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Emmanuel Macron ou un TGV pour l’Elysée

Publié par MaRichesse.Com sur 8 Octobre 2016, 08:09am

Catégories : #POLITIQUE, #FRANCE

Emmanuel Macron ou un TGV pour l’Elysée

Certains hasards valent mieux que de fastidieuses démarches. Il est un peu plus de 9h15 mardi 4 octobre, lorsque le correspondant du Temps débarque gare de l’Est, à Paris, pour embarquer dans le TGV No 2365 à destination de Strasbourg. Objectif? Assister, en fin d’après-midi dans la capitale alsacienne, au premier meeting public d’Emmanuel Macron depuis son départ du gouvernement français, le 30 août dernier.

L’intention de départ était de suivre l’intéressé plus tard, après ce baptême du feu. Soit au Mans le 11 octobre, soit à Montpellier le 18. Impossible autrement, pour la presse étrangère, d’avoir accès au «candidat pas encore candidat mais pressenti comme sérieux candidat» pour la présidentielle de 2017.

Omniprésent dans les médias hexagonaux, l’ancien ministre de l’Economie a, depuis un an, plusieurs fois éconduit Le Temps et d’autres journaux européens. Autant, dès lors, approcher «l’animal» maintenant qu’il n’est plus aux affaires. Le billet de TGV a été acheté vers minuit. Plus de places en seconde classe. Va pour la première à l’aller. Plein tarif de dernière minute: 143 euros. Voiture 12. Place 56. 

 

Un costaud en veston nous bloque

9h20, à quelques minutes du départ. A l’avant du TGV, plus loin, les équipes de télévision enfournent dans les wagons leurs caméras et leurs micros. Premier tumulte matinal. Première cohue médiatique que les contrôleurs de la SNCF, dépassés, essaient de canaliser. Des policiers accourent. A coup sûr, Emmanuel Macron et ses conseillers se trouvent de ce côté-là du train, déjà assaillis par les preneurs d’images. Tant pis. L’annonce du départ retentit. La porte de la voiture 12 se ferme. Des livrets illustrés sur la ville de Nancy sont posés à chaque place. Vive la logique ferroviaire hexagonale: ce train ne s’arrête pas dans la capitale lorraine…

C’est là que l’histoire commence. La voiture 12 est pleine. La place 56 est située au fond du wagon, dans le dernier carré. Les premières rangées sont franchies. Puis barrage. Un costaud en veston nous bloque. Billet brandi. Barrage franchi. Bingo! Bienvenue dans le «TGV-Macron». L’ancien ministre, costumé cravaté, n’est pas à l’autre extrémité du train. Il est assis ici, sur la gauche, dans le sens inverse de la marche. Trois téléphones portables – deux iPhone et un Samsung – sont posés devant lui. Installée en face, sa femme Brigitte Trogneux-Macron part d’un sympathique éclat de rire. 

 

Voir les hommes politiques de près pour mieux les comprendre

Premier coup d’œil: le rédacteur des discours, Quentin Lafay, annote une liasse de pages imprimées. Sylvain Fort, le chargé des relations avec la presse, recruté via un chasseur de têtes, s’est posté en vigie à l’entrée du wagon. Ismaël Emelien, le conseiller politique venu de l’agence Havas, serre les derniers boulons au téléphone avec l’équipe alsacienne d’En Marche. Etonnement général devant l’intrus journaliste helvétique. Emmanuel Macron est physionomiste. Il nous reconnaît. Salutations mutuelles. Sourires. Nous voyagerons donc presque à côté l’un de l’autre.

Voir les hommes politiques de près, surtout le jour d’un meeting fondateur, permet de mieux les comprendre. A 39 ans, Emmanuel Macron n’a pas encore mené de campagne électorale. Il n’en a pas appris les codes sur le terrain, «au cul des vaches». Il sait, tout comme ses conseillers, que ses gaffes initiales – comme le fait de traiter des ouvrières bretonnes d’illettrées au parlement, à l’automne 2014 – lui ont vite valu l’image d’un énarque hautain, sympa avec les journalistes, déconnecté de la réalité. Mais l’homme a rapidement appris. Sourires. Pas un mot plus haut que l’autre.

Il est bientôt 10 heures. Le TGV arrive à 11h11. Sur l’écran de son Macbook, l’ex-ministre relit le texte qu’il prononcera le soir, au Palais des congrès de Strasbourg. Brigitte, son aînée de plus de vingt ans, ne correspond pas non plus à la caricature. Elle charme. Décontractée. Amusée. «Vous ne trouvez pas qu’il dégage quelque chose de spécial? Qu’il génère de l’envie? Allez, avouez…», interroge-t-elle. On acquiesce en souriant. La professeure de français qu’elle est rebondit aussitôt: «Vous savez, j’ai ma vie à côté. Je ne suis pas dans la bulle Macron matin et soir. Je fais mes courses. J’entends parler les gens. On n’est pas des pros de la vie politique.» 

 

Savoir faire face aux coups de la vie publique

A Paris, la campagne Macron a établi ses quartiers au 14e étage de la tour Montparnasse. Vue sur la tour Eiffel. 300 mètres carrés déjà serrés, «si l’on tient compte des salles de réunion», sourit Sylvain Fort. Ici, dans ce recoin de TGV, l’équipe est en version redux. 10h12. L’un des portables ministériels vibre. «Qui peut répondre à Dany?» interroge un conseiller, alors que s’affiche le nom de Daniel Cohn-Bendit, récemment rallié. Personne, dans ce cénacle d’affidés, n’a digéré le surnom de «Brutus», accolé par le PS à «Emmanuel» depuis qu’il a osé rompre le cordon avec François Hollande.

Brigitte s’énerve. Leur couple déjà si glamour – Paris Match était convié en août à leurs vacances à Biarritz, et leur a consacré sa une – est-il prêt aux méchants coups de la vie publique? Lui: «C’est la règle si l’on veut exister dans le débat. Je le savais avant. Je l’expérimente maintenant.» Elle? «Il s’est solidifié, blindé. Certaines choses ne l’atteignent déjà plus.» Le dispositif est, il est vrai, bien huilé. L’heure et demie de train – mis à part la présence incongrue du Temps – a fait l’objet d'exclusivités médiatiques âprement négociées.

L’une avec l’équipe du Quotidien de Yann Barthès, le nouveau talk-show coqueluche de Télé Monte-Carlo. L’autre avec deux photographes, chargés des images «embarquées». On comprend mieux Axelle Lemaire, la secrétaire d’Etat au Numérique, ulcérée par «l’obsession médiatique» de son ex-ministre de tutelle: «Macron? C’est la simplicité sur commande et sur papier glacé», aime-t-elle ironiser. 

 

L’heure des médias

10h23. Le photographe people accrédité prend place dans ce carré TGV. La caméra du Quotidien aussi. Tout n’est que pose, avec ou sans stylo, avec ou sans conseillers, avec ou sans Brigitte. Trois étudiants de l’Université Paris-Dauphine, parvenus jusque-là pour demander un selfie, sont gentiment priés de patienter. Idem pour un entrepreneur demandeur d’autographe dont la femme, domiciliée à La Celle-Saint-Cloud, a frappé aux portes distribuer les questionnaires d’En Marche. Les contrôleurs surclassent plusieurs des membres de l’équipe, montés en seconde puis assis en première. Paiements par cartes. Terminaux de paiements HS. Pagaille. «La prochaine fois, ceux-là prendront les bus Macron», rigole un employé de la SNCF, en référence aux transports routiers libéralisés par le ministre!

Ce dernier est ailleurs. Son attention s’est reportée sur un nouveau convive, lui aussi autorisé à franchir le barrage. Claude Askolovitch est journaliste, chroniqueur à l’émission 28 minutes sur Arte, confident de certains politiques et fan de foot. Ses questions en rafale sur l’enfance et l’adolescence du surdoué Macron, fils d’un chirurgien d’Amiens, trahissent l'article en préparation.

Un nom jaillit un peu plus tard, presque surréaliste, dans un échange avec ses conseillers sur le discours à venir de Strasbourg: celui de Portalis. Avocat sous la monarchie, survivant sous la Révolution de 1789, juriste éminent sous l’Empire, rédacteur du Code civil. «Il a su transgresser les codes et les camps», dit le ministre. Le nom de Diderot est aussi cité en référence. Brigitte, fille de la grande bourgeoisie picarde, évoque avec le photographe les malheurs économiques de sa région. Impression matinale d’être dans un salon sur rails… 

 

Macron aime le contact avec les étudiants

En campagne présidentielle, François Hollande adorait converser avec les élus locaux dans le train. Jacques Chirac, lui, passait son temps avec les journalistes, l’œil toujours séducteur. Nicolas Sarkozy snobe tout le monde à coups d’hélicoptère. Emmanuel Macron aime le contact avec les jeunes, surtout les étudiants. 10h53. Les trois solliciteurs de selfie l’obtiennent. Le ministre questionne: quelle est l’audience d’En Marche dans leur université? Il commente l’annonce, officialisée ce mardi matin, du départ du numéro deux de l’opérateur mobile SFR, Bernard Mourad, pour intégrer sa garde rapprochée.

Sylvain Fort, le responsable médias, doit repousser le photographe du Monde, Jean-Claude Coutausse, logiquement énervé par l’exclu ferroviaire. Il redit le déroulé de la journée. Le maire PS de Strasbourg, Roland Ries, ne le recevra pas en mairie, mais «déambulera avec lui dans les rues». Pressions élyséennes? «On est une cible. On le sait. On est prêt», complète un autre conseiller, passé lui aussi en septembre du ministère de l’Economie à En Marche. Vrai, Monsieur Macron? «De toute façon, le recrutement d’élus n’est pas une priorité», répond ce dernier au Temps. 

 

«Fini les formules toutes faites»

11h10. Arrivée imminente. La chorégraphie télévisuelle se met en place. «Emmanuel» lâche la main de «Brigitte» comme on largue les amarres. L’épouse rajuste ses lunettes fumées, reste en retrait, observe. La meute journalistique est déjà sur le quai: «Ce n’est pas la presse qui fait peur, c’est cette roue infernale dans laquelle on finit par tourner. Ce que les Français attendent de nous, c’est autre chose que des formules toutes faites et des sourires. Comment faire pour faire entendre autre chose dans ce brouhaha?» s’inquiète l’une des «marcheuses» alsaciennes, postée à la sortie de la gare.

Emmanuel Macron l’entend. Il s’arrête, opine du chef, commence à échanger. A quoi bon se déclarer candidat puisque, tous les jours, les médias le sacrent «présidentiable»? «Il n’y a pas de scénario écrit à l’avance en politique, corrige Daniel Cohn-Bendit, appelé à la descente du wagon par Le Temps. Macron sera fort s’il ouvre le débat et les espaces.» Sur le quai, le chef de gare strasbourgeois houspille les caméras pour laisser repartir le train. Le TGV pour l’Elysée n’a pas fini de rouler. 

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