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Pourquoi le contrat Caracal se dirige vers un pugilat franco-polonais

Publié par MaRichesse.Com sur 8 Octobre 2016, 10:45am

Catégories : #FRANCE, #ECONOMIE

Pourquoi le contrat Caracal se dirige vers un pugilat franco-polonais

Treize ans après le traumatisme du choix du F-16 américain par la Pologne, au détriment du Mirage 2000-5, Varsovie vient de provoquer une nouvelle crise diplomatique majeure avec la France en annulant l’appel d’offres pour 50 hélicoptères militaires gagné en avril 2015 par Airbus Helicopters. L’Elysée a annoncé vendredi octobre l’annulation de la visite de François Hollande en Pologne prévue le 13 octobre prochain. Le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian a annulé dans la foulée sa visite à Varsovie, qui devait avoir lieu lundi 10 octobre. "La relation franco-polonaise va être gravement affectée, assène une source diplomatique française. Il ne s’agit pas de la remise en cause d’un service rendu à la France, mais bien de l’annulation d’un appel d’offres largement gagné par Airbus."

La même source s’insurge même contre le positionnement de "passager clandestin" de la Pologne, premier bénéficiaire des fonds structurels européens (plus de 85 milliards d’euros sur la période 2014-2020), mais qui maintient une politique d’achats de matériel militaire essentiellement américains. Un pugilat diplomatique inédit depuis la commande de 48 chasseurs F-16 par la Pologne en 2003, quelques jours à peine après l’annonce de l’entrée du pays au sein de l’Union européenne.

3.250 emplois promis

Comment en est-on arrivé là ? La compétition pour 50 hélicoptères avait été remportée par le Caracal d’Airbus Helicopters en avril 2015, qui avait ainsi grillé la politesse au Black Hawk l’américain Sikorsky et à l’AW-149 de l’italien AgustaWestland (rebaptisé depuis Leonardo). Après des essais de l’appareil par les forces polonaises en mai 2015, qui avaient donné satisfaction, la dernière étape des discussions était la négociation des "offsets", ces investissements compensatoires (souvent des transferts de technologies et de charge industrielle), devenus le passage obligé des contrats d’armement. C’est sur ce sujet précis que les négociations ont achoppé, assure Varsovie, qui affirme n’avoir pas été convaincu par l’offre d’Airbus.

De quoi faire s’étrangler le camp français. "Les offsets proposés par Airbus ont atteint des niveaux jamais vus dans l’industrie, de l’ordre de 100 % du montant du contrat, soit 2,4 milliards d’euros, assure un proche des négociations. Et même 124%, puisque la proposition d’Airbus intégrait dans son calcul la TVA, dont l’industriel n’aurait jamais vu la couleur." Le groupe européen s’était notamment engagé à créer 3.250 emplois sur place, sont 1.250 directs, avec la création d’une usine d’assemblage de Caracal. Le motoriste Safran Helicopter Engines, ex-Turbomeca, avait également promis un site d’assemblage en Pologne pour fabriquer les turbines des 50 hélicoptères du contrat. Varsovie avait même obtenu que les "offsets" soient calculés sur les 70 appareils initialement envisagés par le contrat, et non sur les 50 définitivement actés.

Représailles à venir

Pour Paris, la vraie raison du choix polonais est donc bien politique. Le parti au pouvoir, le très conservateur PiS, est au pouvoir dans les circonscriptions qui accueillent les usines des concurrents d'Airbus, Sikorsky et Leonardo. A l'inverse, les sites choisis par Airbus pour installer ses usines figurent dans des régions tenues par l'opposition, assure-t-on dans le camp français. "Les Polonais ont donc voulu pousser Airbus à la faute, en exigeant des contreparties inacceptables, assure une source diplomatique. Les négociations étaient ubuesques : ils sont revenus un jour à la table des négociations en affirmant que l’intégralité des offsets négociés sur la Caracal était valorisée à zéro, et en apportant une nouvelle liste de 50 projets à financer, sans aucun rapport avec l’hélicoptère et la défense..." Un familier des négociations estime que l’affaire risque de se terminer par une commande de Black Hawk américains, sans aucune contrepartie industrielle pour la Pologne.

Le coup de canif dans le contrat risque de laisser des traces dans les relations franco-polonaises. L’Etat veut notamment peser auprès d’Airbus, qui voulait faire du pays son "cinquième pilier" (avec la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni), pour que l’industriel revienne sur ses investissements prévus en Pologne. Une source étatique évoque aussi la possibilité qu’Airbus demande des pénalités financières à Varsovie. De fait, l’industriel avait déjà lancé la fabrication des premiers Caracal à Marignane pour tenir la date des premières livraisons, prévues en 2017. 

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