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Conseils, science, sante et bien-être


Encore traumatisées plusieurs décennies après

Publié par MaRichesse.Com sur 22 Octobre 2016, 07:11am

Catégories : #FAITSDIVERS, #CANADA

Encore traumatisées plusieurs décennies après

Pendant les neuf premières années de leur vie, les quintuplées Dionne ont vécu comme des bêtes de cirque, loin de leur famille. Plus de 70 ans après leur sortie de Quintland, la prison dorée où elles ont passé leur enfance, les deux sœurs survivantes sont toujours aussi traumatisées et se disent incapables de pardonner à ceux qui leur ont fait du mal.

Des célèbres quintuplées Dionne, il ne reste que Cécile et Annette. Les deux vivent seules, l’une dans un modeste appartement et l’autre dans une résidence pour personnes âgées. Les deux sœurs se téléphonent au moins trois fois par jour: elles seules peuvent comprendre ce qu’elles ont vécu «ensemble». Ce sont deux femmes frêles et à la tristesse toujours visible qui nous ont accueillis plus tôt cette semaine, brisant le silence pour la première fois depuis 1999.

Vous n’avez accordé aucune entrevue au cours des 17 dernières années. Avez-vous des appréhensions à l’idée de vous exprimer à nouveau publiquement?

Cécile Dionne (CD): Je me sens moitié-moitié. On est rendues à 82 ans. Je ne sais pas ce qui va nous arriver. J’avoue que j’ai peur que les gens disent: «Encore les jumelles!»

Quand on est vieille, on ne vaut plus rien. Quand on n’a plus de cash, on ne vaut plus rien. La notion de famille a disparu de notre société – Cécile Dionne

 

Annette Dionne (AD): Dernièrement, je parlais avec un homme qui savait très bien qui j’étais. On jasait du film La Mélodie du bonheur, qui passe souvent à la télévision. Il a dit que c’était la même chose pour la télésérie sur notre vie et qu’il était tanné de nous voir. Mais on ne contrôle pas ça!

Vous avez vécu sous l’œil du public durant votre enfance. Quel a été l’impact sur votre vie adulte?

Cécile et Annette Dionne
PHOTO PIERRE-PAUL POULIN
Cécile et Annette Dionne

CD: On a joué l’anonymat. Je ne disais jamais mon nom de famille. Quand on me demandait mon nom, je donnais celui de mon mari.

AD: La question qu’on nous pose tout le temps, c’est: «Combien il en reste [de jumelles vivantes]?» À tout bout de champ. J’ai trouvé, parfois, que ça manquait de respect. Une madame m’a demandé récemment si j’étais Émilie. Je lui ai répondu qu’elle était morte depuis des années [elle est décédée en 1954]. Il y en a qui te disent des choses comme ça, sans y penser. Ça manque de tact. Mais je sais que ce n’est pas méchant.

Avant d’obtenir un dédommagement financier de 4 M$ de l’Ontario en 1998, vous habitiez avec votre sœur Yvonne dans une maison modeste au toit qui coulait, sur la Rive-Sud (de Montréal). À ce moment-là, quel était votre sentiment, alors que vous saviez que le gouvernement ontarien avait encaissé des millions de dollars en revenus touristiques pendant votre enfance?

CD: (Silence).

AD: Pour moi, il y a eu des moments encore plus durs que celui-là... Mais oui, il y avait un sentiment d’injustice. On ne comprenait pas.

Vous avez vécu une vie pour le moins mouvementée. Pratiquement de la naissance jusqu’à l’âge de 9 ans, vous avez été exposées au public dans un hôpital conçu pour vous, avant que l’on vous ramène auprès de vos parents biologiques. Avec le recul, qu’avez-vous trouvé le plus difficile?

AD: Ça a été douloureux de partir de la nursery [l’hôpital dans lequel les sœurs ont vécu]. On s’était attachées aux infirmières. Elles étaient comme notre famille.

CD: Neuf ans, ce n’est pas un âge pour être adoptée, pour changer de famille. Nous n’étions pas préparées à ça et la famille non plus. La famille ne nous aimait pas. Ils n’ont pas été humains avec nous. Le gouvernement s’est trompé, là-dedans. Comment vouliez-vous que ça marche? On ne se connaissait pas. Nous, les filles, on avait été élevées d’une autre manière. Les parents [biologiques] étaient pleins de préjugés à notre égard, qu’ils ont transmis à leurs autres enfants.

AD: Ils n’étaient pas aimants. Je connais une dame qui me parle souvent de sa mère, aujourd’hui décédée, avec beaucoup d’amour. Ça me fait réfléchir, chaque fois, sur ce qu’on a vécu et sur ce qu’on n’a pas eu.

Avez-vous réussi, avec le temps, à faire le deuil de votre enfance difficile?

AD: Non, je ne pense pas. Mais je veux en venir à le faire. Ça ne m’aide pas de toujours ronger ça. Ma vie n’a pas été comme je le rêvais. J’ai eu beaucoup de peine. Ce qui m’a aidée dans ma jeunesse, c’est chanter et danser. Ça m’a sauvée. Je me sens plus en paix maintenant. Mais pardonner n’est pas facile. J’oublie, plutôt.

CD: Pour faire un deuil, il faut accepter. Si on n’accepte pas, ça part et ça revient continuellement. Ce n’est pas facile de pardonner. Ça demande beaucoup d’indulgence. C’est tough à vivre quand tu sens que ta famille ne t’aime pas. C’est difficile de vivre sans amour. C’est comme une plante sans eau.

AD: Je veux que ça vienne à partir. Je le veux tellement. Quand ça me revient, je dois donner un coup pour passer à travers.

CD: Tout ce qui est arrivé m’a tellement marquée. Je ne pourrai jamais effacer ça. Ça va toujours revenir. Dieu sait pourtant que j’en ai suivi, des thérapies! Mais ça ne partira jamais. Il y a juste la musique qui me soulage.

Avez-vous gardé le contact avec vos neuf autres frères et sœurs?

AD: On les a revus aux funérailles de papa et de maman. Et à celles d’Émilie. C’est tout.

Est-ce qu’il y a eu des moments de bonheur dans votre enfance?

AD: Jusqu’à l’âge de 9 ans, à la nursery, je me sentais heureuse. Pour moi, ça a été un bon début de vie. Le paradis terrestre avant l’enfer. Au moins, on a eu notre beau temps avant le mauvais.

CD: Contrairement à ce que les gens pensent, on a été bien là-bas. Il n’y avait pas de chicanes. Nous n’aurions pas été mieux si on nous avait laissées avec nos parents. Le problème, c’était eux [...] À la nursery, on était jeunes et insouciantes.

Vous avez vécu éloignées de vos parents pendant plusieurs années et, lorsque vous les avez retrouvés, ça ne s’est pas bien passé. Comment cela a-t-il influencé votre perception de la maternité?

CD: Je me suis rendu compte très jeune que je n’étais pas heureuse. J’ai toujours souhaité avoir une fille comme moi. Mais ma chère fille a été la dernière à venir [après quatre garçons] et elle a été la plus difficile à élever!

AD: Moi, quand j’étais jeune, je rêvais tant d’avoir ma propre famille. Lors des moments difficiles, je me disais: «Endure, Annette. Un jour, tu l’auras, ta famille. Tu les auras, tes enfants.»

Croyez-vous que vous avez réussi à bâtir une vie normale avec le temps?

CD: Non. On ne nous a pas considérées comme des êtres humains pendant notre enfance, mais comme des objets. Nous exposer comme ça, à la pouponnière, ce n’était pas humain. On s’en est rendu compte.

AD: On entend des confidences d’autres personnes et on se rend vite compte que les gens ont vécu une vie très différente de la nôtre. Les gens nous parlent de souvenirs heureux avec leur famille. Chaque fois, en dedans de moi, ça me rappelle que ç’a été loin de ça, pour nous autres.

CD: J’aurais tellement aimé avoir une vie normale, avec de l’amour. Qu’on se sente aimées, comme tout le monde.

Quand vous pensez à votre parcours, croyez-vous que les gens issus de familles unies et heureuses réalisent la chance qu’ils ont?

CD: Il n’y en a plus, de familles. Donc, les gens ne peuvent pas réaliser la chance qu’ils ont! Ils ne connaissent pas ça. Il y a tellement de personnes âgées qui n’ont jamais de visite de leurs enfants. Quand on est vieille, on ne vaut plus rien. Quand on n’a plus de cash, on ne vaut plus rien. La notion de famille a disparu de notre société, je trouve.

AD: Moi aussi, je trouve que plusieurs personnes âgées sont délaissées. C’est triste. Qu’est-ce que ça va être plus tard? Aux aînés, je dis: demandez de l’aide! Moi, je n’ai pas été gênée de le faire quand je n’allais pas bien. C’est le seul moyen de s’en sortir.

Plus de 70 ans après être sorties de l’hôpital où vous étiez exposées, avez-vous encore des craintes?

CD: Quand j’entends parler de naissances multiples, j’ai peur. Une jeune femme a fait les manchettes il y a quelques mois après avoir accouché de quadruplés. J’ai eu peur pour elle. J’ai eu peur que le gouvernement lui donne plein de cadeaux et qu’elle soit obligée de faire des choses qu’elle ne veut pas.

AD: Ça m’inquiète que ça se reproduise [ce que les sœurs Dionne ont vécu]. Mais je me dis que maintenant, les gens ont plus de moyens de se défendre qu’une pauvre famille en 1934.

 

LES DEUX SŒURS SURVIVANTES DES JUMELLES DIONNE

Annette Dionne

  • Après avoir été coiffeuse pendant un an au début de sa vingtaine, elle a vécu à Montréal où est né son premier enfant, un garçon.
  • A déménagé en 1959 avec sa famille à Saint-Bruno-de-Montarville, sur la Rive-Sud, où elle est devenue bibliothécaire. Elle y réside toujours, en appartement.
  • Mère de trois fils: Jean-François, Charles et Éric. A divorcé en 1970.

Cécile Dionne

  • A eu une longue carrière comme infirmière à Montréal et à Québec
  • Demeure aussi à Saint-Bruno-de-Montarville dans une résidence pour personnes âgées, pas très loin de sa sœur Annette
  • A eu cinq enfants, dont des jumeaux: Bertrand et Bruno. Toutefois, Bruno est décédé quelques mois après sa naissance.
  • Divorcée depuis plusieurs années.

 

L’histoire tragique des sœurs Dionne

 

Les quintuplées ont été traitées comme des bêtes de cirque de leur naissance jusqu’à l’âge de 9 ans

Elles avaient une chance sur  57 millions de survivre à leur naissance. Elles ont vécu leur enfance sous l’œil du grand public. Il y a 82 ans, la naissance des jumelles Dionne fascinait le pays tout entier et leur histoire faisait le tour de la planète. 

— Avec la collaboration d’Andrea Valeria

1934: Des bébés convoités

Annette et Cécile, les deux jumelles Dionne encore vivantes.
PHOTO COURTOISIE

Le 28 mai 1934, Elzire Legros, 24 ans, donne naissance à cinq filles: Annette, Cécile, Émilie, Marie et Yvonne. Son mari (Oliva Dionne, 31 ans) et elle sont déjà parents de cinq autres enfants qu’ils élèvent dans le petit village de Corbeil, près de North Bay, en Ontario. Deux jours après la naissance des quintuplées, Oliva Dionne conclut un accord avec une foire, la Chicago Century of Progress Exposition, pour exposer les jumelles en public en échange d’une compensation financière. M. Dionne espère ainsi subvenir aux besoins de la famille franco-ontarienne. Mais l’histoire s’ébruite et provoque la colère de la population. Pointé du doigt, Oliva se rétracte et met fin à l’entente.  

1935: Des enfants enlevés à leur famille

Annette et Cécile, les deux jumelles Dionne encore vivantes.
PHOTO COURTOISIE

Sous la pression de l’opinion publique, le gouvernement de l’Ontario décide d’agir et retire les cinq sœurs de leur famille. Elles sont déclarées pupilles de la Couronne jusqu'à l'âge de 18 ans. Le gouvernement fait construire une pouponnière et confie les enfants au docteur Alan Roy Dafoe. Oliva Dionne proteste, mais en vain. Les sœurs ne verront leurs parents que lors de rares visites. 

1935 à 1943: Une renommée mondiale

Annette et Cécile, les deux jumelles Dionne encore vivantes.
PHOTO COURTOISIE

Panneaux publicitaires, galeries d’observation, cour de récréation à aire ouverte; Quintland (le royaume des quintuplées) est né. Le site est aménagé de manière à ce que les touristes puissent observer les sœurs dans leur quotidien. L’endroit devient l’un des attraits touristiques les plus importants du pays, devant les chutes du Niagara. Plus de trois millions de visiteurs se rendent à Quintland, générant ainsi des millions de dollars en revenus touristiques. Jusqu’à l’âge de 9 ans, les jumelles ne sortent jamais de leur cage dorée et ne vont pas à l’école. 

1943: Retour au bercail

Oliva Dionne, qui luttait depuis plusieurs années pour récupérer la garde de ses enfants, remporte la bataille judiciaire qui l’opposait à l’Ontario. Les sœurs Dionne retrouvent leur famille, qu’elles connaissent à peine, et tous déménagent dans un manoir situé à proximité de Quintland et payé par les nombreuses publicités dans lesquelles sont apparues. Les jumelles poursuivent leurs apparitions publiques et étudient dans l’ancien hôpital, reconverti en école secondaire. Elles obtiennent leur diplôme à 18 ans.  

1965: Retour à la vie publique

Âgées de 31 ans, les quatre sœurs Dionne toujours vivantes publient leur biographie Nous étions cinq. Leur sœur Émilie est décédée 11 ans auparavant des suites d’une crise d’épilepsie. Cinq ans après la parution du livre, Marie décède à son tour d’un caillot au cerveau. 

1994: La télésérie qui marque l’imaginaire

Annette et Cécile, les deux jumelles Dionne encore vivantes.
PHOTO COURTOISIE

L’acteur Roy Dupuis prend les traits d’Oliva Dionne pour une mini-série diffusée sur le réseau américain CBS qui relate l’histoire des jumelles Dionne. Un an plus tard, peu avant la sortie de la biographieLes jumelles Dionne: secrets de famille, Annette Dionne révèle avoir été agressée sexuellement par son père. 

1998: enfin dédommagées

Annette et Cécile, les deux jumelles Dionne encore vivantes.
PHOTO COURTOISIE

Les trois jumelles survivantes ainsi que les héritiers des sœurs décédées reçoivent 4 M $ du gouvernement de l’Ontario en guise de compensation financière pour l’exploitation subie pendant 12 années à Quintland. Yvonne décède d’un cancer en 2001, à l’âge de 67 ans. Seules Annette et Cécile sont toujours de ce monde et demeurent sur la Rive-Sud de Montréal.  

 

CONNUES PARTOUT À TRAVERS LE MONDE

Cette série de poupées à l’effigie des sœurs Dionne se détaille à plusieurs centaines de dollars sur eBay.
PHOTO COURTOISIE
Cette série de poupées à l’effigie des sœurs Dionne se détaille à plusieurs centaines de dollars sur eBay.

Les jumelles Dionne ont bénéficié d’une renommée internationale hors du commun pendant plusieurs années.

  • Les jumelles ont été les vedettes de plusieurs campagnes publicitaires ainsi que de quatre films: The Country Doctor (1936),Reunion (1936), Five of a Kind (1938), Quintupland (1938).
  • En 1939, elles furent présentées au roi George VI et à la reine Elizabeth lors d’une visite des monarques à Toronto.
  • Encore aujourd’hui, une rapide recherche sur le site eBay permet de trouver plusieurs photos et même des poupées à l’effigie des jumelles, provenant autant des États-Unis que de l’Italie et de la Suède.

 

Les sœurs demandent l’aide de Trudeau

Annette et Cécile, les deux jumelles Dionne encore vivantes.
PHOTO COURTOISIE

Deux des sœurs Dionne prient le premier ministre Justin Trudeau d’intervenir afin de sauver le musée qui abrite les souvenirs des quintuplées.

On apprenait plus tôt cette semaine que le musée ontarien, qui était à l’origine la maison de naissance des cinq sœurs, sera déménagé. Le terrain sur lequel il était érigé est aussi à vendre et est évalué à 900 000 $.

Pour le moment, la Ville de North Bay dit étudier des offres pour déplacer le musée, mais refuse d’assurer que celui-ci demeurera dans la région ou même en Ontario.

«On ne le sait pas. On ne sait pas non plus s’il sera vendu, à ce stade-ci. On a demandé aux personnes intéressées de se manifester. On ne peut commenter davantage», a indiqué la porte-parole de North Bay, Jaclyn Bucik.

Le musée a fermé ses portes l’an dernier faute d’achalandage, selon la Chambre de commerce de North Bay, qui gérait l’établissement depuis une trentaine d’années.

Le gouvernement « responsable »

Inquiètes, Cécile et Annette, les deux sœurs Dionne toujours en vie, demandent au gouvernement de l’Ontario ainsi qu’au premier ministre Justin Trudeau d’intervenir.

«S’il peut nous aider, M. Trudeau, qu’il nous fasse signe. Ça nous aiderait beaucoup», dit Cécile Dionne.

«Je n’aime pas ça, voir que rien ne bouge. Ce n’est pas normal», lance aussi sa sœur Annette.

Carlo Tarini, un ami et porte-parole des deux sœurs toujours vivantes, a contacté différentes institutions au cours des derniers jours pour tenter de sauver l’héritage des sœurs Dionne, dont le Musée canadien de l'histoire, à Gatineau. Il a aussi écrit au premier ministre Trudeau.

«On estime que le gouvernement de l’Ontario a empoché des dizaines de millions de dollars en revenus touristiques grâce aux sœurs Dionne. L’Ontario et le gouvernement fédéral ont la responsabilité morale de conserver leur héritage», affirme M. Tarini.

L’Ontario ne veut pas s’en mêler

Contacté par Le Journal, le gouvernement de l’Ontario a indiqué ne pas vouloir se mêler de ce dossier.

«Les municipalités ont toute légitimité s'agissant des décisions concernant leurs biens culturels. Nous respectons donc ce droit, et faisons entièrement confiance à la Ville de North Bay pour évaluer avec précaution ce qui est dans le meilleur intérêt de ses résidents», a indiqué le porte-parole de la ministre du Tourisme, de la Culture et du Sport, Jeff Costen.

Le cabinet de Justin Trudeau n’a pas voulu commenter.

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