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Conseils, science, sante et bien-être


Ils programment leur vie comme on programme un ordinateur

Publié par MaRichesse.Com sur 25 Octobre 2016, 02:00am

Catégories : #FAITSDIVERS, #INSOLITE, #FRANCE

Ils programment leur vie comme on programme un ordinateur

Quelques Français s'en remettent complètement à des programmes informatiques pour gérer leurs tâches professionnelles à leur place. D'autres voient plus loin encore.

Sans les mains, Eudes, chef de projet Web, relance ses collègues développeurs sur l'avancement d'une refonte de site Internet. Son smartphone coupe sa 3G dès qu'il arrive à proximité du bureau pour passer en Wi-Fi et synchronise des articles de presse importants juste avant de rentrer dans le métro. Plus important encore, Eudes est immédiatement prévenu lorsque la machine à café de son bureau a besoin d'eau.

La magie tient à quelques heures passées à configurer les services d'IFTTT, l'un des premiers outils de programmation de tâches à destination du grand public. L'un des plus populaires aussi, même si de nombreux services permettent désormais de laisser des machines s'occuper de sa vie professionnelle, personnelle et même intime.

En 8 clics, n'importe qui peut se prendre pour un codeur

Pour que la magie opère, il n'y a même pas besoin de savoir coder. «On peut avoir l'impression de trafiquer les tuyaux d'Internet alors qu'en fait on ne sait pas vraiment programmer», s'amuse Basile, entrepreneur dans le Web et les médias. Pour automatiser l'enregistrement de chaque pièce-jointe d'un mail sur un compte Dropbox, il suffit de cliquer sur des gros boutons colorés. Le pionner IFTTT a beaucoup œuvré pour en arriver à cette simplicité en proposant un système de «recettes», surnom d'un programme qui reprend la syntaxe informatique basique «si ceci, alors cela» («If this, then that», d'où vient le nom du service). D'autres ont suivi ce modèle, comme Zapier avec les «zaps», Netvibes Dashboard Intelligence avec les «potions», ajoutant plus ou moins de marges de manœuvre aux utilisateurs.

Recettes, potions et zaps relient donc des centaines de services du quotidien, parmi lesquels des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram), des messageries (Messenger, Slack, Hangout), des gestionnaires de tâches ou des outils de veille d'informations (Feedly, Diigo...). Avec l'essor des objets connectés, les acteurs plus traditionnels soucieux d'être innovants ont décidé de s'adapter à ces nouveaux usages. Beaucoup ont franchi le pas, comme Whirlpool, LG, Samsung pour l'électroménager, Nike, Withings ou Nest pour les objets connectés ou encore BMW, Tesla pour les voitures connectées - tous présents sur IFTTT. 

Début octobre, c'est Voyages-SNCF qui a annoncé rejoindre la plateforme. Benoit Bouffart, directeur Produits et de l'Innovation, a justifié ce rapprochement par la volonté de créer de nouveaux usages pour le grand public, comme la programmation du thermostat de la maison en fonction des horaires des billets de train achetés en ligne, afin d'arriver dans une maison bien au chaud. Dernièrement, Apple a introduit dans sa dernière mise à jour une fonctionnalité «Maison» sur tous les iPhone. Elle permet de synchroniser ses objets connectés et de leur donner des instructions basiques. 

Drague automatique et autres recettes contemporaines du succès

Mais pour les vrais aficionados de l'automatisation, relier l'allumage de sa lampe de chevet à l'heure du réveil fait sourire. Quand l'application Pokemon Go est sortie, Eudes a ainsi repéré un compte Twitter géré par un robot, qui tweetait systématiquement les apparitions de Pokémons rares avec leurs coordonnées géographiques. «J'ai de suite fait une recette IFTTT pour recevoir un mail dès que l'un d'entre eux apparaissait près de chez moi. Malheureusement j'étais trop souvent au travail pour les attraper». La trouvaille a en tout cas profité à d'autres utilisateurs zélés, qui se partagent les recettes.

Quelques internautes vont jusqu'à suggérer des applications amoureuses plus proches du registre de la surveillance, comme lorsqu'il s'agit d' «envoyer un mail à [sa] femme quand [on] quitte le travail» ou encore «être prévenu par mail quand [sa] femme poste une photo sur Instagram». 

 

Basile, entrepreneur dans le Web, s'est amusé à imaginer des applications amoureuses «déviantes» (sans les avoir testées, tient-il à préciser). «Il y a déjà des fonctionnalités dans mes mails qui permettent de cocher une phrase prédéfinie pour répondre à une invitation. J'imagine bien la même chose pour ceux qui ne savent pas draguer sur Tinder. Des sortes de robots conversationnels pourraient leur faire des suggestions pour engager la conversation avec leurs matchs» [nom des personnes avec qui l'application de contact met en relation]. 

Des inconvénients de la cyber-vie

Les accros de la programmation touchent des doigts le rêve cyber-punk d'une vie informatiquement réglée. «Je délocalise une partie de mon cerveau avec ces services», explique-t-il. «Pour moi, cette optimisation n'a rien de flippant: elle permet d'enlever toutes les tâches sans valeur ajoutée et de gagner en tranquillité d'esprit».

Cette tranquillité d'esprit est toutefois à la merci du moindre dérèglement. En 2014, le thermostat connecté Nest était salué pour sa faculté à se régler de lui-même en fonction des habitudes de ses propriétaires. Mais si d'aventure ils décidaient d'en changer à cause d'un gros rhume qui les faisait frissonner, le thermostat leur faisait vivre un enfer pour tout rerégler.

«Si mon détecteur de fumée Nest s'active, envoyer une notification sur mes Google Glass».

Le respect de la vie privée est un autre facteur d'inquiétude pour les utilisateurs. Près d'1,5 million de connexions entre applications et objets ont été faites sur IFTTT depuis sa création en 2012, brassant des données aussi variées que celles des boîtes e-mail, des flux de photos, de contacts, d'historique...Dans sa politique de vie privée, IFTTT affirme anonymiser les multiples données recueillies auprès de ses utilisateurs, mais concède qu'il peut toutefois les communiquer à des partenaires commerciaux. «Au final, on sait ce qui entre, ce qui sort, mais pas trop ce qui se passe dans la machine et c'est ce qui me fait le plus peur, avoue ainsi Basile. Je ne sais même plus tout ce que j'ai confié à ce genre de services». 

Alfred a préféré tourner le dos aux systèmes d'automatisation pour ces raisons. Il a en revanche fait de l'automatisation le jeu de sa vie. S'il prend régulièrement les escaliers au lieu de l'ascenseur ou qu'il change la litière du chat, il gagne de la monnaie virtuelle. Celle-ci lui permet de s'offrir des personnages, des potions, ou des récompenses plus terrestres qu'il a lui-même définies et tient toujours secrètes. Programmer sa vie de cette façon l'aurait motivé à accomplir une reconversion professionnelle et à acheter un appartement.

L'application Habitica permet de traiter la corvée de la litière du chat comme une tâche épique.

Mais à force, Alfred finit par ne plus réussir à se sortir d'un mode de fonctionnement automatique. «Je me suis rendu compte que cela devenait une habitude de tout lister même quand je ne travaille plus. Alors que je suis censé me détendre le week-end, il y a toujours une tâche à cocher ou l'envie d'en profiter en ayant le sentiment d'être productif. Si je ne les accomplis pas, cela peut avoir un effet déprimant ou stressant», confie-t-il. Dans cette cyber-vie réglée par les machines, la procrastination n'est pas une option. 

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