Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


La course des banques suisses pour gagner les riches Chinois

Publié par MaRichesse.Com sur 17 Octobre 2016, 17:30pm

Catégories : #ECONOMIE, #SUISSE, #CHINE, #RICHESSE

La course des banques suisses pour gagner les riches Chinois

David Shick se réjouissait de voir les Formules E disputer leur première course à Hongkong, il y a dix jours. Sa banque, Julius Baer, sponsorisait l’événement, la réplique électrique du championnat de Formule 1. L’occasion pour lui de rencontrer de potentiels clients.

Au quotidien, le responsable de la banque privée pour la grande Chine (Hongkong et Taïwan compris) se livre à une autre course. Celle au recrutement de banquiers, les «relationship managers» (RM) dans le jargon de la profession. Sur les 200 que Julius Baer prévoit d’embaucher cette année, «plus de la moitié seront dans la région Asie Pacifique, et plus du tiers dans nos bureaux d’Hongkong», explique David Shick avant d’ajouter: «Ils ne sont pas faciles à trouver.»

Et pour cause. Selon un rapport publié jeudi passé par UBS et PwC, l’Asie «a produit un milliardaire tous les trois jours» en 2015. L’impulsion vient d’abord de Chine où, malgré le ralentissement de la croissance, l’étude recense 80 nouveaux super-riches. Au total, 1,2 million de Chinois disposent d’avoirs qui se comptent en millions de dollars américains. Autant de cibles potentielles pour les gérants de fortune, établissements helvétiques en tête.

 

Trois des cinq plus grands acteurs sont suisses, selon le classement de Asian Private Bankers. UBS vient en tête, Credit Suisse au troisième rang, Julius Baer au cinquième. «Le marché de la gestion de fortune est dominé par les banques suisses, américaines et européennes, confirme Pathik Gupta, associé du cabinet de consultant McLagan. Pour le moment, les établissements chinois fournissent surtout des services de base destinés au grand public.»

Un marché qui fait saliver

Comme ceux de David Shick, les yeux de François Monnet s’illuminent à l’évocation du marché chinois. Dans ses bureaux situés au 88e étage de la tour ICC, face à l’île de Hongkong, le responsable de la banque privée de Credit Suisse pour la grande Chine aligne les chiffres: «Nous nous développons plus vite que le reste de la région. Entre 2012 et 2015, les nouveaux avoirs ont augmenté de 330%, soit 62% par année. Le nombre de RM a progressé de 45%, la masse sous gestion de 72%.»

Dans la course aux statistiques, UBS reste le numéro un. En Asie Pacifique, le découpage par pays n’est pas public, le géant suisse gère plus de 270 milliards de dollars, contre 150 milliards pour Credit Suisse et 75 milliards pour Julius Baer. UBS est le seul établissement suisse complètement établi en Chine continentale avec 600 employés et dont le nombre doit doubler d’ici 2020 pour la plupart dans la gestion de fortune, indique par courriel Edmund Koh, le responsable de la région. Depuis janvier, UBS a recruté 120 chargés de clientèle, et en compte plus de 1000 en Asie Pacifique.

 

Pendant la saison des embauches, entre octobre et juin, François Monnet interviewe «cinq personnes par semaine», compte-t-il. Chez Credit Suisse, les RM en Asie Pacifique sont passés de 520 il y a deux ans à 650 au 30 juin dernier, dont près de la moitié se consacre à la grande Chine. «Ce n’est pas qu’une question de nombre, nuance François Monnet. Nous parlons aussi de la qualité» des banquiers amenés à conseiller des personnes «sophistiquées». «Plus de 60% de nos affaires avec la Chine sont liées au segment des ultra-riches», qui ont «plus de 50 millions de francs avec notre banque ou au moins 250 millions de fortune totale», ajoute François Monnet.

Certains ont jeté l’éponge

Une même dynamique porte ces trois établissements suisses, comme l’illustrent les chiffres de Julius Baer. L’Asie a produit 532 millions de francs de revenus opérationnels en 2015 pour la banque dirigée par Boris Collardi. La région rapporte moins que la Suisse et l’Europe (2,2 milliards), mais sa part dans les revenus a doublé à 20% depuis 2011. Tout n’est pourtant pas gagné d’avance, avertit Pathik Gupta: «La gestion privée n’est pas rentable avant trois-quatre ans d’activité tant les coûts sont élevés.» Plusieurs grandes maisons, comme Barclays ou Merrill Lynch, ont jeté l’éponge.

A Genève, l’Union bancaire privée (UBP) se profile comme un des établissements les plus présents sur ce marché. La reprise des activités de Coutts, qui était bien implantée en Asie, «nous donne une masse qui nous permet de croître. L’opération ne date que d’avril, mais elle nous permet déjà de rentrer dans les chiffres noirs», se réjouit Michel Longhini, patron de la gestion de fortune rencontré lors d’une de ses visites dans les bureaux hongkongais de la banque. L’Asie apporte une «contribution primordiale aux affaires de la banque», ajoute-t-il. Le groupe gère 113,5 milliards de francs, dont 14 milliards dans la région et 10 milliards pour la banque privée. «Nous avons un peu plus de 60 RM pour l’Asie, détaille Michel Longhini. Nous souhaitons nous approcher d’une centaine mais nous voulons avant tout miser sur la qualité. Nous ne sommes pas cotés et n’avons pas de plan chiffré ni de calendrier à annoncer pour plaire aux analystes.»

L'importance de Singapour

Réputés pour leur passion du jeu, les clients chinois des banques suisses ne leur demandent pas que des outils pour parier en bourse. «Nos clients sont essentiellement des entrepreneurs, poursuit Michel Longhini. Le premier service que nous leur apportons est de les aider à structurer leur fortune pour qu’elle puisse répondre à leurs besoins. Pour préparer leur succession, ou protéger une partie de leurs actifs.» Le krach boursier de l’an dernier a donné une sévère leçon aux plus spéculateurs. «Lorsque l’on a un levier sur les actions chinoises et qu’elles perdent 30%, vous pouvez perdre 70% ou 80% de votre investissement», avertit le banquier genevois.

Les banquiers estiment d’ailleurs que la dépréciation du renminbi depuis une année leur apporte une nouvelle clientèle, désireuse de diversifier ses avoirs dans des monnaies étrangères. Ils soulignent aussi l’importance de proposer un «booking center» à Singapour, Hongkong étant jugée trop proche de la Chine. Enfin, les clients tendent à confier davantage des mandats de gestion aux banques, une source de revenu plus rémunératrice que les seules commissions perçues sur les transactions en bourse.


Eviter l’argent de la corruption

Cinquante documents. «C’est la paperasse que j’ai dû faire signer à un Chinois pour qu’il puisse ouvrir un compte!, peste un banquier privé basé à Hongkong. Mais il faut faire attention car Pékin ne rigole pas depuis la campagne anti-corruption.»

«Les tracasseries pour ouvrir un compte sont sérieuses», confirme François Monnet, responsable de la banque privée pour la Chine chez Credit Suisse. Dans le passé, «nous évaluions la fortune. Aujourd’hui, nous devons corroborer les sources de cette fortune. Par exemple, si quelqu’un vous dit être devenu riche en vendant de l’immobilier, nous voulons voir le contrat», détaille le banquier.

UBP revendique la même prudence. «Les vérifications peuvent prendre plusieurs semaines», indique Michel Longhini, responsable de la gestion de fortune, ajoutant que «l’aspect fiscal est aussi devenu important».

A l’inverse, les deux banquiers pointent que ces longues vérifications rendent en partie captifs leurs clients, moins enclins à passer à la concurrence, où ils devront se prêter une nouvelle fois à ce même genre de vérification.

 Source

Commenter cet article

Archives