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Le vrai pouvoir du Vatican

Publié par MaRichesse.Com sur 25 Octobre 2016, 08:00am

Catégories : #VATICAN, #PEOPLE, #TV

Le vrai pouvoir du Vatican

Aucune autre forme de régime politique ou de gouvernement, passée ou présente, n’est comparable à celle qui a pour centre la ville de Rome et le «Vatican», ce nom quasi-mythique qui impressionne à l’extérieur presque plus qu’à l’intérieur du monde catholique. Pour les centaines de milliers de pèlerins qui défilent chaque année à Rome, le Vatican est la résidence du pape, le centre du gouvernement de leur Église. Il est surtout le lieu qui rappelle les origines de leur foi, la sépulture du premier apôtre de Jésus, Saint-Pierre, dont le pape se veut le successeur.

Pour ces pèlerins, comme pour le monde extérieur à la religion catholique, le Vatican est aussi un ensemble d’édifices monumentaux, de symboles miraculeusement préservés d’une histoire deux fois millénaire –extraordinaire et chaotique– de l’Église, un patrimoine d’une richesse insensée de trésors architecturaux et picturaux signés par les plus grands artistes de la Renaissance: Michel-Ange, Raphaël, Bramante ou le Bernin.

Pour tous, le Vatican est surtout un lieu de pouvoir et d’intrigues. Aucun autre nom que celui de Saint-Siège, gouvernement de l’Église, ou celui de Curie romaine n’est autant synonyme de puissance spirituelle et politique, mais aussi de cabales, de révolutions de palais, voire de crimes.. contre l’esprit (et pas seulement !). Cour du pape, à la fois chef d’Église et chef d’Etat, le Vatican et la Curie traînent une légende noire. Héritage de l’histoire, ils sont accusés, à tort ou à raison, de tous les maux: centralisme, bureaucratie, conservatisme, toute-puissance, arrogance.

Une monarchie élective et ses contre-pouvoirs

Comme toutes les légendes, celle-ci est à la fois vraie et farfelue. Démêlons donc le vrai du faux. L’Église catholique, au moins à l’époque moderne, n’est pas une théocratie autoritaire, ignorante de la liberté et des droits de ses «sujets». Ni même une monarchie, héréditaire ou constitutionnelle, riche de ses contre-pouvoirs. Ni une démocratie, au sens actuel du terme, au sein de laquelle tous les «citoyens» seraient parfaitement égaux et représentés en droit. Elle est une sorte de monarchie élective dans laquelle le pape souverain ne tire sa légitimité que de lui-même, n’est responsable devant aucune instance sur terre et n’a de comptes à rendre qu’à… Dieu.

 

 

 

Le pape est librement élu par un collège (le «Sacré Collège») dont la composition est limitée aux seuls cardinaux âgés de moins de 80 ans (un maximum de 120 électeurs). Ce n’est pas faire injure à ces «princes de l’Église» –archevêques à la tête de grands diocèses locaux ou ministres à la Curie romaine– de dire que la principale fonction d’un cardinal (mot qui vient du latin cardo, pilier), historiquement conseiller du pape, est d’élire le chef suprême de l’Église catholique.

 

Et l’élection du souverain pontife n’est pas une mince affaire. Parce qu’elle est rare: six conclaves seulement pendant tout le XIXe siècle (dont le fameux Pie IX qui a régné… trente-deux ans, record absolu). Et au XXe et début du XXIe, neuf conclaves et neuf papes. Cette élection d’un pape, rare privilège, obéit à des règles et des rites que n’ont pas épuisé les siècles: enfermement des cardinaux dans la magnifique, mais incommode Chapelle Sixtine (jusqu’à l’élection des papes Benoît XVI et François qui a eu lieu à la résidence Sainte-Marthe); secret absolu des délibérations et des scrutins; fumée noire ou fumée blanche lorsque le vote a rendu son verdict; annonce urbi et orbi (à la Ville et au monde) de l’élection, le fameux Habemus papam.

Le système est plus souple et plus équilibré, à l’époque moderne, qu’on ne le croit et le dit souvent

Une fois élu, personne n’a le pouvoir de renverser le pape. Mais celui-ci peut renoncer librement à sa charge. On se souvient comment, à la surprise éclatante du monde entier, le dernier pape en exercice, Benoît XVI, ex-cardinal allemand Joseph Ratzinger, avait démissionné, le 11 février 2013, de sa charge pontificale, en invoquant son âge (86 ans) et sa fatigue physique. Un geste historique. Il fallait remonter au… XIIIe siècle, au pape Célestin V, élu et démissionnaire en 1294, pour retrouver une telle trace d’un pape consentant librement au renoncement à ses fonction.

Querelles de clans et scandales à la Curie

Monarchie élective, disions-nous, mais il ne faut pas pour autant conclure que les quelque 2.500 collaborateurs directs du pape, au sein du Vatican, et les 4.500 évêques qu’il nomme à travers les cinq continents sont de simples vassaux et que 1,3 milliard de fidèles de l’Église catholique sont des sujets soumis et réduits au silence. Le système est plus souple et plus équilibré, à l’époque moderne, qu’on ne le croit et le dit souvent.

Resté célèbre sous le nom de Vatican II, le dernier et seul «concile» –assemblée de tous les cardinaux et évêques autour du pape– ayant eu lieu au XXe siècle (1962-1965) a cherché à adapter le fonctionnement de l’Église au monde moderne. Il a introduit plus de concertation et de «collégialité» dans le gouvernement catholique en redéfinissant les pouvoirs du pape, de la Curie, l’organe central, et des Églises locales et nationales. Par exemple, les conférences»d’évêques de chaque pays sont régulièrement reçues au Vatican. Et tous les trois ans au moins, se tiennent des synodes réunissant à Rome des centaines d’évêques et experts sur un sujet déterminé. Le dernier synode a eu lieu, en 2014 et 2015, pour redéfinir la postion catholique sur le couple et la famille.

Le pape gouverne à travers ses ministres, ses diplomates, ses préfets. Le premier de ses ministres est le secrétaire d’État, qui coordonne toutes les actions de la Curie. Celle-ci s’exprime surtout dans les dicastères, c’est-à-dire les ministères du Saint-Siège: la congrégation chargée de la doctrine de la foi, qu’on appelait autrefois le Saint-Office de sinistre mémoire (poursuite et condamnation des hérétiques), et les autres qui sont en charge des nominations d’évêques, du clergé, des «causes» des saints, de la liturgie, de l’éducation catholique, de l’évangélisation, de la culture, de la communication, etc.

Les cardinaux ou évêques, hauts fonctionnaires en charge de ces administrations, préparent les décisions du pape, élaborent ses grands documents comme les «encycliques» organisent ses audiences et ses voyages. Comme dans toutes les super-administrations, il y règne des querelles de clans. Sous Jean-Paul II, pape de 1978 à sa mort en 2005, le «clan polonais» a souvent été décrié. Malgré tout, le système bureaucratique romain avance avec ce mélange de fermeté et de douceur, de constance et d’entêtement qui fait le charme discret de la«gouvernance» pontificale.

Vol et dissimulation de documents secrets; conflits entre administrations mal coordonnées par le cardinal-secrétaire d’État; institutions financières incompétentes, mal gérées, voire complices d’entreprises mafieuses; infiltration de lobbys souterrains

À la Curie, des scandales ont émaillé le pontificat de Benoît XVI, l’ex-cardinal Joseph Ratzinger, ce théologien très érudit, peu disposé aux tâches de gouvernement: vol et dissimulation de documents secrets; conflits entre administrations mal coordonnées par le cardinal-secrétaire d’État; institutions financières incompétentes (comme la «banque du vatican»), mal gérées, voire complices d’entreprises mafieuses; infiltration de lobbys souterrains (y compris un «lobby gay»!).  Le résistance aux réformes au «sommet» de l’Église a largement entamé la crédibilité de Benoît XVI et a compté dans sa décision de renoncer à sa charge. Et le pape François, qui lui a succédé en mars 2013, s’est fait élire en partie sur sa volonté de transformer les structures et les mœurs à la Curie romaine. 

 

Des ambassadeurs dans 180 pays

Le Vatican compte également sur une armée de diplomates chargés de définir l’action extérieure de l’Église. Au début du siècle dernier, le Saint-Siège n’entretenait de relations diplomatiques qu’avec les grandes puissances catholiques de l’époque, l’Autriche-Hongrie, l’Espagne, le Portugal ou la France. Aujourd’hui, elle compte des nonces (ses ambassadeurs) dans 180 pays environ et reçoit les lettres de créance de leurs délégués. Seuls trois pays boudent encore aujourd’hui le Vatican: la Chine depuis l’installation d’un régime communiste, l’Arabie saoudite et le Vietnam.

Si le Vatican reste le plus petit État du monde, sans puissance militaire («Le Vatican, combien de divisions?», demandait Staline), il est devenu sur la scène internationale une référence, fruit du prestige retrouvé de la papauté, d’une internationalisation croissante de l’action de son gouvernement, d’une présence accrue de l’Église dans les pays libérés du joug communiste et ceux de l’hémisphère sud. La plupart de ses ambassadeurs sont issus de la célébre Académie ecclésiastique de Rome –l’école des nonces– dont plusieurs «anciens» sont devenus de grands papes au vingtième siècle comme Léon XIII, Benoit XV, Pie XII et Paul VI.

 

La ligne diplomatique du Vatican est de défendre les croyants, de faire prévaloir le droit international, appliquer les résolutions de l’ONU, surtout au Proche-Orient (compte tenu du poids des chrétiens d’Orient dans cette région berceau des trois monothéismes), enfin de rétablir la paix partout dans le monde. On se souvient en particulier du combat d’un Jean-Paul II vieillissant et malade en lutte contre la guerre en Irak avant l’invasion américano-britannique. 

 

Un vrai pouvoir moral et spirituel

S’agissant enfin des préfets du pape –les évêques, responsables des Églises nationales et locales–, ils sont tous nommés par lui, choisis pour leur orthodoxie doctrinale et leur capacité à administrer un diocèse, de communiquer leur foi, de former et nommer leurs prêtres. Le prêtre et l’évêque sont les échelons les plus proches des fidèles de foi catholique. Le dernier concile a voulu leur donner plus de poids et d’autonomie. Et, en effet, les évêques de chque pays ou continent sont soutenus, encouragés, reçus au Vatican par le pape et ses ministères.

Mais la critique de la centralisation romaine, de la sclérose et de l’autoritarisme de la Curie, liée au blocage de questions disciplinaires (ordination ou pas d’hommes mariés, contrôle des théologiens, ministères des femmes), n’a jamais vraiment désarmé. Issu d’un épiscopat latino-américain créatif et audacieux, le pape argentin François s’essaie depuis trois ans à réformer les structures de commandement de l’Église. Il se heurte à beaucoup de réflexes conservateurs.

On pourrait conclure que le Vatican n’est pas une administration comme la Maison-Blanche, le 10 Downing Street, l’Élysée ou le Kremlin. D’abord, pour des raisons de taille et d’influence politique qui rendent déraisonnable toute comparaison. Paradoxalement, il continue d’exercer une grande fascination dans le monde, malgré les constats réguliers de déclin de l’influence politique et morale de l’Église. Cela tient à sa dimension internationale, à la communication mondialisée et à la réputation de ses papes: Jean-Paul II et la chute du communisme; le jésuite François plutôt progressiste, devenue une vraie star planétaire.

Mais cette fascination tient surtout à l’appareil hiérarchisé qui commande, depuis Rome, l’Église catholique et surtout –on n’aurait garde de l’oublie– à la puissance spirituelle qu’elle représente, à sa capacité d’entraînement de plus d’un milliard d’hommes, à son expérience historique, à son aptitude enfin à intervenir dans les grands débats contemporains, de société et d’éthique, et dans les conflits qui déchirent la planète.

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