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Conseils, science, sante et bien-être


De plus en plus de femmes meurent à cause d'un tampon

Publié par MaRichesse.Com sur 22 Octobre 2016, 11:10am

Catégories : #FAITSDIVERS, #SANTE-BIEN-ETRE, #FRANCE

De plus en plus de femmes meurent à cause d'un tampon

urir en l’espace de 48 heures ou se voir amputée d’un membre. C’est qu’encourent les victimes dusyndrome de choc toxique, événement extrêmement rare qui survient la plupart du temps pendant les règles, lors du port prolongé d’un tampon hygiénique. L’ancien mannequin parisienne Lauren Wasser, touchée en 2015 à l’âge de 19 ans, qui avait perdu une jambe, avait notamment ému avec son histoire.

Le centre national de référence des Staphylocoques des Hospices Civils de Lyon alerte ce jeudi sur ce qu’il considère comme une augmentation inquiétante et non expliquée de ce phénomène en France. Ainsi, de cinq cas déclarés en 2004, on est passé à plus de 20 en 2014 et 18 en 2016.

Une maladie dont la prévalence est très faible mais dont la sévérité justifie que l’on s’y intéresse, selon le professeur Gérard Lina, chef du service, qui lance une initiative originale : une collecte de tampons usagés à l’aide de kits de prélèvements afin de disposer de suffisamment d’échantillons bactériens pour permettre de mieux comprendre ce syndrome. Interview.

Vous appelez à une collecte de tampons afin de mieux comprendre le syndrome du choc toxique. Cela avait-il déjà été fait ?

- C’est inédit à cette échelle ! A l’heure où je vous parle, j’ai déjà reçu plus de 700 mails de femmes prêtes à nous aider. Vous savez, je suis un homme, mais j’ai une épouse et trois filles. Je suis sensible à ces questions. C’est en travaillant ensemble que nous pourrons progresser. Il nous faudrait un grand nombre d’échantillons, dans l’idéal au moins 1.000, car de très nombreux facteurs interviennent dans cette maladie.

D’où vient le syndrome du choc toxique ?

- Nous sommes tous porteurs à un moment ou à un autre de notre vie de de staphylocoques dorés, soit de manière permanente, par exemple au niveau du nez, ou transitoire au niveau de la peau. Au niveau vaginal, faute d’études suffisantes, on ne connaît pas la durée de vie des souches.

Les bactéries S. aureus, qui représentent un cinquième des staphylocoques dorés, sont productrices de toxines TSST-1 au niveau vaginal. Cela représente à peu près 1% des femmes. Mais elles font partie de notre flore bactérienne normale. Notre système immunitaire est donc en contact avec cette flore. La plupart des porteurs développent des anticorps dirigés contre cette toxine, ce qui les protège.

Mais dans de rares cas, les personnes qui n’ont pas développé d’anticorps peuvent connaître une réaction aigue lorsque la toxine se retrouve dans le sang. Le syndrome du choc toxique, une maladie aigue très rare mais grave, potentiellement mortelle, est une forme d’accident qui survient au cours des règles lors de l’utilisation de dispositifs vaginaux (tampons, coupes menstruelles…). La plupart du temps chez des sujets jeunes et en bonne santé. Il faut être déjà porteuse de cette fameuse souche particulière de staphylocoque doré.

Structure tridimensionnelle de TSST-1 (Creative Commons).

Le sang des règles, coincé en intravaginal, représente un très bon milieu de culture, chaud, avec des nutriments, un véritable bouillon de culture où la bactérie peut se multiplier. La toxine TSST-1 qu’elle produit est capable de traverser la paroi vaginale et de se diffuser dans l’organisme. Elle est active à des taux de concentration très faible et stimule de façon massive les lymphocytes, provoquant un choc toxique. Les vaisseaux sanguins se vident de leur contenu, créant une hypotension, les organes ne reçoivent pas assez de sang. Pour se défendre, l’organisme favorise les organes vitaux, comme le cœur et le cerveau, au dépend des organes périphériques et des membres. Si rien n’est fait, c’est la nécrose, et l’on risque l’amputation, comme pour le mannequin Lauren Wasser, qui a perdu une jambe à l’âge de 19 ans, ou le décès.

En quelques heures, une jeune fille peut finir intubée en réanimation. C’est rageant d’en arriver là juste pour avoir porté un tampon.

Pourquoi passe-t-on parfois à côté de ce choc toxique ?

- Le problème est que les signes cliniques font souvent penser à une virose, comme la grippe ou la gastroentérite. Et que c’est une maladie très rare, les médecins n’y pensent donc pas forcément. Les symptômes du choc toxique sont une fièvre soudaine et élevée, de plus de 38,9°, une douleur dans les muscles, une grande fatigue, une sensation de malaise avec céphalées, des vomissements, une diarrhée, une éruption cutanée rouge ressemblant à un coup de soleil… Lorsque l’on constate ces signes, il faut vite enlever son tampon ou sa coupe menstruelle et mettre un dispositif de protection extravaginal (serviette) avant de consulter en urgence. Une suspicion de choc est une urgence et la patiente doit être hospitalisée. Là on va chercher à détecter le staphylocoque au niveau vaginal.

Le choc toxique était bien connu dans les années 1980 car une épidémie liée à la présence de polyacrylates dans les tampons avait eu lieu aux Etats-Unis. Lorsque ces derniers ont été retirés de la vente, la vigilance s’est relâchée, alors que le risque est toujours présent avec les tampons en coton.

La lanceuse d’alerte Mélanie Doerflinger est à l’origine d’une pétition pour que soient dévoilés les ingrédients des tampons. Leur composition peut-elle être incriminée ?

- On ne peut pas l’écarter. Mais on ne peut pas se prononcer non plus, c’est difficile à dire. Nous ne disposons pas de suffisamment d’études récentes. D’où l’intérêt aussi de notre collecte.

Afficher l'image d'origineLes tampons peuvent être responsables de choc toxiques. (Brad Cerenzia / FLICKR CC)

Vous dites que l’on assiste à une recrudescence du nombre de cas de syndromes de chocs toxiques dus aux tampons et autres cups. Mais ils ne sont pas si nombreux à l’échelle de la France.

- Rien que le week-end dernier, nous avons eu un autre cas, portant à 18 le nombre de jeunes filles touchées cette année ! Avant 2005 nous avions moins de cinq cas par ans. Maintenant c’est une vingtaine. C’est difficile à évaluer car il ne s’agit pas d’une maladie à déclaration obligatoire. C’est selon le bon vouloir des médecins et des laboratoires. Et il n’y a pas de suivi longitudinal des patients. C’est qui est tout de inquiétant c’est que cela perdure au fil des années, et peut finir avec l’amputation ou la mort de la patiente, même si cela est extrêmement rare. Cela reste un problème de santé publique et nous avons l’impression que la prise en charge n’est pas optimale.

Pourquoi cette augmentation ?

- Difficile à dire ! Est-ce dû à une modification de notre immunité ? A une modification de la flore intestinale du fait d’un changement d’alimentation, qui va elle-même entraîner une modification de la flore vaginale des femmes ? A une modification de la composition des tampons ? Au biais déclaratif, qui ferait que l’on signalerait davantage de cas ? En l’absence d’études, on ne peut pas le dire. Les femmes utilisent aussi davantage les tampons qu’autrefois, les gardent plus longtemps, dorment avec : il y a 15 ans, elles ne les portaient pas plus de 4 heures, maintenant c’est parfois 8 heures.

Comment peut-on faire pour s’en prémunir ?

- Sans tomber dans la psychose et ne plus porter de tampons, il faut bien avoir la notion de risque lorsque l’on porte un tampon ou une cup et lire la notice afin d’avoir le réflexe de les enlever si l’on observe les signes cliniques concomitants du choc toxique. Dans l’idéal, on change son tampon toutes les quatre heures et on ne le porte pas plus de huit heures. Après, on sait bien que c’est pratique d’en porter un la nuit, dans ce cas, il faut simplement rester vigilant par rapport à ces symptômes.

A quoi va servir la collecte ?

- Nous allons tenter de voir si la flore vaginale diffère en fonction du type de tampon. Et si cela penche en faveur d’un choc toxique ou pas. Et si la présence de probiotiques peut empêcher la prolifération de staphylocoques S. aureuschez les porteuses.

Les coupes menstruelles sont donc aussi concernées…

- Tampons et cups, même combat ! On a aussi observé des cas de chocs toxiques chez des porteuses de cups. C’est mécanique, puisque le principe repose sur le stockage du sang au niveau vaginal. Mais nous ne savons pas quelle est la part des deux dispositifs puisqu’il n’y a pas encore d’études à ce sujet. 

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