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Conseils, science, sante et bien-être


Les troubles de déficit de l'attention touchent aussi les adultes

Publié par MaRichesse.Com sur 16 Octobre 2016, 14:27pm

Catégories : #CERVEAU, #SANTE-BIEN-ETRE, #MALADIE, #INFOGRAPHIE

Les troubles de déficit de l'attention touchent aussi les adultes
Entre 3 à 4% des adultes seraient atteints de ces troubles plus connus pour toucher les enfants.

 

Ils sont trois fois plus nombreux que les schizophrènes, et pourtant, les articles grand public qui leur sont consacrés sont rares, comme si le sort des adultes souffrant de troubles de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) n'intéressait personne: ni les pouvoirs publics, qui n'ont jamais lancé de «plan TDAH», ni les professionnels de la santé, qui n'en entendent même pas parler pendant leurs études. Trois des symptômes principaux du TDAH sont l'inattention, l'hyperactivité et l'impulsivité, chacun étant «dosé» différemment selon les personnes. Mais provoquant en fin de compte une vie chaotique d'adultes en perdition.

Importance du diagnostic précoce

Cela se fait déjà depuis longtemps dans d'autres pays comme la Grande-Bretagne, la Hollande, la Norvège, les États-Unis, etc., alors pourquoi un tel retard en France? «La conséquence, c'est une énorme perte de chance pour ces adultes au parcours souvent très chaotique et leur famille», dénoncent d'une seule voix les Drs Régis Lopez et Hervé Caci, respectivement psychiatres au CHU Gui-de-Chauliac de Montpellier et au CHU Lenval de Nice (et coauteur de Le TDAH de l'enfant à l'adulte, Éd. Dunod, à paraître en novembre 2016). «C'est d'autant plus dommage qu'avec une prise en charge adéquate, ces adultes pourraient mener une vie normale.» Grâce à leur pugnacité et à celle de confrères, une ébauche de réseau voit le jour dans le sud de la France, avec la mise en place de centres de référence, à Bordeaux, bientôt à Montpellier et à Nice. Christine Gétin, présidente de l'association TDAH-France, remarque «que l'association reçoit plusieurs appels par semaine d'adultes qui ne savent plus vers quel médecin se tourner. Nous avons même des médecins qui nous appellent pour savoir à qui adresser leurs patients!»

Conséquence dramatique: parmi les 5% d'enfants qui souffrent d'un TDAH, une petite partie va bénéficier d'un diagnostic précoce, d'une prise en charge optimale et donc d'une vie adulte normale. Pour les autres, le retentissement est très variable: «Certains sont longtemps traités sans succès pour troubles bipolaires, d'autres pour dépression, ou pour des addictions avec ou sans substances. Certains se retrouveront même en prison du fait de leur impulsivité. Or une étude britannique a montré que lorsque ces adultes étaient traités, ils ne récidivaient pas et leur réinsertion était bien plus facile que ceux mis sous placebo», souligne le Dr Caci.

Une trajectoire de vie plus défavorable que les autres

Laisser environ 1% d'adultes - ceux dont le TDAH est le plus invalidant - en situation d'échec est d'autant plus inacceptable que les reconnaître ne devrait pas être un souci. «Le diagnostic du TDAH repose sur des critères précis validés à l'issue de milliers de publications. Il n'y a donc aucune raison - hormis la méconnaissance ou les préjugés - pour que ce diagnostic soit posé avec autant de retard», insiste le Dr Caci. Un avis partagé par le Dr Lopez: «Selon les critères internationaux du DSM, il faut la présence d'au moins cinq symptômes de TDAH parmi neuf symptômes relatifs à l'inattention et neuf autres relatifs à l'impulsivité. Il faut aussi qu'ils aient été présents avant l'âge de 12 ans et qu'ils aient un impact dans plusieurs domaines de la vie. Enfin, ces symptômes ne doivent pas être expliqués par une autre maladie (trauma crânien, maladie génétique, etc.).»

Au final, ces personnes se retrouvent avec une trajectoire de vie plus défavorable que les autres et leur risque de mortalité est multiplié par cinq (accident de la route, suicide, etc.). C'est inacceptable au vu des prises en charge qui ont déjà fait leurs preuves! La psychoéducation les aide à comprendre comment ils fonctionnent pour mieux s'adapter.

Beaucoup d'obstacles

Il existe également des programmes de coaching attentionnel au cours desquels ils apprennent à mettre en place des systèmes de rappel (sur leur téléphone, leur agenda, etc.). «Ce coaching est important, car ils sont souvent très désorganisés», insiste le Dr Caci. «Savoir prioriser leurs tâches, organiser leur temps, apprendre à ne pas tout remettre au lendemain, faire des fiches visuelles, etc., les aident à compenser les failles de leur cerveau», note le Dr Lopez.

Ce coaching se fait souvent en complément des thérapies cognitives et comportementales pour les aider à reprendre confiance en eux. «Des traitements médicamenteux peuvent aussi être prescrits: le méthylphénidate est le seul disponible en France, mais il en existe à l'étranger avec d'autres mécanismes d'action.»

Il serait donc grand temps que la France s'en inspire. Or à ce jour, il reste beaucoup d'obstacles. Exemple: en théorie, seuls les enfants ayant commencé le traitement avant 18 ans peuvent se le voir encore prescrire à l'âge adulte. Mais si le diagnostic a été posé après 18 ans, la prescription se fait hors AMM. «On arrive à ce paradoxe où l'on diagnostique une maladie à des personnes à qui il faut expliquer qu'elles vont devoir payer pour se faire soigner. C'est une double peine et personne ne l'accepterait pour une autre maladie», s'insurge Christine Gétin.


Une question de génétique et non d'éducation!

Comme souvent avec les maladies psychiatriques, les parents ont longtemps été culpabilisés. Avoir un enfant avec TDAH a trop souvent été associé à une éducation laxiste alors que l'on sait aujourd'hui que le déterminisme génétique explique l'héritabilité du trouble à 70 %! «D'ailleurs, lorsque le TDAH est diagnostiqué chez un enfant, l'un de ses parents au moins a le même trouble depuis l'enfance dans 40 % des cas, précise le Dr Hervé Caci, pédopsychiatre au CHU Lenval de Nice. Ce qui accroît encore le risque que la famille soit stigmatisée». La part liée aux facteurs environnementaux est finalement assez faible: sont notamment accusés les colorants alimentaires, l'exposition au plomb et le tabagisme maternel. Il est donc plus que temps d'arrêter de culpabiliser les familles et la façon dont elles ont éduqué leurs enfants.

«Les gènes impliqués semblent être ceux qui jouent un rôle dans le métabolisme de la dopamine et d'ailleurs, à l'imagerie cérébrale, le système d'activation de la dopamine est différent chez les personnes souffrant de TDAH que chez les autres. Une mauvaise régulation de la dopamine pourrait être en cause, de sorte qu'il y en aurait trop par moments et pas assez à d'autres. La dopamine est le médiateur du circuit de la récompense et de la motivation: si ce circuit s'emballe très vite - ce qui serait le cas dans le TDAH -, cela se traduit par l'envie de démarrer mille projets à la fois, mais qui s'essoufflent très vite, faute de motivation. Pour maintenir un niveau suffisant de dopamine, la personne souffrant de TDAH s'autostimule: cela se traduit par une hyperactivité, une grande impulsivité et une incapacité à attendre. La dopamine sert à se concentrer, à être attentif. C'est d'ailleurs pourquoi le traitement est un régulateur de la dopamine (un inhibiteur de sa recapture)», explique le Dr Régis Lopez, psychiatre au CHU Gui de Chauliac de Montpellier.

D'où viennent les troubles de l'attention?
D'où viennent les troubles de l'attention? 

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