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En Chine, un meurtrier épinglé par… des anthropologues

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Octobre 2016, 12:00pm

Catégories : #CHINE, #FAITSDIVERS, #INSOLITE

En Chine, un meurtrier épinglé par… des anthropologues

Lorsque la police est venue arrêter Gao Chengyong, fin août, il se trouvait derrière le comptoir de l’épicerie qu’il tient avec sa femme à Baiyin, une ville industrielle du nord de la Chine. Entre 1988 et 2002, cet homme âgé de 52 ans a tué et violé onze femmes. Il procédait toujours de la même façon: circulant à vélo, il repérait une femme seule, puis la suivait jusqu’à chez elle et l’attaquait. Il avait une prédilection pour les femmes avec de longs cheveux portant du rouge.

A l’issue de son crime, il découpait les mains, les oreilles et les organes génitaux de ses victimes, qu’il jetait dans une rivière. A plusieurs reprises, il a laissé des traces d’ADN sur la scène du crime: du sperme, un peu de sang et de la salive sur une tasse dans laquelle il avait bu un thé après avoir assassiné une fillette de huit ans.

Pour retrouver l’auteur de ces crimes, la police a effectué des centaines de prélèvements d’ADN sur des habitants de Baiyin. Mais Gao Chengyong ne se trouvait pas parmi les hommes testés car sa résidence était formellement enregistrée à Chenghe, un village rural situé loin de cette cité de 1,7 million d’habitants.

Trahi par son chromosome Y

Début 2016, la police a confié ce cas au Laboratoire d’anthropologie contemporaine de l’Université Fudan. «Nous avons séquencé le matériel génétique contenu dans les échantillons fournis, en nous concentrant sur le chromosome Y, détaille Li Hui, l’un des chercheurs de ce laboratoire. Ce dernier se transmet de père en fils et mute très peu entre chaque génération. Il permet donc d’établir des lignées familiales claires, dotées d’un profil génétique qui leur est unique.»

L’ADN du meurtrier de Baiyin a ensuite été introduit dans une base de données répertoriant le chromosome Y de plus de 400 000 hommes. «Il s’agit d’une ressource unique au monde, relève le scientifique. Elle comprend des données en provenance de chaque comté, voire de chaque village, en Chine.» La recherche a livré un résultat clair: le chromosome Y retrouvé sur les scènes du crime était le même que celui d’un clan portant le nom de famille Gao et dont les membres étaient originaires du village de Chenghe. Une nouvelle série de prélèvements d’ADN, ciblant cette fois les membres de la famille Gao vivant dans les environs de cette zone rurale, a été effectuée. Elle a permis d’identifier le meurtrier, un certain Gao Chengyong.

Pas transposable en Suisse

Ce n’est pas la première fois que la police chinoise se tourne vers ces anthropologues généticiens. «Nous sommes déjà intervenus sur plus de 1000 affaires, note Li Hui. Dans un tiers des cas, nous avons pu trouver une correspondance entre l’ADN retrouvé sur la scène du crime et notre base de données.» Pour être entièrement complète, celle-ci devrait contenir environ 10 millions de profils génétiques Y, précise-t-il.

Il n’est pas aisé de transposer cette méthode à d’autres pays. «En Suisse, nous avons une banque de données, créée en 2000, qui recense le profil ADN de personnes suspectées ou condamnées, ainsi que les traces d’ADN retrouvées sur les lieux d’infraction, relève Vincent Castella, le responsable de l’Unité de génétique forensique du Centre universitaire romand de médecine légale. Fin juin, elle comprenait 181 389 profils de personnes et 67 754 traces d’ADN.»

Mais les informations qu’elle contient ne permettent pas de mener une recherche basée sur le chromosome Y. «Elle permet de lier une trace 'anonyme' récoltée sur le lieu d’une infraction avec une personne répertoriée dans la banque de profils ADN», précise-t-il. Par contre, si l’auteur du délit n’y a pas été enregistré, il n’y a aucun moyen direct de remonter jusqu’à lui.

Une base de données anthropologique

Le gigantesque répertoire créé par les chercheurs de l’Université de Fudan a à l’origine vu le jour non pas pour assister la police, mais pour étudier les origines du peuple chinois. «Le chromosome Y, tout comme l’ADN mitochondrial chez les femmes, se transmet pratiquement inchangé de génération en génération, indique Chris Stringer, un anthropologue génomique au Musée d’histoire naturelle de Londres. Analyser le profil génétique de la population actuelle sous cet angle permet donc de remonter dans le temps et de retrouver l’ancêtre unique qui lui a fourni ce matériel génétique.»

En 1987, des chercheurs Néo-Zélandais sont ainsi parvenus à identifier une femme qui a vécu en Afrique il y a 200 000 ans – surnommée l’Eve africaine – et dont l’ADN mitochondrial se retrouve dans l’ensemble des humains vivant aujourd’hui sur terre. Cela confirme la théorie selon laquelle nous sommes tous les descendants d’un petit nombre de «Homo sapiens» qui ont colonisé l’Europe et l’Asie il y a 60 000 ans depuis l’Afrique.

En Chine, cette thèse reste toutefois controversée. De nombreux scientifiques, soucieux de démontrer la longue histoire et le particularisme du peuple chinois, affirment que la population actuelle descend de l’homme de Pékin, l’héritier d’une première vague de migration africaine qui a eu lieu il y a 1,8 million à 800 000 d’années.

C’est pour vérifier cette théorie que Li Hui et ses collègues ont commencé à récolter dès la fin des années 90 l’ADN de milliers de Chinois. Ils se sont notamment intéressés à une mutation génétique – M168 – apparue en Afrique il y a 79 000 à 31 000 ans sur le chromosome Y. A leur grande surprise, ils l’ont retrouvée sur chacun de leurs échantillons. «Cela a clairement infirmé la thèse de l’homme de Pékin», souligne Chris Stringer.

Aujourd’hui, les anthropologues de l’Université de Fudan sont passés à autre chose. Ils se sont récemment servis de leur base de données pour retrouver les descendants du philosophe Confucius et de l’empereur Cao Cao, qui a vécu au IIIe siècle. «Un cinquième des personnes portant le nom de famille Cao que nous avons étudié avaient un chromosome Y identique à celui retrouvé dans la tombe du grand-oncle de Cao Cao», note Li Hui.

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