescu" d’Ipotești, représentent un lieu de rencontre pour ceux qui ont choisi de faire de la traduction de la littérature roumaine une voie professionnelle. Arrivés déjà à la deuxième édition, ces ateliers ont bénéficié dès le début des conseils de Florin Bican et Monica Joița, deux interlocuteurs qui ont coordonné des programmes similaires à l’Institut Culturel Roumain de 2006 à 2012. Ces rencontres donnent lieu à un petit miracle, car pendant dix jours, des personnes venant de nombreux pays ont comme seule langue de communication le roumain.

Ajoutons que FILIT est le rêve, devenu réalité, de trois écrivains de Iași publiés par la maison d’édition Polirom. Dan Lungu, Florin Lăzărescu et Lucian Dan Teodorovici parviennent à atteindre l’excellence dans plusieurs domaines. Ils sont traduits en diverses langues, parfois portés à l’écran (c’est le cas du roman de Dan Lungu, Je suis une vieille coco !), et même auteurs de scenarii à succès - Florin Lăzărescu est le coscénariste du film Aferim !, qui a remporté un Ours d’argent à Berlin en 2015. Le festival est assurément une forme de reconnaissance de la part de ses trois fondateurs envers la ville où ils se sont formés et où ils habitent. En 2016, le Festival International de Littérature et Traduction aspire encore à la continuité et à la stabilité, si nécessaires pour mettre en place une stratégie culturelle cohérente. Cette année, la réponse que nous avons reçue le plus souvent de la part des invités FILIT a été une exclamation : "Quel bonheur, le festival continue ! "Ce sont également les invités qui nous ont appris que l’un des atouts du FILIT est d’accueillir de grands noms dans un festival qui aime la simplicité. Paradoxal ? Probablement pas. 

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