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Conseils, science, sante et bien-être


En finir avec le mensonge du plein emploi

Publié par MaRichesse.Com sur 7 Octobre 2016, 08:37am

Catégories : #EMPLOI, #TRAVAIL, #FRANCE

En finir avec le mensonge du plein emploi

Les candidats qui évoquent le plein emploi devraient être poursuivis pour incompétence ou harcèlement moral. Drapés dans la promesse qui rase gratis, ils osent. Le trémolo dans la voix ils affirment, les yeux dans les yeux, que c'est possible. Retour au plein emploi en cinq ans assure Juppé. "J'inverserai la courbe du chômage" avait promis Moi Président, acceptant même d'être jugé sur cette tirade. Dans son premier quinquennat, Sarkozy avait dit "Je vous ai promis le plein emploi, je vais me battre pour le plein emploi" (Place de la Concorde, le 6 mai 2007). On a vu le nombre de chômeurs augmenter d'un million de déconvenus pendant son mandat; belle amplitude non? Tous les autres candidats en font leur priorité, parce que "les Français" sont inquiets, "les Français" ont besoin d'argent, ils veulent un travail, un job, un taf, une occupation, une activité dans laquelle ils se réalisent ; et la sécurité, j'oubliais la sécurité! Bouillie de bullshit: chacun d'eux garantit qu'avec lui ce sera différent, même si déjà sous eux ils ont échoué.

 
Sans regarder le verre à moitié vide, il faudrait au moins regarder le verre.

Il ne s'agit pas de voir l'avenir plus sombre qu'il n'est, mais il serait assez sain, adulte, mature, de regarder la vérité en face. Avec l'avènement de la robotique et de l'intelligence artificielle, des bons vieux métiers vont tout simplement disparaître dans les dix ans qui viennent, venant rajouter un problème au problème. Globalement l'idée est simple: vous pensez à un métier qui semble ne pas pouvoir être automatisé et... il le devient. Jusqu'à maintenant on réservait cette nouvelle aux métiers manuels et naturellement ça n'angoissait personne dans les couloirs de l'Assemblée. Dorénavant, les meilleurs ingénieurs et développeurs de la planète s'organisent méticuleusement pour étendre cette mutation aux cols blancs. Chirurgiens, notaires, avocats, dermatologistes, radiologistes, conseillers bancaires, traders, professeurs, journalistes, scénaristes... La liste est infinie des métiers "intellectuels" qui sont doucement en train de rejoindre les chauffeurs, maçons, manutentionnaires, peintres et autres métiers "manuels" dans le grand vortex de l'emploi menacé. Même les data scientists sont sur le grill! Pris par le démon du défi, certains d'entre eux ont conçu une intelligence artificielle qui apprend à proposer de nouvelles combinaisons d'algorithmes à leurs places... Les types se tirent des balles dans les pieds! Vertigineux. Vous le voyez le petit souci? Alors qu'on échoue à écoper notre chômage structurel, une nouvelle génération d'emmerdes est en train d'arriver, qui fera passer d'autres problèmes, comme les migrants par exemple, pour un dossier aussi majeur que le burn-out des vaches au passage à l'heure d'hiver. C'est massif, c'est couru d'avance, et personne n'en parle parce que c'est flippant et que "les Français" doivent déjà tellement en supporter, n'allons pas en rajouter.

 
Si plus personne ne travaille, qui va payer les machines?

Flippant parce qu'on ne voit pas bien comment le serpent va arrêter de se mordre la queue. Peu à peu, nous allons tous être secondés, accompagnés ou carrément remplacés dans la plupart des tâches. Se transporter, se nourrir, laver ses habits, traduire, collaborer, intervenir médicalement, juger un procès, etc. La robotique et l'intelligence artificielle le permettent, de plus en plus vite et pour de moins en moins cher. Ce serait dommage de se priver; c'est dans notre nature des choses. Pour faire simple on aura donc d'un côté ceux qui ne font plus rien parce qu'on les a remplacés, et de l'autre ceux qui possèdent les machines. Mais comment ceux qui n'ont plus d'emploi vont-ils payer l'utilisation de ces machines à ceux qui les produisent? Tadaaa... C'est tout bête comme question, mais ça fait un petit peu peur et on ne voit pas le moindre candidat prendre dix minutes dans un meeting pour évoquer cette équation. Surtout que ça paraît loin, en tout cas ce n'est pas pour 2017, donc on ne va pas s'énerver... Comme je le disais à Laure de La Raudière, une députée que j'aime bien (c'est pas si courant) à la sortie des Primaires de l'Économie (où les candidats Républicains défilaient pour expliquer leurs idées visionnaires), je rêve d'un homme ou d'une femme politique qui anticiperait la France de dans 5 ans plutôt que de seulement mal résoudre pendant 5 ans la France d'hier. Idéaliste que je suis...

 
Du revenu de base à un monde sans travail: la révolution bit-nik!

Revenu de base ou universel, l'idée de donner de l'argent à tout le monde va devenir plus critique que jamais. Le problème restant intact cependant, et s'accentuant même: avec quel argent puisqu'il n'y aura plus grand monde pour en produire ? Alors soudain je me mets à penser... Et si c'était l'idée même de travail qu'il nous fallait revoir? Est-ce qu'on est vraiment obligé de travailler? Assujettis au "devoir de misère" comme dirait l'autre? "Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi" dit le préambule de la constitution de 1946. Et oui mon ami, mais ça c'était avant, parce que là ce n'est plus la même limonade. Et si on décidait de s'allonger, de planter des courges, de dessiner, de chanter, de faire l'amour comme des fous en fumant de l'herbe qu'on cultiverait nous-mêmes, à lire des livres qu'on partagerait entre nous sans se payer, à se promener, voyager, grâce à des robots et des machines qui s'occuperaient de tout ? Des bit-niks, oisifs du numériques, secondés dans le bonheur par une batterie d'esclaves-robots nous obéissant à la voix. "Dis Siri, caresse-moi les cheveux pendant que je prends mon café gratos!" Elle est pas belle la vie? Une fois encore, j'aime beaucoup l'idée, mais je repose la question: qui va payer pour les robots? Je ne sais pas. En anglais on appelle ça un "wicked problem", un problème sans solution, ça existe, c'est comme ça. Ou pas...

 
Plutôt que de promettre le plein emploi, si on réfléchissait au non-emploi?

Non mais sérieusement, si on se débarrassait de cette évidence autro-proclamée qu'il faut travailler? Casser le code! "Disrupter" comme ils disent (beuark)! On recommence tout et on s'organise. On met tous nos cerveaux en réseau pour trouver la plus grande parade existentielle jamais exigée par la survie de l'espèce: comment vivre sans travailler! Je ne dis pas que c'est possible, mais ça vaut le coup d'y réfléchir, d'anticiper, de calfeutrer un peu les murs. Une sorte de gigantesque coopérative technologique où l'on bosserait (un minimum) à tour de rôle pour créer des robots? Ou alors on accorderait des privilèges à ceux qui veulent travailler, des plus grandes piscines, des meilleurs robots, des mondes virtuels inaccessibles au commun des bit-niks, je ne sais pas, des sortes de bonus pour prendre soin de l'autre humanité reconnaissante, celle qui glande par obligation ou par choix! Une grande fracture assumée entre 1% d'ultra puissants (mais qu'est-ce que la puissance sans argent? Vous avez deux heures) ayant la planète sous contrôle et 99% de l'humanité choyée et protégée qui ne se soucie plus de rien, allongée à regarder des films gratuits, produits avec passion par ceux qui ont envie de fabriquer des films pour le fun plutôt que de dormir dans un champs de pavot.

Ou alors on attend doucement de moisir dans des villes surconnectées mais sans moyens, conservant coûte que coûte l'obsession maladive que le "plein emploi est possible", qu'on va inverser la courbe de la tendance de la trajectoire de l'inversion de la loose et que par miracle, la robotique va créer plus d'emplois qu'elle ne va en détruire. Saint Wall-e, priez pour nous.

Candidats, arrêtez le bullshit!

Les hommes politiques avertis, il y en a, n'ont aucun intérêt à lancer le sujet sur la table, ça révèle un puits sans fond, une impasse abyssale. Personne ne se fait élire sur une impasse. Mais de là à continuer à incanter le plein emploi de manière psychotique, c'est soit de l'incompétence crasse, soit une volonté délibérée de mentir et de manipuler les masses. Matraquage digne d'un harcèlement moral, relayé avec discipline par tous les médias et réseaux.

À la fin de ce post, vous avez deux possibilités: soit vous dire "il exagère ce type, il y a toujours eu cette peur de la technologie qui allait tout détruire, mais en fait c'est bien foutu la vie, les métiers qui disparaissent sont remplacés par des nouveaux métiers, pas la peine de stresser ça ne sert à rien moi je vote pour le plein emploi!"; soit "ok, ça craint, comment fait-on pour sortir de ce projet de société un tantinet flou?".

Pour ma part, je choisis l'option deux. Il faut que cette question sorte du bois et que nous l'affrontions en adultes. En parler, débattre, se friter un peu sur le sujet parce qu'il touche profondément au vivant et à la survie de l'espèce; et je refuse de me réveiller en 2025 sur l'emploi comme on se réveille aujourd'hui sur le climat.

C'est bon, ça suffit, j'ai déjà vu le film. 

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