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Conseils, science, sante et bien-être


De délinquante à entrepreneure

Publié par MaRichesse.Com sur 22 Octobre 2016, 17:16pm

Catégories : #FAITSDIVERS, #CANADA, #DEVELOPPEMENT, #PEOPLE

De délinquante à entrepreneure

Décrocheuse, neuropsychologue et maintenant entrepreneure en construction : Sylvia Chouinard, 52 ans, a vécu trois vies en une. La future présidente des Elles de la construction, un organisme qui défend la place des femmes dans ce milieu où elles se font rares, raconte son parcours extraordinaire.
Votre petit côté rebelle vous a-t-il aidée à percer en tant que femme dans le monde très masculin de la construction?
Je pense que oui. Il faut savoir se défendre. Par exemple, il y a quelques semaines, j’ai été en conflit avec un sous-traitant. [Les travailleurs] sont partis du chantier en laissant une grosse mascotte en toutou déshabillée avec un pénis sur la grue levée, comme s’ils envoyaient un message. Mais là, c’est pas un toutou qui va m’intimider [rires]. J’ai aussi retrouvé le toutou avec un casque cassé sur mon balcon. J’ai balancé ça dans le container. Mais il y en a que ça aurait pu intimider, et pas juste des femmes.

Vous avez aujourd’hui un doctorat en neuropsychologie, donc vous aviez les capacités pour étudier. Pourquoi avez-vous décroché de l’école à 16 ans, avant d’avoir fini votre secondaire?
Je m’en foutais. J’avais de la difficulté avec l’autorité. Il ne me restait que deux mois à faire avant d’avoir mon secondaire 5, mais je n’ai pas pu faire les examens de fin d’année parce que j’avais beaucoup d’absences.

Vous avez grandi à Terrebonne. Qu’est-ce qui vous a amenée vers la délinquance?
Je crois que j’étais curieuse, mais que cette curiosité n’était pas satisfaite. Mes parents travaillaient beaucoup et étaient souvent absents [...] J’avais de mauvaises fréquentations, des gens qui avaient des casiers judiciaires [...]. J’ai eu des problèmes avec la justice. J’ai aussi eu des problèmes de consommation de drogue dure jusqu’au début de la vingtaine. J’ai travaillé comme serveuse, mais je n’aimais pas ça. J’avais commencé des cours en design de mode pour lancer mon entreprise de vêtements, mais j’étais incapable d’accomplir quoi que ce soit.
Que s’est-il passé pour que vous décidiez de reprendre votre vie en main?
Une nuit, il y a eu une descente policière visant mon conjoint de l’époque, chez moi [NDLR Mme Chouinard a préféré ne pas préciser les raisons de la descente]. Ma fille [en bas âge] était là. J’avais 25 ans. J’ai eu peur de mourir et que ma fille se fasse tuer aussi. Boom, le SWAT qui débarque! [...] J’ai décidé de changer de style de vie, en partie pour ma fille. J’ai fait une coupure avec mon milieu, je me suis séparée de mes amis et de mon conjoint. Aussi, à cette époque j’ai rencontré un homme «normal», un entrepreneur. Ça m’a beaucoup aidé.
Vous êtes donc retournée à l’école?
Oui, j’ai terminé mon secondaire en une session. J’ai fait un certificat en intervention psychosociale, puis un baccalauréat en psychologie. Je suis très tenace et je tenais à être psychologue. Alors quand j’ai été refusée au doctorat, j’ai fait une maîtrise en sciences biomédicales. Ensuite, j’ai été admise au doctorat. J’ai encore la lettre d’admission. C’est la plus belle lettre de ma vie.
 Sa photo de collation des grades du baccalauréat en psychologie.
PHOTO COURTOISIE, SYLVIA CHOUINARD
Sa photo de collation des grades du baccalauréat en psychologie.
Votre passé vous aidait-il en tant que psychologue?
Je pense que oui. Je ne porte pas de jugement, je serais mal placée pour le faire. Ça m’aide à comprendre les autres. Ça m’a aussi permis d’apprécier la vie. Quand j’étudiais, je savais à quel point la vie pouvait être plus difficile [...] Je pratiquais surtout comme neuropsychologue en privé. Je faisais surtout de l’évaluation. Je ne pratique plus vraiment depuis un an pour me consacrer à mon entreprise Les Habitations Chouinard, qui prend de l’expansion. J’ai ressenti de la culpabilité, mais maintenant j’avoue que je suis plus passionnée par l’entrepreneuriat. Je pense que j’ai ça dans le sang.
La fin de vos études en 2004 correspond au moment où vous avez lancé votre entreprise de construction, qui a mené plusieurs projets d’habitations résidentielles sur la Rive-Nord.
Oui, au grand désarroi de mes parents. Ils ne comprenaient pas pourquoi j’avais fait 12 ans d’études pour me lancer dans autre chose dès que j’arrive sur le marché du travail. Remarquez, je les comprends. J’aurais peut-être eu la même réaction.
Pourquoi ce changement de cap?
Quand j’ai vu mon chèque de paie à l’hôpital [où j’ai pratiqué en tant que neuropsychologue], j’ai réalisé que je n’allais pas devenir millionnaire avec ça. Au début, je suis allée dans la construction pour l’argent, puis c’est vite devenu une passion. J’adore ça.
Tous ces revirements dans la vie d’une même personne sont étonnants, vous ne trouvez pas?
Oui, je vais tout le temps dans les extrêmes. Je suis une extrémiste [rires]. Mais je me sens bien. J’aime la personne que je suis aujourd’hui.
Avez-vous rencontré des obstacles parce que vous étiez une femme?
Oui, c’est plus difficile. Les hommes ont tendance à penser d’emblée qu’on ne connaît pas ça parce qu’on est une femme. Il faut tout le temps se prouver. Ça fait 12 ans que je suis entrepreneure générale et récemment, j’ai encore entendu quelqu’un dire: «elle ne connaît rien là-dedans». C’est ce qu’on m’a rapporté. Il n’aurait pas dit ça d’un homme.
Est-ce que le fait d’être la patronne change la donne?
Oui, en tant qu’entrepreneure, mon rôle est différent de celui des femmes qui travaillent sur le chantier. Si je n’aime pas l’attitude d’un sous-traitant, je ne le rappelle pas [...]. Reste qu’il n’y a pas beaucoup de femmes entrepreneures en construction [moins de 4 %]. Dernièrement, j’avais un message sur ma boîte vocale d’un agent d’immeuble qui disait me connaître... et qui m’appelait Sylvain Chouinard. [rires]
Avez-vous l’impression que les choses s’améliorent?
Oui, il y a des hommes qui favorisent l’intégration des femmes. Un des projets sur lequel je travaille à Mascouche, il y a la parité autour de la table entre les entrepreneurs. C’est probablement le promoteur qui a voulu ça. C’est rare qu’on voie ça. Par ailleurs, il y a des choses [négatives] qu’on vit des fois, mais ce n’est pas juste parce qu’on est des femmes. Les hommes qui sont agressifs sur les chantiers, ils vont l’être avec les autres aussi.
Dès le 26 octobre, vous serez la nouvelle présidente des Elles de la construction. Arrivez-vous à embaucher des femmes sur vos chantiers?
Oui, mais elles sont très en minorité [...]. Si le prix est semblable, je vais favoriser un sous-traitant qui embauche des femmes [...] Elles amènent une ambiance différente. Et elles savent que je ne tolérerai pas de [harcèlement] sur mon chantier [...] L’attitude sur le chantier, c’est un critère au même titre que le prix et les compétences. Il faut que ce soit harmonieux et propre.
Y a-t-il des avantages à être une femme entrepreneure en construction?
On me dit souvent que j’accorde une grande importance à la finition. [Quand le projet est fini], j’examine tout au pouce carré. [On] m’a déjà dit: «je n’ai jamais vu ça!» Je pense que c’est typiquement féminin.
 Un de ses projets résidentiels en développement, les Jardins Coteau à Mascouche.
PHOTO COURTOISIE, SYLVIA CHOUINARD
Un de ses projets résidentiels en développement, les Jardins Coteau à Mascouche.
Ça et la coquetterie?
Oui. J’aime bien m’habiller chic, porter des robes et des jupes. Sur les chantiers, je montre l’exemple. Je porte mon casque et des bottes. Il y en a sûrement qui trouvent que je suis quand même trop habillée. Mais c’est moi!
Il semble que votre fille a quelque peu suivi vos traces.
Oui. Aujourd’hui elle a 29 ans. Elle est architecte dans un cabinet. C’est une fille exemplaire. Elle n’a jamais eu de problème de délinquance. Elle se souvient un peu de [sa petite enfance] et des fois elle me dit: «une chance que notre vie a changé.»
► Les Elles de la construction ont tenu leur première soirée de reconnaissance le 6 octobre dernier pour souligner le travail de femmes qui se sont intégrées dans le milieu et d’hommes qui favorisent leur présence sur les chantiers.
LES FEMMES DANS L’INDUSTRIE
Femmes sur les chantiers
Québec 1,5 %
Canada 3 %
Entrepreneurs en construction
Femmes 4 %
Hommes 96 %
Travailleurs qui quittent après 5 ans
Femmes 57 %
Hommes 36 %
Travailleurs qui ont le statut de compagnon*
Femmes 26 %
Hommes 57 %
*Statut qui atteste qu’un travailleur est qualifié dans un métier, contrairement à l’apprenti
Source: CCQ 2015 

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