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Conseils, science, sante et bien-être


Dollar. La photo de Trump sur un nouveau billet?

Publié par MaRichesse.Com sur 15 Octobre 2016, 11:35am

Catégories : #TRUMP, #POLITIQUE, #ETATS-UNIS

Trump avait pour lui un atout majeur

Trump avait pour lui un atout majeur

Le candidat républicain a bénéficié du climat économique, et son discours sur la «false economy», l'économie fausse, trompeuse, dans laquelle les Américains perdent plus que les chiffres ne le disent, l'a considérablement aidé.

En apparence les États-Unis vont bien.

Après la chute de l'activité enregistrée en 2008 et 2009 au lendemain de la faillite de Lehmann Brothers, le pays est dans sa septième année de croissance et le taux de chômage est retombé en mai dernier à 4,7% de la population active (il est remonté à 5% depuis), un taux que l'on n'avait plus vu depuis l'automne 2007 et qui correspond pratiquement à une situation de plein-emploi. Les dernières statistiques font état d'une hausse annuelle du salaire horaire moyen de 2,6%, nettement supérieure au rythme de hausse des prix (1,1% en août).  Tous les records ont été battus à Wall Street cet été et la Réserve fédérale, rassurée sur l'état de santé de l'économie, commence prudemment à relever ses taux directeurs. Peu de grands pays industriels peuvent présenter un tableau aussi flatteur.

Mais c'est en apparence. 

«Fausse» économie et jeu truqué

Beaucoup d'électeurs américains semblent approuver Donal Trump quand celui-ci parle de false economy et conteste ce bilan qui, selon lui, ne reflète pas du tout la réalité. Le président Obama lui-même, qui a quelques raisons d'être satisfait du travail effectué au cours de ses deux mandats, admet que beaucoup de ses concitoyens peuvent avoir légitimement le sentiment que «le jeu est truqué». Dans un bilan de son séjour à la Maison-Blanche écrit pour The Economist, il constate une certaine anxiété provoquée par la mondialisation, l'immigration et l'innovation aux Etats-Unis comme dans d'autres pays, notamment en Europe.  Il reconnait aussi que l'affaiblissement des gains de productivité au cours des dernières décennies et la montée des inégalités ont eu pour résultat une progression plus lente des revenus bas et moyens.

 

 

 

En disant cela, il est encore au-dessous de la réalité. Les chiffres publiés par le Census Bureau en septembre dernier sont encore plus cruels. Malgré un rebond en 2015 d'une ampleur jamais vue depuis que cette série statistique a été créée il y a cinquante ans, le revenu médian des ménages (celui qui sépare la population en deux groupes égaux, ceux qui sont au-dessous et ceux qui sont au-dessus), était encore l'an dernier plus bas que ce qu'il était avant la crise financière et même plus bas que ce qu'il était à la fin du siècle dernier: 56.516 dollars en 2015 contre 57.423 en 2007 et 57.909 en 1999. Autrement dit, la moitié des Américains n'ont connu aucune amélioration de leur sort en seize ans et ont même un pouvoir d'achat plutôt légèrement inférieur, malgré le sursaut phénoménal de 5,2% enregistré entre 2014 et 2015, que l'on peut expliquer par une hausse des rémunérations et un nouveau recul du chômage au moment où la chute des cours du pétrole limitait la hausse des prix à la consommation à 0,1%.

Ecart entre les statistiques et la réalité

Les Etats-Unis vont mieux, mais tous leurs citoyens n'en profitent pas

Au total, l'exceptionnelle année 2015 ne parvient pas à faire oublier une réalité fondamentale: les Etats-Unis vont mieux, mais tous leurs citoyens n'en profitent pas.  A voir ce qui s'est passé l'an dernier et la poursuite de la hausse des salaires cette année peut-on conclure que la situation va enfin s'améliorer  pour l'ensemble de la population? Les économistes sont divisés. Ainsi, en France, Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis croit que le lien qui existait entre chômage, salaires et inflation a disparu et il écrit le 3 octobre dernier:

«L'analyse économétrique montre que la courbe de Phillips semble avoir disparu ou presque disparu partout dans la période récente».

A quoi Alexandra Estiot, économiste à BNP Paribas, répond avec entrain, le 7 octobre, après la publication des chiffres de l'emploi, «la fameuse courbe de Phillips est plus vivante que jamais... si on utilise la bonne mesure de tension sur le marché du travail». Et vlan!

En réalité, les deux économistes ont raison: au cours des dernières années, la bonne tenue du marché du travail aux Etats-Unis comme dans d'autres pays n'a pas provoqué de tensions sur les salaires comparables à celles qui étaient enregistrées dans le passé; la toute dernière période montre un retour à une évolution plus conforme à la théorie, mais cela demande confirmation. Et c'est une question qui interpelle de nombreux économistes. Pourquoi les salaires n'ont-ils pas réagi davantageet plus tôt? La réponse généralement apportée est que les statistiques ne donnent pas une image exacte de la réalité du chômage, qui serait beaucoup plus élevé que les chiffres ne le laissent supposer.

Beaucoup de gens, découragés, ne s'inscriraient pas au chômage; ils resteraient à l'écart du marché du travail, mais y reviendraient quand la situation s'améliore. Conséquence: les réserves de main-d'oeuvre seraient en fait plus importantes que le taux de chômage ne l'indique, ce qui expliquerait que les salaires et les prix ne montent pas de façon importante malgré les créations d'emplois.

Des inégalités plus grandes que sous Reagan

Les chiffres de la participation au travail semblent confirmer cette hypothèse. Les personnes de plus de 16 ans ayant un travail ou recensées comme en cherchant un représentaient plus de 66% de la population il y dix ans; le chiffre est tombé à 62,9% en septembre dernier.

En 1953, seulement 3% des hommes ayant entre 25 et 54 ans restaient à l'écart; ce chiffre est monté à 12%

Les analystes ont d'abord cherché à se rassurer en invoquant le vieillissement de la population: c'est normal qu'il y ait proportionnellement moins d'adultes au travail puisque le nombre de gens âgés s'élève. Et puis on s'est aperçu que cette explication ne suffisait pas. La baisse du taux de participation est évidente aussi dans ce qui représente le coeur de la population active, celle qui a entre 25 et 54 ans. Barack Obama lui-même l'admet: depuis 2013, le taux de participation est stabilisé, mais la tendance de long terme à la baisse n'est pas inversée. En 1953, seulement 3% des hommes ayant entre 25 et 54 ans restaient à l'écart; ce chiffre est monté à 12%. Pour les femmes, la progression est moins spectaculaire, mais le chiffre est passé tout de même de 23% à 26%. 

Résultat: le taux officiel de pauvreté, qui avait atteint un niveau historiquement bas en 2000 à 11,3% de la population, s'est établi à 13,5% en 2015, malgré un net recul par rapport aux 14,8% de 2014. Oficiellement, le pays comptait 43,1 millions de pauvres l'an passé (dans l'absolu, le pays n'en a jamais compté autant que ces dernières années, avec un chiffre qui est monté à plus de 46 millions contre une quarantaine de millions en 1959, mais à l'époque cela représentait plus de 22% de la population). Comme par ailleurs les revenus les plus élevés ont continué à progressser, les inégalités se sont creusées. Le coefficient de Gini (à 0, on a une égalité parfaite entre tous les ménages, à 1 un seul ménage possède tout), s'est établi à 0,479 en 2015, alors qu'il était à 0,426 en 1988, à la fin des années Reagan!

Des entreprises qui distribuent plus de bénéfices qu'elles n'en font

A cela s'ajoute le fait que non seulement beaucoup d'Américains ne profitent pas de la santé de leur économie, mais qu'ils ont quelques raisons de douter de cette santé même. La croissance du PIB, après 2,6 % l'an passé, risque de ne pas dépasser 1,6 % cette année selon les dernières estimations du FMI et 2,2 % l'an prochain.  C'est peu si l'on rappelle , comme le fait Barack Obama, que l'Etat fédéral a consacré 1.400 milliards de dollars entre 2009 et 2012 pour relancer l'activité, et que, par ailleurs, la Réserve fédérale a tant injecté de liquidités dans l'économie que son bilan est passé de 900 milliards de dollars avant la crise financière à plus de 4.400 milliards (son activisme est vivement dénoncé par Donald Trump qui l'accuse, absurdement, d'avoir fait tout cela uniquement pour soutenir l'actuel Président). L'économiste Robert Gordon va même jusqu'à prévoir que l'économie américaine ne pourra pas croître de plus de 1,6 % par an au cours des vingt-cinq prochaines années. D'autres économistes contestent cette prévision, mais, pour l'instant, cette idée d'une "stagnation séculaire" n'a été démentie ni par la théorie ni par les faits.

Si l'on voulait creuser un peu, on trouverait encore bien d'autres points révélant des zones de fragilité dans cette économie. Par exemple, Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco AM, constate que les grandes entreprises américaines rentrant dans l'indice S&P 500 ont distribué à leurs actionnaires, sous forme de dividendes ou de rachats d'actions, entre juin 2015 et juin 2016, 123 % de leurs bénéfices sous forme de dividendes et de rachats d'actions! Comment ont-elles pu faire? En puisant dans leurs réserves ou en s'endettant. Mais cela ne peut pas durer éternellement. D'autres économistes font remarquer que ces mêmes grandes entreprises gardent à l'étranger un montant de bénéfices estimé à environ 2.500 milliards de dollars pour ne pas avoir à payer d'impôts ...

Est-ce que Donal Trump pourrait être  l'homme de la situation, celui qui replacerait l'économie sur la voie d'une croissance soutenue et remettrait de l'ordre dans les affaires?  La lecture de son programme et plus encore sa personnalité assurent que non. Mais l'inquiétude et les craintes d'une partie importante de la population peuvent expliquer la recherche d'un dirigeant paraissant avoir conscience de ses problèmes et présentant des solutions simples et claires... à défaut d'être réalistes et crédibles.

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