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Le Nobel de littérature ou le déni du génie de l’Afrique

Publié par MaRichesse.Com sur 27 Octobre 2016, 08:28am

Catégories : #AFRIQUE, #SCIENCE

Le chercheur Abdelkader Kherfouche fait le bilan de cent seize années d’attribution du prestigieux prix. Un résultat sans appel : le continent a trop souvent été oublié.
 
 Le Nobel de littérature ou le déni du génie de l’Afrique
Cette année encore, l’écrivain kényan Ngugi wa Thiongʼo était pressenti pour remporter le prix Nobel de littérature. Et, cette année encore, il ne l’a pas obtenu. Ce romancier et essayiste qui s’exprime en anglais et en gikuyu aurait été le cinquième Africain à obtenir la prestigieuse distinction. Le cinquième seulement.
 
 
Le premier Africain nobélisé fut le Nigérian Wole Soyinka, en 1986, suivi deux ans plus tard par l’Egyptien Naguib Mahfouz. En 1991, l’Anglo-Sud-Africaine Nadine Gordimer obtient le prix. En 2003, c’est le tour d’un autre Sud-Africain, l’Afrikaner John Maxwell Coetzee. Quatre écrivains, trois d’expression anglaise et un d’expression arabe, nobélisés pour tout un continent. A titre comparatif, la France a vu quinze de ses écrivains couronnés ; les Etats-Unis, douze ; le Royaume-Uni, dix ; l’Allemagne et la Suède, huit ; l’Espagne et l’Italie, six ; et l’Irlande, quatre.
Tant de lumières africaines
 
Le prix Nobel de littérature récompense depuis 1901 une contribution notable à l’humanité dans le domaine de la littérature, contribution tendant vers un « idéal », selon les vœux du scientifique philanthrope qui a donné son nom au prix.
Puisque si peu d’écrivains africains ont obtenu ce graal, la question se pose alors : est-ce que les littératures africaines sont en marge de l’humanité ou bien l’Afrique, ses écrivains, leurs esthétiques et leurs idéaux sont-ils marginalisés par l’académie suédoise ?
Lire aussi : Bob Dylan acquiert ses lettres de Nobel
Il ne s’agit pas là de remettre en cause la pertinence de l’œuvre et le talent du musicien Bob Dylan, qui a obtenu cette année le prix Nobel de littérature, ni même ceux de tous les écrivains occidentaux qui l’ont obtenu avant lui, mais bel et bien d’interroger les rapports qu’entretient l’académie Nobel avec les littératures africaines.
Quand on aborde cette question, il est impossible d’oublier tant de lumières africaines qui ont marqué par leur éclat la littérature mondiale et qui se sont éteintes sans Nobel. Citons le Nigérian Chinua Achebe, que Nadine Gordimer qualifie de « père de la littérature africaine moderne », l’Algérienne Assia Djebar, le Soudanais Tayeb Salih, le Somalien Nuruddin Farah…
 
Eurocentrisme assumé
 
La nobélisation de Ngugi wa Thiongʼo aurait été singulière dans l’histoire littéraire de l’Afrique. Le Kényan aurait été le premier nobélisé écrivant dans une langue africaine. Comme il l’explique dans son essai Decolonising the mind, les langues sont politiques et l’emploi d’une langue autochtone, dans le cas présent le gikuyu, n’est pas innocent : il s’agit là d’une décision anti-impérialiste. L’écriture en gikuyu, langue longtemps mise au banc par le pouvoir colonial britannique, s’inscrit dans un idéal de désaliénation des êtres. Sachant que près de 30 % des nobélisés écrivent en anglais, ce choix linguistique peut être perçu comme un sérieux obstacle sur la route de l’obtention du prix Nobel.
Lire aussi : Tout savoir sur le Nobel de littérature avant l’annonce
Une marginalisation des littératures africaines donc ? Un eurocentrisme tout au moins. Celui-ci est assumé par l’académie suédoise si l’on se fie à la nationalité de la majorité des cent neuf lauréats du prix. Il est confirmé par Horace Engdahl, le secrétaire perpétuel de l’académie suédoise de 1999 à 2009 qui, en 2008, affirma à l’agence Associated Press : « L’Europe est toujours le centre de la littérature mondiale. » Cet eurocentrisme assumé résonne comme le déni du génie littéraire de tout un continent, l’Afrique.
 

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