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Conseils, science, sante et bien-être


La gestion de la douleur chronique passe par un changement de mode de vie

Publié par MaRichesse.Com sur 2 Octobre 2016, 12:53pm

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE

La gestion de la douleur chronique passe par un changement de mode de vie

Le docteur Patrick Ginies, anesthésiste, responsable du Centre d'évaluation et de traitement de la douleur du centre hospitalier universitaire de Montpellier, nous donne ses conseils.

Combien de personnes sont concernées par la maladie douloureuse chronique ?
La douleur chronique concerne 15 à 20% des Français, dont 57% de femmes. La douleur impacte la qualité de vie au quotidien du patient au-delà de 6 mois. Les femmes ont un seuil de sensibilité à la douleur plus aiguë - à cause des hormones féminines et, sans doute, car elles cumulent plusieurs fonctions physiques, intellectuelles et familiales, au foyer, avec les enfants et au travail, - mais avec un niveau d'intensité supérieure. Trois profils de patients se dessinent: des sujets anxieux, tristes et déprimés avec souvent un complexe d'infériorité. Des sujets qui vont amplifier leur plainte et leurs symptômes, car ils ont besoin d'exprimer par une douleur corporelle ce qui est refoulé en eux de leur univers émotionnel depuis leur jeune âge. Enfin, des sujets hyperactifs au mode de vie excessif, très impliqués dans le sport, la communication, leur travail, qui vont dormir moins, avoir moins de zones d'ancrage (foyer) durant des années jusqu'au jour où un accroc dans leur course va révéler l'épuisement général.

Cette maladie peut-elle exister sans association à une autre pathologie ?
À 90%, les patients entrent dans la douleur chronique par une pathologie: un cancer, des pathologies rhumatologiques, un ulcère, une dépression, etc. Bien souvent, ce n'est pas cette cause qui va provoquer de la douleur à long terme, mais les facteurs sociaux psychologiques propres au patient. C'est comme un virus qui bloque l'ordinateur et dérègle le système d'exploitation à un moment précis. Le protocole administré du gastro-entérologue, neurologue ou rhumatologue aura beau fonctionner dans 80% des cas, certaines personnes ne vont plus répondre positivement au traitement et basculer dans une plainte chronique, sans rapport avec la gravité des lésions observées. À un moment de vie (maladie, divorce, perte de condition sociale, etc.), tout individu est susceptible de basculer dans la douleur chronique en fonction des failles de l'adaptation de son logiciel qui régit le contrôle de la douleur. En effet, tous les grands mécanismes du corps sont soumis à des logiciels de contrôle : la digestion, le sommeil, la tension musculaire, etc. Ils sont parfois parasités par les événements et ne contrôlent plus le corps.

Quelle prise en charge est actuellement proposée dans les centres antidouleur ?
La recherche n'a découvert aucun nouvel antalgique au cours des 30 dernières années. Aujourd'hui, 52% des patients pris en charge dans des centres anti douleur - constitués d'équipes d'anesthésistes, de psychiatres, neurologues, rhumatologues, et gastroentérologues - sont soulagés par des antalgiques bien dosés, des antidépresseurs à faible dose pour renforcer le système inhibiteur de la douleur et des antiépileptiques pour diminuer la sensibilité des capteurs neurologiques du corps. On s'est rendu compte que la stimulation transcrânienne porteuse d'espoir n'avait pas les effets escomptés. Étant donné que chaque patient a une matrice unique de la douleur, on a du mal à standardiser les zones de stimulation du cerveau pour inhiber la douleur.

Quelle approche conseillez-vous pour aller plus loin dans le traitement de ces patients ?
Aujourd'hui, les résultats sont insuffisants alors que la douleur chronique constitue la plus grande consommation de soins. Au CHU de Montpellier, on a mis en place des séances de musicothérapie depuis 15 ans, des groupes de parole, des séances d'hypnose et des séances d'éducation thérapeutique. Le plus difficile est de faire comprendre au patient qu'il va falloir modifier son fonctionnement ancré de longue date: cela passe par comprendre l'épuisement des mécanismes de sensibilisation à la douleur et de contrôle de la douleur. Le patient va prendre conscience de l'épuisement de ses mécanismes antalgiques propres. Ainsi, il peut amorcer un changement de son mode de vie, en adaptant son alimentation, ses liens sociaux, et ses nouveaux objectifs de vie plus réalistes et respectueux de son corps. Une fois que le cercle vicieux est cassé, le patient devenu plus autonome demande, généralement, moins de soins médicaux et son entourage constate un mieux-être que le douloureux ne ressentira, lui, que très progressivement. 

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