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La langue peule a enfin son territoire, et c'est Facebook

Publié par MaRichesse.Com sur 1 Octobre 2016, 05:42am

Catégories : #AFRIQUE, #FACEBOOK

La langue peule a enfin son territoire, et c'est Facebook

Le Peul, parlé par plus de 20 millions de locuteurs en Afrique, est devenu, le 30 septembre, la 101e langue à disposer de sa version sur le réseau social.

Facebook n'est pas forcément l'ennemi de la diversité linguistique. Si le réseau social a globalement renforcé l'usage de l'anglais au détriment de langues locales, le géant de Palo Alto peut également devenir le meilleur allié de dialectes qui n'ont pas le droit à la page dans les administrations ou institutions nationales. 

S'il disposait lui-même du droit à la parole comme le personnage d'un dessin animé à visée pédagogique, c'est sûrement ce qu'affirmerait le peul, langage partagé par plus de 20 millions de locuteurs en Afrique de l'Ouest, du Sénégal au Soudan, en passant par la Mauritanie ou le Cameroun. Mais nulle part dans la région, le peul n'est la langue majoritaire, ni même officielle, d'un État. 

Vendredi 30 septembre, il est pourtant devenu le 101e langage adopté par Facebook, qui a lancé une version entièrement en peul. On a fait l'essai en configurant le compte Facebook de Slate Afrique dans cette langue. Résultat, un certain nombre de mots ont bien été traduits en peul, même si des termes, qui n'ont pas encore leur équivalence, apparaissent en anglais, comme le célèbre «liked». 

 

Capture d'écran de la page Facebook de Slate Afrique en peul. DR

En réalité, le peul adopté par l'entreprise de Mark Zuckerberg n'en est qu'une des variantes, le pulaar. C'est d'ailleurs sous ce nom qu'il apparaît dans les langues disponibles dans les paramètres de Facebook. Ibrahima Sarr, professeur d'anglais et informaticien, est l'homme qui a sollicité le géant américain et géré le projet de traduction pour qu'une version en peul du réseau social voit le jour. Il nous explique le choix du pulaar.

«Nous, les Peuls, nous sommes éparpillés dans une vingtaine de pays. Le pulaar est la langue d'origine parlée dans le nord du Sénégal et en Mauritanie, dont sont issues toutes les variantes du peul. Plus on va vers l'Est, et plus la langue va changer. Le vocabulaire reste le même, mais il y a des adverbes, des syllabes qui ont été ajoutés. Avec un Soudanais, on va se comprendre à 70%, alors que le peul d'un Guinéen sera très proche du mien», dit Ibrahima Sarr, qui avait déjà participé au lancement d'une version de Mozilla en peul en 2012.

«Une zone d'intimité»

Langue orale qui est longtemps restée sans écriture officielle, le peul a été fixé à l'écrit de manière officielle en 1964 lors de la conférence de Bamako. Mais de très nombreux locuteurs qui le maîtrisent à l'oral, mais moins à l'écrit, ont continué à poser le peul sur papier avec une grande liberté. La version lancée par Facebook constitue donc une opportunité de façonner une écriture commune. 

C'est ce que pense Marie Lorin, chercheuse spécialiste du peul à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco):

«Il y a une compréhension parfois délicate du peul entre locuteurs de différentes régions, alors que l'écrit est plus facile à comprendre pour tous. Avec internet où les SMS, on observe déjà depuis dix-quinze ans que de plus en plus de jeunes écrivent en peul. Il y a une réappropriation de la langue. C'est une question d'intimité avec la langue, alors que communiquer par écrit, par lettres par exemple, ne correspondait pas auparavant à une zone d'intimité où les jeunes se sentaient à l'aise», explique la chercheuse. 

Facebook devient donc un outil d'apprentissage pour l'écriture de la langue. «Dans les pays où l'on parle le peul, il y a énormément de gens qui n'ont très peu ou jamais été à l'école. Facebook peut permettre une plus grande maîtrise de la langue. Le fait de mettre des contenus en peul permet également d'ouvrir le web à des gens qui se sentaient bloqués», ajoute Ibrahima Sarr. 

Un enjeu commercial

Plusieurs langues africaines avaient déjà leur version sur Facebook. En août 2016, le réseau social avant lancé une version en Haoussa, parlé par 50 millions de personnes, dans la région du lac Tchad. Un enjeu commercial important pour le géant américain, notamment au Nigeria où chaque jour sept millions de personnes se connectent au réseau social, selon les chiffres communiqués en 2015. C'est d'ailleurs à Lagos, que Mark Zuckerberg a effectué sa première visite en Afrique subsaharienne début septembre. À l'heure actuelle, Facebook n'a qu'un de ses 49 bureaux sur le continent africain, à Johannesburg. 

Pour adapter des langues africaines, longtemps orales, à la culture particulière de l'écrit sur Facebook, où les emojis ont par exemple une place très importante, les traducteurs ont fait face à de nombreux casse-têtes. De nombreuses fautes de traduction avaient par exemple été pointés par les internautes lors de la sortie de la version en haoussa

«C'était difficile mais amusant de traduire des mots peuls en emojis, qui sont basés sur des sentiments occidentaux dotés d'un lyrisme important, comme exprimer le fait qu'on est très joyeux ou vraiment surpris. En peul, qui est un langage pragmatique, on va plus droit au but quand on s'exprime, dit Ibrahima Sarr. Et puis, il y a plein de termes techniques liés à internet qui n'existent pas en peul et qu'il a fallu inventer.»

Mais ce dont il est le plus fier, «c'est que comme si grâce à Facebook, le peul avait enfin un territoire»

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