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Le meilleur rôle de Depardieu? Une émission culinaire d'Arte!

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Octobre 2016, 07:00am

Catégories : #PEOPLE, #VIDEO, #TV

Le meilleur rôle de Depardieu? Une émission culinaire d'Arte!

«Depardieu... Je dis ça exprès parce qu'il y a beaucoup de polémiques sur lui. Gabin inclus, c'est le plus grand acteur du cinéma français, depuis que le cinéma existe»,déclare Serge Toubiana à propos de l’acteur Gérard Depardieu.

Depuis quelques années, l’homme et ses frasques ont un peu gommé le métier originel de l’ogre. Celui d’acteur, avec au compteur 191 films, des dizaines de téléfilms et de pièces de théâtre. Lui qui a tout vu, tout fait, nous auras fait attendre 2015, avec l’apparition de l’émission d’Arte «À Pleines Dents» pour accéder à son plus grand rôle.


Exit Les ValseusesCyrano ou Chris­tophe Colomb. Il n’est pas question de contester le génie de l’acteur, que d’ailleurs Depardieu n’a jamais considéré comme un métier, mais comme le prolongement de sa vie, de son corps ou de sa respiration. Renouant ici avec le road trip en duo, il a troqué Robert De Niro ou Patrick Dewaere, contre le chef de son restaurant La Fontaine Gaillon, Laurent Audiot. Il peut ainsi embrasser un rôle écrit pour lui, par la vie, celui d’un épicurien sans frontières. 

 

Un acteur des cinq sensations 

Chaque épisode commence par les mêmes verbatim de Depardieu: «Je suis citoyen du monde et je suis vivant. J’aime manger, rire et m’émouvoir.» Des mots, qui résument parfaitement le ton de la série et aussi la vie de l’acteur. Comme l’explique Laurent Audiot, le projet est né de leur amitié de vingt ans:

«Plusieurs fois par an, nous allons en cure à Quiberon. Officiellement, pour faire une diète, mais nous rencontrons quand même des producteurs: ostréiculteurs, boulangers, viticulteurs, etc. Gérard me répétait sans cesse: “Ce qu'ils font est extraordinaire. Il faut absolument que nous rapportions des images.”»

Depuis deux saisons, ils reprennent leurs rôles de sales gosses s’échappant de la cure pour se taper du homard et du cidre en Bretagne, du jambon Kintoa et de l’Irouléguy au Pays basque. Traversant l’Écosse et l’Italie, avant de continuer vers le Sud par Lisbonne et jusqu'à Fès. À chaque épisode, Gérard renifle, grogne, mâche, rit, et grimace avant d’engloutir tout ce qui lui passe devant. N’hésitant pas à nourrir les cadreurs qu’il trouve trop maigres à son goût: «À la campagne, on les tue cela, on en peut plus des maigres.» 

Affublé de son panama, d’une chemise blanche avec la poche occupée par l’obligatoire paquet de Gitanes bleu, les deux amis enchaînent les dégustations chez les éleveurs, les agriculteurs ou les restaurateurs. Gérard mange et boit de tout, attablé avec les locaux. De temps en temps, l’un de ses portables sonne. Il répond un instant à Guillaume Gallienne, tout en attrapant une autre tranche de jambon, avant d’improviser un hymne à la choucroute en Bavière, puis de se faire une ablution au schnaps et de remplacer son oreillette par un haricot.

 

La malice envahit chaque scène, où l’acteur et le chef s’envoient des clins d’œil à chaque nouveau plat. «Tiens papa, va essayer ça!», s’esclaffe Gérard sur un bateau au large de l’Écosse, voyant arriver un plateau de Saint-Jacques. Laurent a à peine le temps de discuter avec la pêcheuse, que son complice bâfreur englouti tout, ne laissant que les coquilles. Au fil des épisodes, les deux amis se répartissent, les rôles dans cette quête de bonne chère. Laurent Audiot questionne les hôtes, guidant Gérard dans son marathon, mais parfois ils se séparent. Comme en Allemagne, où Laurent part nourrir les vaches Simmental, pendant que Gérard poivre et sale les entrecôtes… Elles aussi d’origine Simmental.

La religion du terroir

Une vie gastronomique, sans rôle de composition, où notre Falstaff enchaîne les anecdotes savoureuses. Avouant avoir déjà croqué de la viande a même un bœuf, mangé de la tortue à Cuba, de la trompe d’éléphant en Afrique et d’avoir cuisiné une blanquette de lion, avant de conclure:

«Je ne suis pas végétarien, je mange de la viande. Les vaches m'attirent, mais il faut qu’elles soient bonnes, tendres, marbrées, ou persillées.»

Le dispositif de l’émission, et un certain courage du diffuseur permettent aussi au spectateur de découvrir la globalité de la chaîne d’élevages agricole. Les cochons gambadent dans les prairies portugaises, tout comme leurs consœurs gallinacées, avant la fin logique. En Catalogne, un poulet fermier est tué sous nos yeux. Gérard et Laurent le plument ensuite, au milieu des autres poules que Gérard nargue «vous êtes les suivantes, les poulettes!» Une chose rare, voir impossible, à la télévision ou la mort des animaux n’est jamais représentée, de peur de choquer un spectateur/consommateur, ignorant souvent la provenance de sa viande. Une seule parade l’humour:

«Ça, c'est l’Europe, ils n'ont plus le droit de tuer eux-mêmes! Regarde hier, j'ai voulu tuer ma femme, et ben ça gueule.»

Du miel, de la menthe, de la truite, du cochon, «À Pleine Dents» décrit les derniers bastions de productions naturels qui forme la religion du terroir, auquel Gérard croit. La religion, une question importante pour l’homme et l’acteur. Lui qui pratique la prière du cœur du pèlerin orthodoxe tous les jours, ou sa conversion par amour à l’Islam, qu’il évoque en plein cœur du souk de Fès. Déclamant à toutes les rencontres de son périple, avant de les embrasser:

«Je reviendrai visiter. Je reviens toujours revisiter les endroits de cœur, ou les gens m'ont apporté énormément.»

Un testament culinaire

Un cœur, qui parfois s’exprime au cours des conversations avec son compagnon de voyage. Au bord d'un lac, il se souvient de Pialat, d'une journée de tournage, puis s’enferme dans un long silence. Un personnage lunaire, qui avoue avoir maintenant une relation mystique avec la mort et de parler encore souvent à Guillaume, à Maurice, ou à Carmet. La bière allemande lui rappelle les moissons à Châteauroux et un bain en méditerranée lui remémore l’apesanteur oubliée de son corps. 

Car Depardieu c’est aussi un corps. Il a été maigre chez Blier, Varda, Truffaut ou Handke. Puis gros chez Marchal, Giannoli ou Delépine et Kervern. L’acteur fêtera en décembre ces 68 ans, transformant ces quelques heures de virée, en un testament culinaire à l’attention de tous. Un crépuscule encore loin, mais qui lui fait avouer avec humour, un florilège d’excès:

 

«Sur le film de Barbet Schroeder, j'ai faits 24 prises pour une scène de repas, donc j'ai mangé 3 ou 4 kilos de viande…» 

«J'ai beaucoup bu, et dans l'ivresse je n'ai pas de sortie de secours, je ne sais pas m'arrêter, comme la plupart des gens.»

«Il n’était pas fort, mais une fois avec Carmet, nous avons bu 64 bouteilles de Vino Frizzante.»

Des petits moments d’ivresse, aux déjeuners gargantuesques dans les cuisines d’un chef, Depardieu rejoue sa vie. Sa sincérité écarte les polémiques, laissant entrevoir pendant quelques instants des souffrances. S’appuyant parfois sur l’épaule de son ami Laurent, las et en même temps, rigolant de se corps monstre, qu’il empresse d’asseoir aux tables gourmandes du monde entier. Lui l’acteur survivant et citoyen du monde, ne passant plus les portes étroites de notre époque, rendant les émotions simples les plus difficiles à vivre.

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