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Pourquoi le président Erdogan se renforce à chaque crise

Publié par MaRichesse.Com sur 9 Septembre 2016, 18:16pm

Catégories : #POLITIQUE, #TURQUIE

Pourquoi le président Erdogan se renforce à chaque crise

Vu de l’étranger, le chef de l’Etat turc inquiète autant qu’il fascine: aucune crise, aucun aveu d’échec ne semble mettre à mal sa popularité. La tentative de coup d’Etat du 15 juillet ne fait pas exception. Mais le «mystère Erdogan» n’en est pas un   

 
 

C’est le genre de mea-culpa qui peut mettre en péril une carrière politique. «Nous avons soutenu cette structure de bonne foi. Je les ai personnellement aidés en dépit de divergences […] Je sais que nous devons rendre des comptes à notre Dieu et à notre nation, qu’ils nous pardonnent», confessait le président Recep Tayyip Erdogan, quinze jours après la tentative de putsch de la mi-juillet.

La «structure» en question désigne la communauté de Fethullah Gülen, imam résidant aux Etats-Unis accusé d’avoir fomenté cette conjuration et d’avoir innervé, pendant près de quarante ans, tout l’appareil d’Etat. Dans la Turquie de l’après-coup, le moindre soupçon d’allégeance au prédicateur Gülen vaut soutien et appartenance à une entité terroriste. Près de 100 000 fonctionnaires ont déjà été suspendus, parfois radiés et arrêtés. 

 

«Les électeurs d’Erdogan ne perçoivent pas ces aveux comme des échecs»

Recep Tayyip Erdogan a donc reconnu avoir «personnellement aidé» celui qui allait devenir l’un des «chefs terroristes» les plus détestés de Turquie. Pourtant, rares sont ses électeurs qui semblent lui en tenir rigueur. «Il a mené la résistance face aux putschistes. S’il n’était pas resté inflexible, peut-être qu’ils auraient réussi leur coup», soutient Nermin Timuçin. La nuit du 15 juillet, cette mère de famille s’est dressée face aux chars, répondant à l’appel du chef de l’Etat.

Les putschistes ont échoué parce qu’ils n’ont pas eu le soutien du commandement de l’armée, parce qu’eux-mêmes étaient divisés, parce que des dizaines de milliers de Turcs, comme Nermin, ont refusé de les laisser faire. Mais pour la jeune femme, le président est leur sauveur. Elle ne lui reproche pas son alliance passée avec les gülenistes. Elle ne lui en veut pas davantage d’avoir été trompé «de bonne foi» – ce sont les mots du président – par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), avec lequel un cessez-le-feu a échoué l’an dernier, relançant un conflit sanglant.

«Les électeurs d’Erdogan ne perçoivent pas ces aveux comme des échecs. Ils considèrent que leur président est de bonne volonté et que ce sont les autres qui sont responsables, explique le politologue Ahmet Insel. D’une certaine façon, Erdogan les rassure. Pour eux, c’est un chef dans le sens où, même s’il fait des erreurs, il les admet et les corrige très rapidement et violemment.» 

 

Plusieurs crises durant les dernières années

Ces trois dernières années, Recep Tayyip Erdogan a traversé plusieurs crises: la révolte du parc Gezi à l’été 2013; un scandale de corruption (attribué aux gülenistes); un revers électoral en juin 2015; une campagne d’attentats du PKK et de l’Etat islamique, et une tentative de putsch. Mais dans les yeux de ses partisans, il reste le leader qui, depuis 2003, a transformé le pays. Celui qui a donné une voix – et des droits – aux classes conservatrices. «La très grande majorité des électeurs d’Erdogan considère que s’il tombe, c’en sera fini des acquis culturels apportés par l’AKP [Parti de la justice et du développement] tels que le foulard à l’université et dans la fonction publique», poursuit Ahmet Insel.

La peur de perdre, aussi, les gains socio-économiques de treize années de pouvoir marquées par une croissance soutenue, portée par la consommation et le secteur du bâtiment. «Les électeurs du [parti ultranationaliste] MHP ont été nombreux à voter AKP aux élections anticipées de novembre 2015, observe la sociologue Sevinç Dogan. Ils craignaient qu’en perdant sa majorité absolue, l’AKP ne soit contraint de former une coalition – synonyme, dans leur esprit, de crise économique. En fait, ils n’ont pas voté AKP: ils ont voté pour Erdogan, pour son leadership.» 

 

«Il n’y a personne d’autre en qui je puisse avoir confiance»

Selon un sondage MetroPOLL réalisé fin juillet, 68% des Turcs interrogés disent «approuver» leur président, soit bien plus que les 52% qui l’ont élu, il y a deux ans, à la tête de l’Etat. Sebahattin fait partie de ces Turcs qui, sans être des inconditionnels d’Erdogan, continuent de voter pour lui. «Il n’est pas irremplaçable, assure ce garagiste. Si quelqu’un d’autre émergeait et que je le trouvais meilleur, je voterais pour lui. D’autant que ces dernières années, je vois bien que tout n’est pas net – même si on nous présente chaque nouvelle crise comme un complot. Mais il n’y a personne d’autre en qui je puisse avoir confiance.»

Le politologue Ahmet Insel confirme que «face à Erdogan, qui obtient 50% des voix, personne ne rassemble les autres 50%. Nous ne sommes pas dans un système bipartite. Or pour les classes moyennes conservatrices, la stabilité politique est plus importante que tout.»

Erdogan plus fort que jamais? «Depuis la tentative de putsch, nous avons affaire à un Erdogan plus modéré, nuance la sociologue Sevinç Dogan. Il n’a rien dit de clivant depuis le 15 juillet. La presse pro-Erdogan utilise aussi un langage consensuel vis-à-vis de l’opposition. Alors, peut-on vraiment dire qu’Erdogan est renforcé? J’ai plutôt l’impression qu’il a été bridé.» Reste à savoir si le président parviendra à maintenir ce discours rassembleur, lui qui joue et gagne depuis des années sur les grandes divisions qui traversent la société turque. 

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