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Conseils, science, sante et bien-être


Une enquête sur la pollution industrielle lancée à Fos-sur-Mer

Publié par MaRichesse.Com sur 15 Septembre 2016, 10:00am

Catégories : #ENVIRONNEMENT, #JUSTICE, #POLLUTION, #FRANCE

Une étude de grande ampleur, dite d’« imprégnation », va permettre de mesurer la présence d’une cinquantaine de polluants sur la population d’une localité : Fos-sur-Mer, dont la zone industrielle est l’une des plus importantes d’Europe.

Habitations du centre ville de Fos-sur-Mer, à proximite de la voie rapide et de la zone industrielle. / Claude PARIS/CIT'images/Claude PARIS/CIT'images

Habitations du centre ville de Fos-sur-Mer, à proximite de la voie rapide et de la zone industrielle. / Claude PARIS/CIT'images/Claude PARIS/CIT'images

Du haut du pont de Martigues, le long nuage jaunâtre saute aux yeux. Il étend son voile sur les 10 000 hectares de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), l’une des plus vastes d’Europe.

Une étude inédite

Ici, entre Méditerranée et étang de Berre, sont implantées 46 entreprises classées « protection de l’environnement », susceptibles de générer des risques ou des dangers : sidérurgie, pétrochimie, raffinerie, incinérateur, terminal pétrolier. Une source de travail pour les 10 000 habitants de la ville (la zone représente 46 % des emplois) ; mais une source de pollution, aussi.

Le 2 septembre 2016, l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions (1) a lancé Index, étude d’imprégnation des populations riveraines d’un site industriel. « C’est la première fois que l’on se penche sur un territoire local donné. Celui de Fos est intéressant car il agrège un cocktail de polluants dus à la diversité des activités », synthétise Sylvaine Goix, chargée de mission « santé et environnement » au sein de l’institut et investigatrice principale de l’enquête.

Une population ciblée

Jusqu’en novembre 2016, 200 personnes seront recrutées en deux groupes : la moitié vit à Fos-sur-Mer au contact de la zone industrielle ; l’autre à Saint-Martin-de-Crau et Mouriès, à 20 km de là. Ces communes ont été choisies parce que leur trafic routier est similaire à celui de Fos (plus de 40 000 véhicules par jour, dont 15 % de poids-lourds), et qu’elles sont plus éloignées des cheminées d’usines.

« Il s’agit de répondre à une question : vivre à Fos surexpose-t-il aux polluants industriels ? » explicite Sylvaine Goix. Les volontaires répondent à un questionnaire sur leurs habitudes de vie.

En sont exclus les fumeurs, les employés des industries ou encore les femmes enceintes… « On leur demande s’ils mangent les légumes du jardin, vont travailler en voiture, utilisent des solvants lorsqu’ils bricolent. Tout ce qui peut faire que, dans leur quotidien, ils sont exposés », reprend l’investigatrice.

 

Suivent deux prélèvements, d’urines et de sang, qui seront traités par le CHU de Grenoble et le Laberca à Nantes (laboratoire de référence pour l’analyse des contaminants).

De multiples substances passées au crible

Outre sa spécificité géographique, la singularité de l’étude Index réside dans le nombre – inédit – de substances passées au crible. Une cinquantaine : des métaux (plomb, cadmium, arsenic, mercure), au benzène, en passant les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) issus de la combustion, les dioxines, les dérivés du chlore (les PCB).

 

« Certains biomarqueurs, les HAP par exemple, n’ont jamais été analysés dans ce genre d’étude ; il n’y a même pas de valeur française type », note encore Sylvaine Goix.

Cette enquête, dont le protocole a été rédigé avec un épidémiologiste de l’Institut national de veille sanitaire (InVS), est pilotée par un comité qui rassemble toxicologues, généralistes, biostatisticiens, représentants de l’Observatoire régional de la Santé. Elle s’accompagne de prélèvements de lichens, véritables « éponges à polluants », et d’un suivi de la qualité de l’air via deux préleveurs atmosphériques. « Cette étude est un marchepied vers la compréhension des maladies liées à l’environnement », résume Philippe Chamaret, le directeur de l’Institut écocitoyen.

Un intérêt de santé publique durable

Les résultats, connus fin 2017, permettront de mettre en exergue quels polluants sont absorbés, ou non, par les corps des habitants de Fos-sur-Mer. L’institut IECP cherchera alors « à remonter à la source de cette pollution. Et, s’il s’agit d’un industriel, à trouver avec lui le moyen de diminuer les quantités rejetées », assure Philippe Chamaret. Illusoire ? « L’étude sera transmise à tous les acteurs du secteur et aux pouvoirs publics, à commencer par laDirection régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) », insiste-t-il.

Les entreprises du bassin industrialo-portuaire fosséen disent prêter une oreille attentive à la démarche. « Beaucoup a déjà été fait par le passé, affirme Marc Bayard, le délégué général de l’Union des industries chimiques en MéditerranéeDes avancées sont encore possibles. Mais dire à un industriel de supprimer ses fumées, c’est comme vouloir une voiture sans pot d’échappement. Une activité humaine avec une pollution zéro est quasiment impossible. »

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CE QUE DISENT LES ÉTUDES NATIONALES

En 2004 et 2007, une étude menée par l’Institut national de veille sanitaire (InVS) a montré que les pathologies cardio-vasculaires, les cancers du poumon, de la plèvre et de la vessie, comme les leucémies aiguës sont « significativement élevés » chez les hommes vivant autour de l’étang de Berre.

Par ailleurs, les travaux menés en 2016 par l’Agence de Santé Publique estiment que l’exposition aux particules fines entraîne 48 000 décès par an en France.

CORALIE BONNEFOY (à Marseille)

 

(1) Structure créée en 2010 au comité scientifique indépendant, financée par la mairie de Fos-sur-Mer et sa communauté d’agglomération 

 Source

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bleunif2 22/09/2016 07:17

On attend les résultats

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