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«Nous avons besoin d’écouter Vladimir Poutine»

Publié par MaRichesse.Com sur 18 Septembre 2016, 18:37pm

Catégories : #POLITIQUE, #EUROPE

«Nous avons besoin d’écouter Vladimir Poutine»

Peu de reporters occidentaux ont eu sa chance. Le journaliste allemand Hubert Seipel a acquis un accès privilégié au président russe Vladimir Poutine lors du tournage d’un documentaire télévisé. Et il est parvenu à entretenir cette relation, à raison d’une rencontre «toutes les 8 à 10 semaines», entre 2012 et 2015. De ce long côtoiement il a tiré un ouvrage percutant, dont la traduction française sort ces jours en librairie.

Le Temps: Qu’apporte de nouveau votre livre après tous les ouvrages déjà publiés sur le président russe?

Hubert Seipel: Mon but a été d’expliquer Vladimir Poutine sans le juger, en inscrivant ses décisions dans leur contexte et dans leur dynamique, en rappelant les intérêts qu’il entend servir et les arguments qu’il utilise à cette fin. Nous n’avons pas besoin d’être d’accord avec lui. Mais nous avons besoin de l’écouter. Que nous le voulions ou pas, la Russie est là et elle le restera encore longtemps…

– Qui est Vladimir Poutine?

– Lorsque je lui ai demandé de se décrire dans les années 1970 et 1980, il m’a répondu qu’il était un Soviétique ordinaire, qui suivait le courant et rêvait d’un travail intéressant, ce qui l’a amené à entrer dans les services secrets – à ce sujet, il insiste sur le fait qu’il a travaillé pour leur département extérieur. Après l’effondrement de l’URSS, il a rejoint l’équipe du maire réformateur de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak, et a vécu là une expérience déterminante.

Le jour où le KGB a mené une tentative de putsch pour revenir au vieil ordre communiste, Vladimir Poutine a dû choisir entre son ancien et son nouvel employeur. Et il a choisi le nouveau. Après cet épisode, il a été engagé au Kremlin où il a tracé son chemin à sa façon au milieu du chaos. En travaillant beaucoup, en se rendant utile, en se montrant fiable, en cultivant habilement ses relations.

– Quelle vision Vladimir Poutine avait-il de la Russie lorsqu’il est devenu président, début 2000?

– Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir dans un pays en crise profonde. Il en a tiré la conclusion que la méthode employée durant les années 1990, l’imitation de l’Occident, ne marchait pas en Russie. Il ne lui avait pas échappé par ailleurs que ses compatriotes souhaitaient un Etat fort. Foncièrement pragmatique, il s’est engagé sans trembler dans cette voie. On peut critiquer ce choix. Mais il faut se souvenir du délabrement avancé des institutions de l’époque.

L’Etat russe n’était plus alors qu’un bureau de poste où une poignée d’oligarques venaient chercher les affranchissements nécessaires à leurs entreprises. Quant à la démocratie existant en ce temps-là, l’ancien agent a été aux premières loges pour assister à son dévoiement par une poignée de grandes fortunes, qui ont déterminé l’issue de la présidentielle de 1996 en mobilisant leurs immenses moyens médiatiques et en achetant une quantité considérable d’articles de presse.

– Comment Vladimir Poutine entrevoyait-il à l’époque les rapports entre la Russie et l’Occident?

– Un épisode fameux résume le malentendu qui s’est vite installé à ce propos. Un jour de septembre 2003, Vladimir Poutine a rencontré à New York le président du directoire de la compagnie pétrolière américaine ExxonMobil, Lee Raymond. Il était prêt à lui vendre des parts de la société Ioukos mais son interlocuteur lui a déclaré qu’il achèterait 51% des parts ou rien du tout.

Or c’est exactement ce que le président russe ne voulait pas: coopérer avec une entité étrangère, volontiers, mais lui abandonner le contrôle d’un bien national aussi important, jamais! Il a été confronté à la même intransigeance dans le dossier ukrainien. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a demandé à Kiev de choisir entre l’Est et l’Ouest, quand toutes sortes d’options intermédiaires étaient envisageables.

– Quelles erreurs importantes Vladimir Poutine a-t-il commises durant son règne?

– En politique étrangère, il a sous-estimé la détermination de l’Occident à défendre ses valeurs à l’étranger. Sur la scène intérieure, il n’a pris que tardivement la mesure des aspirations de la classe moyenne russe dans les grands centres urbains. Ces réalités, il est vrai, ne correspondent pas à sa priorité, la construction d’un Etat fort et respecté.

– Le Kremlin a-t-il définitivement muselé l’opposition?

– Pas forcément. L’opposition a souffert de ses divisions comme de la politique du Kremlin. Mais il ne fait aucun doute qu’elle trouvera tôt ou tard le moyen de mieux s’organiser. Et rien ne dit que Vladimir Poutine va l’en empêcher. Le président russe est intelligent. Il n’apprécie pas spécialement les aspirations des populations urbaines mais il sait qu’elles sont puissantes, qu’on peut leur résister un temps mais pas tout le temps. Encore faut-il que les mouvements de contestation ne soient pas instrumentalisés par l’étranger, comme ils l’ont été dans le passé.

Sous couvert d’aide au développement, les Etats-Unis ont formé nombre de Russes à la désobéissance civile. De telles manœuvres sont évidemment inacceptables pour le Kremlin. Et elles sont contre-productives, puisqu’elles permettent au pouvoir de présenter l’opposition comme un agent de l’étranger. 

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