Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Littérature. Est-il bien nécessaire de révéler l’identité d’Elena Ferrante ?

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Octobre 2016, 15:02pm

Catégories : #PEOPLE, #ITALIE

Littérature. Est-il bien nécessaire de révéler l’identité d’Elena Ferrante ?

Coup de théâtre : ce dimanche, le journal italien Il Sole-24 Orea publié une enquête fouillée et affirme pouvoir dévoiler qui se cache derrière la mystérieuse écrivaine. Indignation sur les réseaux sociaux des écrivains et lecteurs : à quoi bon déployer tant d’efforts pour déflorer un mystère aussi bénin ?  

 
 “Mais qui voulez-vous que cela intéresse, la véritable identité d’Elena Ferrante ?”Recueillie par l’agence Adnkronos, cette réaction à brûle-pourpoint de l’écrivain napolitain Erri De Luca est à l’image de nombreuses autres sur la Toile, formulées par des écrivains et des lecteurs, italiens comme étrangers. Elles font suite à la publication, dimanche 2 octobre, d’une longue enquête du journaliste Claudio Gatti dans Il Sole-24 Ore (publiée en même temps dans The New York Review of Books, la Frankfurter Allgemeine Zeitung et Mediapart), dans laquelle il affirme révéler qui est réellement l’écrivaine Elena Ferrante.

Très populaire en Italie et à l’étranger, l’auteure de (notamment)L’Amie prodigieuse (Gallimard 2016 pour la version française) a toujours veillé à dissimuler son identité, alimentant ainsi depuis vingt ans les théories les plus diverses, notamment dans la presse italienne.

D’après Claudio Gatti, qui a enquêté pendant des mois et épluché de nombreux documents financiers et immobiliers, l’auteure n’est autre qu’Anita Raja, traductrice pour E/O, maison d’édition de Ferrante. D’après lui, les revenus mirobolants d’Anita Raja ces dernières années, et les biens immobiliers qu’elle a pu acquérir, peuvent être directement mis en relation avec le succès de ses ouvrages. Il trouve également un lien entre des personnages de Ferrante et des proches de Raja, ainsi qu’une similitude de thèmes entre les romans de l’écrivaine napolitaine et ceux de l’Allemande Christa Wolf, traduits par Anita Raja.  

 

Violence morale

Eclatant, ce scoop est pourtant loin d’être du goût de tous. A commencer par l’éditeur de Ferrante, Sandro Ferri, qui, dans La Repubblica, s’indigne :  

 
Je trouve dégoûtant le journalisme qui consiste à enquêter sur la vie privée [des gens] et traite des écrivaines comme des mafieuses.”

Le journal relève que Ferri ne dément pas qu’Anita Raja soit en effet celle qui se cache derrière le célèbre pseudonyme – une piste déjà plusieurs fois évoquée – et il ne s’offusque pas que ce mystère attise les curiosités. “S’il est furieux, écrit La Repubblica, c’est parce que, cette fois, l’hypothèse ne repose pas sur des bases littéraires [les indices relevés dans les romans], mais sur des rémunérations et des informations cadastrales”.

Même colère pour l’écrivaine italienne Michela Murgia, qui a tweeté :

  La triste attitude qui consiste à aller fouiller dans les transactions financières des gens pour démontrer qui est Elena Ferrante, vous appelez encore ça du journalisme ?”

 

La tristezza di andare a frugare nei movimenti economici delle persone per dimostrare chi è Elena Ferrante la chiamate ancora giornalismo?

 
 

 

Outre les éditeurs et les écrivains, ce sont aussi les lecteurs qui se sont massivement émus sur les réseaux sociaux de cette révélation régulièrement désignée comme inopportune, comme le relève The Guardian“Elena Ferrante a peut-être de très bonnes raisons d’écrire sous pseudonyme, abonde l’auteur britannique Jojo Moyes sur Twitter. Il n’est pas ‘de notre droit’ de savoir qui elle est.”  

 

La liberté de l’anonymat

Le plus virulent est sans doute le collectif littéraire Wu Ming – qui protège scrupuleusement l’identité de ses membres – et qui, dans une longue salve de tweets, fustige “la violence morale exercée contre celle qui voulait simplement écrire des livres et ne nuisait à personne”. Il y voit la rencontre entre “une culture réactionnaire et inquisitrice […] qui abhorre l’anonymat” et “le marché du ragot”.

“L’anonymat est un choix de liberté”, écrit enfin Loredana Lipperini, journaliste et écrivaine, sur son blog“Le désir de ne pas être jugée, si ce n’est sur ce que l’on écrit. Pas pour sa visibilité, son âge, son corps, sa posture, ses liens familiaux. Les lecteurs d’Elena Ferrante le savent. En matière de journalisme, ce que vient de faire Gatti est l’un des pires buts contre son camp auxquels j’aie jamais assisté.”

De son côté, l’auteur de l’enquête a justifié sa démarche. Il souligne le passage d’un des ouvrages d’Elena Ferrante, dans lequel elle indique “ne pas détester les mensonges”, qu’elle trouve “salutaires” quand il s’agit de “masquer [sa] personne”.Avec ces quelques mots, estime Gatti, “elle a compromis le droit qu’elle a toujours soutenu avoir […] de disparaître derrière ses textes et de les laisser vivre et se diffuser sans auteur. Mieux : on peut dire qu’elle a lancé une sorte de défi aux critiques et aux journalistes.” 

Source

Commenter cet article

Archives