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Des dettes, encore des dettes, toujours des dettes pour relancer la croissance mondiale

Publié par MaRichesse.Com sur 2 Octobre 2016, 07:06am

Catégories : #ECONOMIE, #MONDE

Des dettes, encore des dettes, toujours des dettes pour relancer la croissance mondiale

Partout où la dette n’atteint pas encore des niveaux inquiétants, il est attendu des banques centrales qu’elles fassent le maximum pour stimuler le crédit afin de soutenir une croissance mondiale très molle. La manœuvre n’est pas sans dangers.

Après la publication du rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux (BRI), le 18 septembre dernier, rapport très technique dont habituellement seuls les spécialistes font état, une grande agitation a saisi les médias: la prochaine crise financière allait éclater avant trois ans et elle démarrerait en Chine. C’est du moins ce qui ressortirait d’un indicateur avancé des difficultés dans les systèmes bancaires nationaux mis au point par la BRI: on compare l’évolution du crédit bancaire par rapport à celle du PIB national et on regarde si cette évolution ne diverge pas trop par rapport à celle qui est enregistrée sur longue période. En ce moment, la BRI constate une croissance du crédit «inhabituellement élevée par rapport au PIB dans plusieurs économies d’Asie, ainsi qu’au Canada», mais alors que l’écart est juste un peu supérieur à la normale d’une dizaine de points de pourcentage dans l’ensemble de l’Asie et au Canada, il dépasse trente points en Chine. Cela commence à faire beaucoup.

Faut-il vraiment s’en inquiéter? Disons que c’est un risque à surveiller… Rappelons-nous qu’à l’été 2015, les informations en provenance de Chine jetaient la panique sur les marchés financiers mondiaux: le pays ne semblait plus parvenir à arrêter le ralentissement de son activité et c’est toute l’économie mondiale qui menaçait de s’effondrer. Ces craintes appartiennent aujourd’hui au passé, même s’il est admis que la croissance chinoise ne devrait guère désormais dépasser 6% l’an. Que la prochaine crise financière mondiale trouve son origine en Chine n’est pas cependant à exclure: a priori tout semble sous le contrôle des pouvoirs publics qui, jusqu’à présent, ont fort bien réussi à naviguer entre les écueils, mais des erreurs peuvent être commises. Depuis le temps que des catastrophes sont annoncées dans ce pays, les Cassandre peuvent finir par avoir raison. Mais les crises surviennent rarement là où on les attend et, de toute façon, le moment est difficilement prévisible.

Gardons simplement à l’esprit que, dans le cas de la Chine, un accident est possible, mais qu’il n’est pas inéluctable. En fait, on est dans une zone de grande incertitude. Ainsi que les économistes du Crédit Agricole le font remarquer, dans du note du 23 septembre, le taux de crédits douteux et litigieux dans le portefeuille des banques chinoises a augmenté de presque 17% en un an, mais il est resté stable au deuxième trimestre: «Les banques semblent avoir commencé à nettoyer un peu plus activement leur portefeuille de crédits.»Mais si les mauvaises créances sortent des bilans des banques, elles ne disparaissent pas; elles changent de mains, «sans oublier que le risque financier tient d’abord à la très rapide progression de l’endettement domestique ces dernières années, qui plus est à niveau élevé et surtout via des canaux peu transparents et mal supervisés (le shadow banking), plus qu’à des mauvaises créances déjà avérées».

De toute façon, une crise viendra...

 

 

 

Il est certain qu’une crise chinoise pourrait avoir des répercussions fortes à l’échelle mondiale. De toute façon, que la prochaine crise vienne de ce pays ou d’un autre, elle viendra. C’est le constat dressé par Marc-Olivier Strauss-Kahn, directeur général des études et des relations internationales de la Banque de France, lors d’une réunion organisée par l’Institut de l’Entreprise dont l’enregistrement a fait fureur sur Twitter dans le petit monde des économistes: «La crise future ne sera pas comme la crise passée. Et elle aura lieu.»


Il est fort bien que les banques centrales se préoccupent du visage que pourrait prendre la prochaine crise et des meilleurs moyens d’y faire face. Mais il serait encore mieux qu’elles fassent ce qu’il faut pour l’éviter. Et là, on peut avoir quelques doutes. Partout, on les voit à la manœuvre pour soutenir la croissance. De 1998 à 2007, la croissance mondiale s’était établie en moyenne à 4,2% l’an. Actuellement, elle tourne autour de 3%. Ce recul est certes dû au net ralentissement enregistré dans certains pays émergents comme la Chine voire à une récession comme en Russie ou Brésil, mais la croissance est aussi à la peine dans les pays dits avancés comme les Etats-Unis, le Japon ou l’Europe, à des degrés divers. 

 

Chocs d’innovation

Michel Didier, président de COE Rexecode, le constate: «Dans les pays développés, le ralentissement démographique, les faibles gains de productivité macroéconomiques et les rigidités structurelles […] conduisent à une croissance potentielle structurellement plus faible que dans le passé.» Selon cet institut, ces taux de croissance potentielle sont de l’ordre de 1,9% pour les Etats-Unis, de 1% pour la zone euro et peut-être un peu moins pour la France. Ce qui est faible. C’est peut-être des taux de ce niveau qu’il faudra retenir pour atteindre les objectifs officiellement affichés en matière de lutte contre le réchauffement climatique et pour le respect de la biodiversité, mais il faut bien admettre que nos sociétés sont organisées de telle façon qu’elles souffrent lorsque la croissance est aussi modeste.

Ainsi que le souligne Christophe Donnay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macroéconomique à Pictet Wealth Management, «l’économie mondiale n’est pas en crise: elle est en mutation profonde. Les chocs d’innovation en sont la principale raison». Paradoxalement, malgré ces chocs d’innovation, la croissance reste lente, contrairement à ce qu’on avait vu auparavant tout au long de l’histoire du capitalisme. Pour Christophe Donnay, une des explications de ce paradoxe vient du fait que l’innovation est à la fois technologique, sociétale et cognitive; elle touche aussi notre «façon de concevoir l’économie, de la réguler». Mais la progression ne se fait pas au même rythme dans tous les domaines: «Banques centrales et gouvernements essaient de réguler avec des instruments anciens.» 

 

Activisme monétaire

Pourtant les choses changent vite, du moins du côté des banques centrales. Philippe Weber, co-responsable des études et de la stratégie de CPR AM et fin connaisseur des questions monétaires, le constate: «La politique monétaire est depuis un moment l’objet de débats intenses, en particulier à la Réserve fédérale, mais aussi dans les autres banques centrales, comme en a témoigné le séminaire de Jackson Hole en août dernier.» De fait, on voit la Réserve fédérale se demander si elle doit vraiment remonter ses taux directeurs, et le cas échéant à quelle vitesse et jusqu’où, alors même que le taux de chômage des Etats-Unis, à 4,9%, est revenu à son niveau d’avant la crise de 2008. Au Japon et en Europe, on voit les banques centrales se lancer dans la politique monétaire avec des instruments nouveaux qu’elles n’avaient jamais utilisés.

Cet activisme est justifié. Si l’on veut de la croissance, il faut du crédit. Mais les freins au crédit sont nombreux, que ce soit du côté de ceux qui l’accordent, les banques, ou de ceux qui le demandent, les particuliers et les entreprises. Pour le relancer, tous les moyens imaginables ou presque sont actuellement utilisés, mais avec des résultats limités. Dans la zone euro, l’inflation reste très basse, trop basse (0,2% de hausse des prix sur un an en août), tandis que le rythme annuel de progression du montant des prêts augmente, mais à un rythme annuel modeste: +1,9% pour les entreprises, +1,8% pour les particuliers en juillet. Et des critiques sévères commencent à s’élever: des taux d’intérêt très bas, voire négatifs, ont des effets secondaires négatifs pour les établissements financiers et ils risquent d’encourager les investisseurs à prendre des risques excessifs pour essayer de trouver des rendements plus satisfaisants.  Si l’on en croit le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, la situation est sous contrôle, mais des voix critiques se font de plus en plus entendre, y compris dans les milieux économiques que ces politiques très souples devraient satisfaire. Et les banques centrales sont accusées d’être trop soucieuses de faire plaisir aux marchés financiers. 

 

Des doutes sur l’efficacité de ces politiques

Ce sont surtout les atermoiements de la Réserve fédérale qui suscitent des inquiétudes: la banque centrale américaine, à force de reporter la hausse de ses taux pour ne pas fâcher Wall Street, ne risque-t-elle pas de préparer la prochaine crise? Mais, en Europe aussi, on entre dans l’ère du doute: la politique agressive de Mario Draghi à la tête de la BCE, après avoir été saluée avec enthousiasme dans un premier temps, est aujourd’hui jugée beaucoup moins favorablement, et pas seulement par les banquiers. Beaucoup commencent à se demander si ce qui est bon pour Goldman Sachs est réellement bon pour l’économie mondiale…

Si cette politique ne réussit pas autant qu’on le voudrait à faire repartir l’endettement des entreprises et des ménages, elle rend au moins service aux Etats, lourdement endettés depuis la crise. Comment la France, avec une dette publique qui a atteint 97,4% de son PIB au premier trimestre, peut-elle envisager de ne consacrer «que» 41,8 milliards d’euros au service de sa dette en 2017, contre 44,5 milliards cette année? Les taux négatifs font son bonheur. Et elle n’est pas seule dans ce cas: à la fin du premier trimestre, la dette publique atteignait 222,7% du PIB au Japon, 101,9% aux Etats-Unis et 91,7% pour l’ensemble de la zone euro.

Résumé de la situation: des pays comme la Chine où le montant global de la dette commence à inquiéter, des pays avancés dont les Etats sont déjà lourdement endettés et où l’on veut maintenant endetter davantage les agents économiques… Cette aventure peut se terminer bien, mais il y aura fatalement des moments tendus. En tout cas, si les politiques monétaires arrivent au bout de leurs possibilités, comme les économistes sont de plus en plus nombreux à le penser, la question se posera aux gouvernements de savoir ce qu’ils peuvent faire. Car les pays ayant des marges de manœuvre budgétaires pour soutenir l’activité et répondre ainsi aux vœux de Christine Lagarde sont peu nombreux. Mieux vaut rester prudent sur les hypothèses de croissance pour les prochaines années. 

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