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Les coiffes amérindiennes dans les défilés font-elles du tort à une culture menacée ?

Publié par MaRichesse.Com sur 1 Octobre 2016, 08:12am

Catégories : #FAITSDIVERS

 Les coiffes amérindiennes dans les défilés font-elles du tort à une culture menacée ?
 

Depuis plusieurs années, le débat sur « l’appropriation culturelle » ressurgit régulièrement. Dans l’industrie de la mode, la musique, le cinéma, la cuisine et les arts, l’usage d’un objet ou d’un motif venu d’ailleurs, d’un ornement, d’une mélodie, d’un instrument, d’un ingrédient, est dénoncé par certains comme un emprunt abusif à une culture dominée par la culture dominante (soit la cultureoccidentale).

Le rapport de force entre les deux cultures distingue l’appropriation culturelle de l’assimilation ou du métissage. La minorité n’a pas le choix d’accepter ou non l’appropriation par la majorité, il ne s’agit donc pas d’un échange d’égal à égal. On parle de « métissage » lorsque des éléments d’une culture donnée sont adoptés par une autre sans contexte de violence ou encore d’« assimilation » lorsqu’un membre d’une minorité adopte les codes culturels de la communauté dominante.

L’appropriation culturelle, elle, perpétue une forme d’oppression qui trouve ses origines dans la conquête ou la colonisation. Le terme est d’ailleurs apparu aux Etats-Unis dans les années 1980, avec l’essor des études post-coloniales, un champ de la recherche universitaire au croisement de la sociologie, de l’anthropologie et de l’histoire. L’un des cas d’appropriation culturelle les plus régulièrement soulevés est celui des éléments de la culture amérindienne, cette population ayant été victime de l’oppression puis de l’extermination par les colons d’origine européenne aux Etats-Unis.

Au cours du processus d’appropriation culturelle, le sens de l’élément emprunté se perd. A un deuxième niveau, l’appropriation peut donc être perçue comme irrespectueuse ou insultante par les membres de la communauté d’origine. L’élément est réduit à sa valeur esthétique et folklorique, dans le seul but de signifier l’exotisme. Et potentiellement de rapporter de l’argent, car c’est aussi la reconduction de « l’exploitation » de l’un par l’autre – l’un s’enrichissant aux dépends de l’autre – qui pose problème.

Des coiffes amérindiennes aux tatouages polynésiens

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Des mannequins portent la dernière collection Marc Jacobs, présentée à la Fashion Week de New York en septembre 2016. Leur coiffure, des dreadlocks, ont valu au créateur d’être accusé d’« appropriation culturelle ».
Des mannequins portent la dernière collection Marc Jacobs, présentée à la Fashion Week de New York en septembre 2016. Leur coiffure, des dreadlocks, ont valu au créateur d’être accusé d’« appropriation culturelle ». MARC JACOBS

Les cas les plus emblématiques se trouvent dans l’industrie de la mode, qui emprunte des codes esthétiques, des motifs et des savoir-faire aux cultures traditionnelles. Un objet récurrent de discorde est la « coiffe » amérindienne. Cet élément de costume traditionnel n’est évidemment pas qu’un atour, il a un sens spirituel et social, souvent réservé aux anciens ou aux chefs de tribu. En 2012, un scandale a éclaté après un défilé de la maison de lingerie Victoria’s Secret, où l’une des mannequins portait une coiffe. Le chanteur Pharell Williams a également dû faire des excuses publiques après avoir porté une coiffe amérindienne en couverture du magazine Elle.

Mais d’autres polémiques plus récentes ont de nouveau agité ceux qui militent contre l’appropriation culturelle, de la collection Valentino à l’automne 2015 jusqu’à l’affaire des dreadlocks dans le défilé de la dernière collection Marc Jacobs à la Fashion Week de New York.

Le nouveau film d’animation de Walt Disney, qui sortira en novembre au cinéma, a lui aussi provoqué un débat, dans une tout autre région du monde. L’histoire de Vaiana, la légende du bout du monde, est située dans les îles polynésiennes et leur emprunte notamment la légende du demi-dieu Maui. A la mi-septembre, un costume du demi-dieu vendu dans les boutiques Disney a fait scandale. Le costume n’est plus en vente sur le site mais des captures d’écran diffusées par des médias anglo-saxons permettent de comprendre assez vite le problème : pour « ressembler » à Maui, qui n’est vêtu que d’un pagne et d’un collier, le costume est un simple tissu imprimé de nombreux tatouages.

Une aberration pour les Polynésiens, comme l’explique Arieta Tegeilolo Talanoa Tora Rika, journaliste originaire des îles Fidji et Tonga et fondatrice du site d’information Talanoa.com. Dans une interview à la BBC, la journaliste explique que les tatouages « racontent une histoire personnelle » et sont censés rappeler à ceux qui les portent leurs « valeurs » et leur identité. « Porter les marques d’un peuple ou d’un lieu auquel vousn’êtes pas relié physiquement ou spirituellement est considéré comme très irrespectueux. »

Dénoncer tout et son contraire

Les détracteurs de ce concept pourraient arguer du fait que les cultures modernes sont le fruit de métissages, et que l’on en vient à taxer d’« appropriation culturelle » à peu près tout et son contraire. Un exemple célèbre de « débordement » est l’affaire des cours de yoga dispensés aux étudiants en situation de handicap à l’université d’Ottawa, survenue à l’automne 2015. L’université a été obligée de supprimer un cours qui existait depuis de nombreuses années à la suite d’accusations d’appropriation culturelle.

Au-delà de la volonté légitime de protéger une culture menacée, ces attaques pourraient donc virer à la censure. Dans une tribune publiée par le Washington Post à l’été 2015, la journaliste russo-américaine Cathy Young accuse les « flics de la culture » d’ignorer l’histoire, de museler l’expression artistique et d’être un frein à la diversité.

« A une époque, ces critiques étaient destinées à des représentations vraiment injurieuses : les acteurs de cabaret grimés pour ressembler à des Africains, les caricatures, les expositions ethnologiques », déplore l’auteur, qui invite à faire la différence entre dénoncer des injustices réelles et traquer la moindre référence. Elle rappelle que le « métissage » se fait souvent au prix d’un rapport de force et d’une certaine violence : la colonisation, la guerre, la conquête territoriale sont les contextes historiques dans lesquels les cultures se sont mélangées.

Derrière la dénonciation de « l’appropriation culturelle », Cathy Young voit le spectre d’idées réactionnaires sur une supposée pureté raciale ou culturelle. « Quand on attaque les gens qui s’aventurent hors de leurs propres expériences culturelles, on entrave notre capacité à développer une tolérance et une compréhension de l’autre. »


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