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« Si on se contente de porter l’obligation de scolarité à 18 ans, les décrocheurs perdront leur temps ! »

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Septembre 2016, 04:32am

Catégories : #FRANCE, #ECONOMIE

D’après Eric Charbonnier, expert de l’OCDE, l’allongement de l’obligation de scolarité annoncée par Najat Vallaud-Belkacem ne permettra pas de réduire le décrochage des élèves en difficulté. Il y aurait pourtant des leçons à tirer des expériences étrangères…

« Si on se contente de porter l’obligation de scolarité à 18 ans, les décrocheurs perdront leur temps ! »

Capital : La ministre Najat Vallaud-Belkacem vient d’annoncer vouloir rendre l'école obligatoire de 3 à 18 ans, contre 6 à 16 ans actuellement, pour lutter contre le décrochage scolaire, avec la création de 5.000 à 7.000 postes dans l'Education nationale. Cette mesure vous semble-t-elle pertinente ?
Eric Charbonnier : Cela ressemble plus à un effet d’annonce qu’autre chose ! Si on se contente de porter l’obligation de scolarité à 18 ans sans changer la façon de travailler avec les élèves en difficulté, on ne réglera pas le problème de l’échec scolaire, et les décrocheurs perdront leur temps ! Or rien n’a été annoncé dans ce domaine. Il y a pourtant urgence car le problème s’accentue : à 15 ans, 20% des jeunes sont aujourd’hui en échec scolaire, alors qu’ils n’étaient que 15% en 2003. Au total, on compte ainsi chaque année entre 110.000 et 140.000 jeunes qui sortent du système scolaire sans aucun diplôme.  

 

Capital : Le problème du décrochage scolaire est-il spécifiquement français ?
Eric Charbonnier : La France n’affiche pas plus de décrochage scolaire que les autres pays. En revanche, et c’est la spécificité française, les jeunes qui décrochent rencontrent beaucoup plus de difficultés qu’aillleurs pour trouver un emploi car, contrairement à ce qui se passe dans de nombreux pays et notamment en Europe du Nord, il n’existe pas de seconde chance. C’est d’autant plus dommage que le niveau de qualification a une importance bien plus grande chez nous pour s’insérer dans le marché du travail. Si bien que, sans diplôme, les jeunes de l’Hexagone ont peu de chance de trouver un emploi. Il suffit de regarder le taux de chômage des 25-34 ans : il atteint en moyenne 24% pour les sans qualification, contre 17% dans l’OCDE, et il ne dépasse pas 14% au niveau bac et CAP, et 6% pour les diplômés de l’enseignement supérieur. C’est l’un des écarts les plus importants en Europe ! Ce n’est donc pas en se contentant d’augmenter la durée de la scolarité obligatoire que l’on réglera ce problème. 

 

Capital : Le gouvernement vient aussi de promettre la création de plus de 12.800 postes pour 2017, ce qui portera les créations d’emplois à 60.000 sur le quinquennat. Au moins Hollande aura tenu sa promesse…
Eric Charbonnier : Le problème est qu’on se contente de faire du quantitatif alors qu’il faudrait faire du qualitatif. Le gouvernement a tout focalisé sur le primaire en mettant plus de moyens, et c’est une bonne chose, car il y a clairement un sous-investissement dans ce domaine – les écoles reçoivent 12% de moins que la moyenne OCDE alors que le lycée absorbe 37% de plus. Mais ce n’est pas qu’une question d’argent. Il suffit de voir la réforme des rythmes scolaires : on a ajouté une cinquième demi journée aux élèves du primaire, mais on s’est contenté de parler du péricolaire sans porter une attention accrue aux élèves en difficulté. C’est une erreur ! Idem pour la réforme des collèges. C’est une bonne idée sur le papier, mais rien n’a été fait pour inciter les enseignants à travailler ensemble et à échanger les bonnes pratiques. En France, seuls 20% des enseignants observent la façon de travailler de leurs collègues, contre 50% en moyenne dans l’OCDE. C’est le chiffre le plus bas de tous ! 

 

Capital : Quelles sont les mesures concrètes qui permettraient de réduire le décrochage scolaire ?
Eric Charbonnier : Il suffirait de mettre en place les bonnes pratiques qui fonctionnent à l’étranger, et il y en a. Pour commencer, il faudrait investir beaucoup plus dans les zones sensibles, en y envoyant des enseignants expérimentés et motivés, comme le font de nombreux pays. Au Brésil par exemple, les professeurs qui enseignent dans certaines zones rurales reculées touchent 60% de plus que les autres. Ensuite, il est important de développer le travail en petits groupes. On a interdit le redoublement, mais on n’a pas mis en place des alternatives, avec une différenciation du travail selon le niveau des élèves, comme le font de nombreux voisins. En Finlande, il y a même des évaluations de niveau des élèves en difficulté en milieu d’année. De même, le gouvernement Hollande a renforcé le volet pédagogique de la formation des professeurs, mais il faudrait aller beaucoup plus loin. Notre système de formation reste l’un des plus académiques ! Enfin, il serait temps de valoriser la formation professionnelle des jeunes, qui donne peu de résultat malgré beaucoup d’argent investi. En France, moins de 20% des élèves des lycées professionnels sont en apprentissage dans une entreprise, alors que c’est plus de 90% en Allemagne !

Propos recueillis par Sandrine Trouvelot  

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