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Médicaments: quand le patient souffre des excès du marketing

Publié par MaRichesse.Com sur 11 Octobre 2016, 11:54am

Catégories : #MEDICAMENT, #SANTE-BIEN-ETRE

Médicaments: quand le patient souffre des excès du marketing
Arômes alléchants, marques déclinées à l'infini… Les autorités proposent des recommandations pour sécuriser ce produit pas comme les autres.

 

Un médicament baptisé du nom d'un personnage Pokemon, un autre proposant un «goût mojito»… Pour vendre leurs produits, les équipes marketing ne manquent pas d'inventivité et surfent sur toutes les modes. Mais vous ne trouverez pas dans votre pharmacie l'antalgique Pokemon ou le sirop contre la toux parfum mojito: ces deux projets ont été refusés par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Mais ces deux exemples illustrent les tentatives des industriels du médicament pour franchir la délicate frontière entre pharmacie et… confiserie.

Parfois, des produits passent entre les mailles du filet. Il y a quelques mois, une campagne de publicité dans le métro parisien vantait ainsi les bienfaits de l'Efferalgan cappuccino ou de sa version pour enfant vanille-fraise, tous deux à avaler sans eau. Or loin d'être un biscuit pour le goûter, une savoureuse glace ou une boisson caféinée, l'Efferalgan est un médicament à base de paracétamol. Si cette molécule présente peu d'effets indésirables à dose normale, en cas de surdosage elle se révèle toxique pour le foie. «Avec ces arômes, on assimile le médicament à une denrée alimentaire. Chez les enfants, le risque d'intoxication est réel, avec des médicaments pris comme des bonbons!», rappelle Brigitte Eckert, présidente de la section représentant les pharmaciens d'outre-mer à l'Ordre des pharmaciens. 

 

Encadrement plus strict de la mention de l'arôme

«Il n'est pas question d'interdire les arômes qui sont utiles pour masquer le goût désagréable de certains médicaments et faciliter l'observance. Mais il n'est pas admissible de voir l'arôme inscrit en plus gros que le nom du médicament sur la boîte, associé de surcroît au dessin d'un fruit bien aimé des enfants. L'arôme ne doit pas prendre le pas sur le nom», martèle Carole Le Saulnier, directrice des affaires juridiques et réglementaires de l'ANSM. Cette campagne Efferalgan a néanmoins provoqué une levée de boucliers des pharmaciens d'officine et des associations de consommateurs comme l'UFC-Que choisir. Depuis, la députée socialiste Michèle Delaunay est partie en croisade contre ce qu'elle appelle les médicaments «fraise Tagada».

Pour mettre un terme à ces dérives, l'ANSM a élaboré un projet de recommandations sur les noms de médicaments qu'elle vient de soumettre à consultation publique. Un encadrement plus strict de la mention de l'arôme dans le nom y est notamment proposé.

Pour les laboratoires pharmaceutiques, qui disent vivre dans un environnement déjà très réglementé, ces dernières apparaissent bien restrictives. «Ce que font les labos est validé par l'ANSM. Efferalgan cappuccino a été validé par l'agence», rappelle Daphné Lecomte-Sommago, déléguée générale de l'Association française des industries pharmaceutiques pour l'automédication responsable. Mais voilà, peu rompu aux méthodes marketing largement empruntées aux circuits de la grande consommation, le monde feutré de la pharmacie, bousculé depuis deux ou trois ans, réagit aujourd'hui avec vigueur. 

 

Les marques ombrelles montrées du doigt

Les recommandations de l'ANSM s'attaquent aussi à un autre phénomène grandissant dans l'univers du médicament: les marques ombrelles. Prenez un médicament au nom très connu. Au choix: Humex, Drill, Vicks, Apaysil, Fervex, Biafine, Toplexil… Et déclinez-le sur toute une gamme de produits avec des principes actifs et indications thérapeutiques différents. Sur les boîtes, qui se ressemblent, le nom de la marque est mis en avant au détriment des substances actives. Sous un même nom et un emballage très semblable, vous pouvez trouver un sirop pour toux sèche et un autre pour toux grasse, avec des principes actifs différents. Des médicaments contre les allergies ou le rhume se déclinent en pommades contre les démangeaisons ou les mycoses… «La majorité des patients retiennent le nom de la marque et ne savent plus à quoi sert le médicament», souligne Gilles Bonnefond, président de l'UPSO, syndicat de pharmaciens.

Et les choses se compliquent encore lorsque les industriels utilisent le même nom pour des produits ayant des statuts différents. «Nous nous apercevons qu'aujourd'hui, les industriels utilisent un nom très connu de médicament pour l'utiliser pour des dispositifs médicaux, des cosmétiques, voire des compléments alimentaires. Or dans tous les cas, les patients pensent avoir à faire à un médicament», explique Carole Le Saulnier. Ces différences de statut permettent notamment aux firmes pharmaceutiques de s'affranchir de la réglementation, très stricte, en matière de publicité sur les médicaments. Aujourd'hui, l'ANSM tente de canaliser le phénomène. Mais pour Bruno Toussaint, directeur de la rédaction du mensuel Prescrire, magazine indépendant de l'industrie pharmaceutique, il faut aller plus loin. «Les marques ombrelles sont contraires à l'intérêt des patients. Il faut donc les supprimer.» 

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