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Pédagogie, mobilisation et repentance... le référendum sur la paix en Colombie vu du Web

Publié par MaRichesse.Com sur 1 Octobre 2016, 07:08am

Catégories : #PAIX

Pédagogie, mobilisation et repentance... le référendum sur la paix en Colombie vu du Web

Le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont signé un accord de paix mettant fin à cinquante-deux ans de guerre civile. Après les longues négociations politiques, c’est au peuple colombien de dire, dimanche 2 octobre, s’il approuve ou non le résultat.

Depuis plus d’un mois, le pays est tout entier consacré au débat cathartique précédant le référendum, qui, pourtant, divise et fracture la société entre ceux qui acceptent un accord, même imparfait, pour avoir la paix, et ceux qui en dénoncent le déséquilibre flagrant.

Les initiatives des deux camps, et notamment celles du gouvernement du président Juan Manuel Santos, cherchent d’abord à informer – sur ce que contient précisément le texte de l’accord de paix – puis à convaincreceux qui ne le seraient pas encore.

Annotations, explications et « fact checking »

La mobilisation ne se résume pas aux seules manifestations ou actions virales d’un camp ou de l’autre. Les semaines qui ont précédé le vote ont été marquées par de nombreux débats et dialogues dans les universités, les sièges d’association ou même organisés par des particuliers, engagés ou neutres. Là aussi, le but était que chacun ait à sa disposition toutes les informations avant d’aller voter.

Le gouvernement a mis en ligne l’intégralité des 297 pages de l’accord de paix pour que chacun puisse le consulter. Le document est annoté et résumé, agrémenté de graphiques et de vidéos courtes, reprenant ainsi des codes permettant de toucher les électeurs les plus jeunes. Des synthèses ont été faites dans les 68 langues et dialectes officiels que compte la Colombie, et les électeurs qui ne savent pas lire pourront écouter un résumé de l’accord en extraits sonores déposés sur Soundcloud.

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D’autres outils sont nés dans la société civile : parmi les initiatives recensées par Radio Caracol, un compte Twitter (@PreguntasHabana) tenu par « des psychologues, anthropologues, historiens et politologues pourrépondre aux questions sur l’accord » ou un numéro de téléphone, créé par le Centre d’études de droit, de justice et de société, pour que chacun puisse appeler et obtenir une réponse à ses interrogations. Le référendum a aussi apporté son lot de désinformation. La Semana a recensé et démenti les principales rumeurs et fausses informations qui circulent via Whatsapp, souvent plus vite que par les canaux habituels.

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Manifestation pour le « non » à Bogota, le 29 septembre.

Pardon et repentance

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Un partisan du « oui » à Barranquilla, le 27 septembre.
Un partisan du « oui » à Barranquilla, le 27 septembre. © Stringer . / Reuters / REUTERS

Au jeu de faire entendre sa voix en ligne, c’est le camp du « oui », donné vainqueur par les derniers sondages, qui est le plus présent. Avec des pages dédiées, des acteurs et personnalités publics mobilisés et une forte présence sur les réseaux sociaux, ses partisans ont rapidement occupé le terrain numérique.

Sur YouTube, la chaîne Colombia Se Abraza (« la Colombie se prend dans les bras ») diffuse depuis une semaine des vidéos (certes, avec peu de vues) qui incitent les citoyens à s’embrasser. Les arguments pour voter en faveur de l’accord sont moins factuels qu’émotionnels : la paix passe par le pardon, la repentance, l’acceptation des responsabilités de chacun.

Dans l’une de ces vidéosl’ex-maire de Bogota Antanas Mockus met en scène sa rencontre avec Esperanza, une ancienne guérillera des FARC, enrôlée de force à 13 ans, qui lui demande de l’aider à « dire pardon aux gens ». Il lui bande les yeux et, sur les trottoirs d’une ville, invite les passants à prendre dans leurs bras cette guérillera repentie, pour lui signifier qu’ils la pardonnent.

Les thèmes de la repentance et du pardon ont été centraux dans le processus de paix qui s’est construit depuis plusieurs années en Colombie. Ils le deviendront encore plus si l’accord de paix est accepté par lapopulationComme l’explique la correspondante du « Monde », Marie Delcas, il prévoit la création d’un système intégral de « vérité, justice et réparation » :

« Il comprend une commission de la vérité et un tribunal spécial pour la paix, qui sera chargé de juger les auteurs de crimes commis en raison du conflit, qu’ils soient guérilleros, militaires ou civils. Les coupables qui acceptent de dire la vérité et de “réparer” leurs victimes bénéficieront de peines “restrictives de liberté” – autres que la prison – de huit ans au maximum. »

« La paix commence par la vérité »

Les dirigeants des FARC ont profité de la dernière ligne droite pour multiplier les excuses publiques pour certaines des pires exactions commises par leurs troupes : leur commandant, Timoleón Jiménez, s’est excusé publiquement auprès de toutes les victimes de la guerre après avoir serré la main du président Juan Manuel Campos à Cuba.

Iván Márquez, un des négociateurs de la guérilla, l’a fait pour le massacre de Bojaya, où une centaine de personnes sont mortes dans l’explosion d’une bombe artisanale dans une église en 2002. Il devrait également le faire, le 30 août, pour le massacre de la Chinita, du nom d’un quartier de la ville d’Apartado, où 35 personnes ont été abattues le 23 janvier 1994, sans que leurs proches aient jamais su pourquoi. Diana Hurtado, qui avait 6 ans à l’époque, a organisé, avec d’autres femmes, plusieurs réunions qui ont abouti à ces excuses publiques et cathartiques. Elle dit à El Espectador que :

« Pour nous c’est très important, pour guérir, pour nous purifier, pour pouvoir dire totalement oui à la paix. La paix commence par la vérité. »

La campagne sera suspendue le 1er octobre, et aucun sondage ne sera plus communiqué avant l’annonce des résultats définitifs, le lendemain. Comme le dit très, très précisément El Tiempo, 34 899 945 hommes et femmes iront voter en Colombie et à l’étranger. Dans des dizaines de grandes villes mondiales, dont Paris, la communauté expatriée se mobilise depuis plusieurs semaines en faveur du oui.


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